CHAPITRE IX
semaine. Faut-il en conclure que cette confirmation prendra toute la semaine et que le Messie se consacrera ouvertement à cette œuvre pendant tout ce temps? Nous n'y voyons aucun inconvénient. On admet généralement que le ministère de Jésus-Christ n'a duré que trois ans et demi. Il est vrai que les Evangiles nous font connaître des fêtes de Pâques, célébrées par Jésus-Christ à Jérusalem, et que ces fêtes impliquent au moins ce laps de temps. Mais ils ne nous disent pas que Jésus n'a commencé son action, sa mission, qu'à la première de ces fêtes de Pâques. Nous verrons au contraire que sept an^s se sont écoulés depuis le baptême de Jésus-Christ, époque où il se voua à sa fonction de médiateur, jusqu'à sa mort. En nous parlant de la durée d'une semaine, la prophétie de Daniel nous sert ainsi à éclairer l'histoire évangélique.
Cette interprétation littérale du texte répond d'avance à l'objection adressée aux commentateurs qui ne donnent à la vie missionnaire de Jésus qu'une durée de trois ans et demi. Moses Stuart expose ainsi cette objection : « Mais pourquoi sept ans? Hengstenberg, Hsevernick et quelques autres admettent que la prédication de Jésus-Christ a duré seulement quelques trois ans ou trois ans et demi -, qu'est-ce qui constitue donc la limite des sept P » (But ivhij seven years? They admit that the ministry of Christ lasted only some three or three and a half years ; ivhat then constitutes the limits of the seven ? p. 296).
Ce sont là des questions auxquelles il n'est pas difficile de répondre. La limite de cette semaine ou des sept ans est indiquée par l'événement même qui doit avoir lieu à la fin de cet intervalle de temps : ce fut alors que s'accomplit le plus grand drame de l'histoire. Il suffit, du reste, pour l'accomplissement de l'Oracle, que Jésus-Christ ait parcouru, dans le temps indiqué, dans une semaine, lentement ou à grands pas, la voie douloureuse et glorieuse qui devait, à la fin des sept années de la derniers semaine, la conduire au Calvaire, et faire de lui le Rédempteur^ la salutaire Victime, mystique et réelle à la fois. Nous ne serions donc pas forcés d'admettre que l'alliance ait dû être affermie depuis le commencement jusqu'à la fin de la semaine. Stuart traduit lui même ce passage par: «pendant une semaine » (for one week. — Rosenmuller : per hebdomadam unam), et, dès lors, il peut seulement conclure du texte que c'est « durant, pendant » cette semaine que se nouera et se fortifiera l'alliance. Mais, ainsi que nous Pavons déjà indiqué, nous pouvons très bien être amenés à admettre, parle texte lui-même
et par l'accomplissement de la prophétie, que le ministère de Jésus-Christ a duré sept ans. Par conséquent, la difficulté proposée n'a plus de base, et disparaît.
Les exégètes qui admettent que la mort du Messie devait avoir lieu « au milieu » de la soixante-dixième semaine, seraient seuls atteints, — pas très gravement cependant — par l'objection que nous venons d'exposer. Ils se sont, du reste, demandés euxmême ce qui constitue la limite des sept ans ; et ils n'ont pu refuser d'admettre que, dans ce cas, la caractéristique finale de la dernière semaine est indéterminée : Daniel n'aurait désigné aucun fait précis qui la distinguât. On peut dire, toutefois, que le reste de cette semaine comprend le temps qui fut accordé aux Juifs, comme un délai pour leur conversion ou pour leur réprobation. Pendant ce temps, ils devaient se convertir et se laisser toucher par les prédications des Apôtres. S'étant endurcis de plus en plus, ils méritèrent enfin d'entendre ce terrible arrêt : « Vous étiez les premiers à qui il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais parce que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, nous nous en allons présentement vers les Gentils » (Actes, XIII, 46).
Ces trois ans et demi de la soixante-dixième semaine auraient donc été donnés aux Juifs pour la repentance et pour être sauvés comme nation. Mais Israël ayant repoussé la grâce et Qjânt commencé à persécuter l'Eglise messianique, le royaume de Dieu fut enlevé au peuple réprouvé et donné aux Gentils. L'Evangile cessa alors d'être prêché exclusivement aux Juifs. La mort d'Etienne met le sceau à l'incrédulité obstinée de ce peuple ; la conversion de Paul fait de ce persécuteur un instrument de Dieu pour proclamer l'Evangile chez les Gentils. Saint Pierre a la vision de la nappe descendue du ciel et remplie de toutes sortes d'animaux purs et impurs, et il reçoit une révélation particulière au sujet de l'admission des païens dans l'Eglise chrétienne. Le baptême du centurion Corneille fut accompagné de marques non équivoques de l'effusion du Saint-Esprit sur les païens. (Actes, X, 44.) Le ministère évangélique cessait donc de s'adresser alors à la nation juive, considérée comme nation. Ainsi, la dernière semaine de l'Oracle se terminerait par un événement remarquable et propre à frapper les esprits. Il serait indiqué par l'étonnement des Juifs, venus à Césarée avec Pierre, lorsqu'ils virent que « la grâce du Saint-Esprit se répandait ainsi sur les Gentils » (vs. 45). D'après quelques chronologistes, cette introduction du christianisme parmi les païens aurait eu lieu la