CHAPITRE IX 101 I
verselle était fondée et elle commença, dès lors, à se substituer au judaïsme. Nous pouvons donc rattacher à la mort du Christ, au sacrifice du Calvaire, continué dans le sacrifice eucharistique, l'abrogation, l'annulation, par laquelle les sacrifices de l'ancienne loi sont devenus inutiles : ils cessèrent de jure par la substitution du culte messianique au culte lévitique. L'Oracle de Daniel doit donc s'entendre d'une cessation de droit immédiate, suivie, peu de temps après, d'une cessation de fait. On ne peut pas dire que cette cessation de droit est une supposition gratuite, car on doit reconnaître qu'à partir de l'immolation du Christ, l'ancien culte, qui ne faisait que figurer ce sacrifice, périclita et ne parvint pas à se maintenir. L'Eternel marqua même que ce culte avait cessé de lui être agréable et manifesta l'abandon qu'il en faisait, lorsque, à la mort de Jésus, le voile qui était à l'entrée du lieu très saint, de la demeure de Jéhovah, se déchira de haut en bas. Ce fait, rapporté par trois évangélistes, était notoire et admis même par les Juifs et par les païens. Les Juifs reconnaissent eux-mêmes, en effet, que la réprobation de leur culte et des sacrifices qui en faisaient la partie principale, fut attestée d'une manière éclatante par les prodiges qui accompagnèrent la mort de Jésus, spécialement par le déchirement du voile du temple, à l'instant où ce divin Rédempteur prononça ces paroles : « Tout est accompli. » La tradition juive a bien pu déplacer ou modifier quelques circonstances du récit évangélique , au fond, elle n'en confirme pas moins la vérité historique de ce récit. On lit dans le Talmud : « Les portes du sanctuaire s'étant ouvertes toutes seules, R. Johanan ben Zacaï les réprimanda. Sanctuaire, sanctuaire, dit-il, simules-tu la frayeur ? Je le sais, tu seras dévasté » (Ioma, 39 6). On lit aussi dans le Talmud de Babylone : « Les Rabbanan (docteurs) ont transmis que pendant les quarante ans du pontificat de Siméon le'Juste, les dix merveilles qui s'opéraient dans le sanctuaire cessèrent » {Sebahot lomîm). Sans nous arrêter à l'anachronisme qui reporte cet événement à une époque de beaucoup antérieure aux temps messianiques, nous sommes en droit de retenir que, pendant quarante ans, avant la destruction du temple, de l'aveu des rabbins, une grande révolution se fit dans le sanctuaire, la lampe s'éteignit, les portes gémirent, le grand-prêtre fut épouvanté, etc. Or, on sait que le Temple fut brûlé dans l'année 70. En retranchant quarante ans, nous arrivons à l'année 30, pendant laquelle Jésus-Crist affermissait l'alliance et fondait son Eglise. La tradition juive ne désigne, du reste, que par à peu
près l'année même du sacrifice expiatoire : elle s'est contenté© d'un nombre rond. Josèphe a aussi relaté ces signes précurseurs qui présageaient la destruction du Temple (B. J., VI, V, 3) : « Environ à la sixième heure de la nuit, la porte du Temple qui regardait l'Orient, et qui était d'airain et si pesante que vingt hommes pouvaient à peine la pousser, s'ouvrit toute seule, quoiqu'elle fût fermée avec de grosses serrures, des barres de fer et des verroux qui entraient bien avant dans le seuil, qui
était d'une seule pierre Un peu après la fête, il arriva, le
vingt-septième jour de mai, une chose que je craindrais de rapporter, de peur qu'on ne la prît pour une fable, si des personnes qui l'ont vue n'étaient encore vivantes, et si les malheurs qui l'ont suivie n'en avaient confirmé la vérité. Avant le lever du soleil, on aperçut en l'air, dans toute cette contrée, des chariots pleins de gens armés traverser les mers et se répandre à l'entour des villes comme pour les enfermer. Le jour de la fête de la Pentecôte, les sacrificateurs étant la nuit dans le temple intérieur pour célébrer le service divin, ils entendirent du bruit, et aussitôt après une voix qui répéta plusieurs fois : « Sortons d'ici » (u.£xa6aïvoij.sv IvtsiSÔev).
Tacite rapporte aussi en ces termes le fait de l'abandon du Temple : « Les portes s'ouvrirent subitement d'elles-mêmes, et l'on entendit une voix, plus qu'humaine, qui criait que les dieux s'étaient retirés : Expansée repente delubri fores, et audita major humana vox, excedere deos (Hist.% liv. V, ch. 43). Ces prodiges, arrivé» avant la dernière ruine de Jérusalem, étaient de nature à faire suffisamment connaître aux Juifs que Dieu avait abandonné leur temple et supprimé leur culte.
D'ailleurs, en prenant le texte à la lettre, on voit qu'il dit seulement que « la fin de la semaine fera cesser... », sans dire que cette cessation aura lieu instantanément. Les événements qui se passeront « au milieu » ou « à la fin » de la semaine amèneront médiatement ou immédiatement la cessation réelle et effective du légalisme religieux des Juifs. Or, il est très vrai que,- à cette « division » des soixante-dix semaines et de la période suivante, un événement extraordinaire se produisit et que ce fait se trouve en rapport avec l'abrogation des sacrifices et du culte judaïques.
Objection relative à la caractéristique de la dernière semaine. — Cette semaine indique le temps de salut et de grâce pendant lequel le Messie fondera son royaume : la période de la confirmation de l'alliance se place dans la soixante-dixième