‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 110 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

quatrième année après la mort du Sauveur (cfr. Tirin [chron. sac, cap. 50], Cornélius a Lapide [in Act., cap. 4 0], Labbe [chron. hist.). D'autre part, a Lapide {comment, in /oc), Petau et d'autres érudits disent que cette môme année, dans laquelle eut lieu la vision, Pierre vint à Antioche et y fonda l'église, dont les membres prirent le nom de chrétiens. C'est ce que nous apprend Eusèbe (in Chronico), lorsqu'il dit que l'église d'Antioche fut fondée par saint Pierre la quatrième année de l'Olympiade 203, et que la mort du Christ eut lieu la quatrième année de l'Olympiade 202. C'est, par cet événement si remarquable que seraient closes les soixante-dix semaines qui regardent le peuple juif: Et ostium fidei gentibus apertum est (Act., XIV, 26). Ainsi, Jésus-Christ aurait continué à confirmer son alliance par ses apôtres qui prêchèrent la loi évangélique dans la Judée et ensuite dans le monde païen. Nous pouvons admettre, en effet, que des faits saillants ont marqué la fin d'une période de trois ans et demi après la mort de Notre-Seigneur.

Mais, d'après le sens du texte et d'après la correction que nous avons indiquée, nous ne sommes pas tenus de croire que la mort du Messie partage en deux la dernière semaine. Pendant une semaine, le Christ, en prêchant, en faisant des miracles et en donnant sa vie, a formé le noyau de son Eglise, et il a ainsi contracté une alliance ferme et solide avec de nombreux croyants. La mort du Christ marque la fin de la soixantedixième semaine ; et de la sorte la période, dont l'Ange avait marqué le commencement par un fait très significatif, se termine aussi par une caractéristique bien plus importante encore : par la confirmation de l'Alliance de Dieu avec le monde dans le sang du Messie. Les soixante-dix semaines se terminent de la sorte par le plus grand drame de l'histoire, et fixent l'époque la plus solennelle de la vie de l'humanité.

9 Et, sur aile (oiseau) d'abominations, dévastateur. Tout le monde s'accorde à reconnaître que kanaf (rnp a legendo dicta • rn^ texit, operuit) signifie « aile. » Dans la Genèse (VII, 4 4) ce mot a le sens d'oiseau et est donné comme synonyme de ziffor : « tous les oiseaux, tout ce qui vole dans l'air (kol kanaf). »> Le subst siqqûzim, abominations, impuretés, idoles, vient de l'inusité Trp^, piel, avoir en horreur -, rendre impur, abominable. Ce mot est employé souvent pour désigner les idoles, les représentations ou les images des faux dieux. Ainsi les dieux de bois, de pierre, d'argent et d'or des Egyptiens sont appelés siqqûzim (Deutèron., XXIX, 10). Ailleurs (III, Rois, XI, 5, 7), Mil-

kom (Moloch) est présenté comme l'abomination des Ammonites ; Chamos est le siqquz des Moabites (III, Rois, XI, 7 ; IV, Rois, XXIII, 13) et Astaroth est celui des Sidoniens (IV, Rois, XXIII, 13). En d'autres endroits, les idoles sont appelés au pluriel a abominations» (cfr. IV, Rois, XXIII, 13, 24; II, Parai., XV, 8; JéPém., VII, 30; XIII, 27; XVI, 18; XXX, 11, 34; Ezéch., VII, 20 ; XX, 7, 8 ; XXXVII, 23).

Les Massorètes rattachent siqqûzim à kanaf qui est vocalisé à l'état construit rn^ D'après cette ponctuation, il faut traduire : Et, sur aile d'abominations, dévastateur. D'autres critiques se demandent s'il faut traduire « sur l'aile des abominations » ou : sur l'aile, abominations du dévastateur. » Les Septante, Théodotion et la Vulgate associent 'siqqûzim avec mesomêm et séparent ces deux mots de kanaf par l'insertion du verbe « être » : et in templo erit abominatio desolationum {oUluyi>.<x twv èprj^aswv), en prenant mesomêm pour un substantif abstrait. Le texte, lu sans les points massorétiques, ne s'oppose pas à cette façon de le traduire. Il est vrai que, dans d'autres passages, siqqû'z est rattaché à somêm ou à mesomêm (cfr. XI, 31 : Dabunt (ponent) abominationem vastatoris ; XII, 11 : et cum posita fuerit abominatio vastati). Mais il ne semble pas qu'il y ait là une raison de conclure que ces deux mots forment une expression composée qui les réunit, et ne permet pas de les séparer ici. Du reste, le sens du texte ne serait pas changé en le traduisant ainsi : « sur l'aile, abominations du dévastateur. » Mais il est plus probable que kenaf doit être à l'état construit et qu'il s'accorde ainsi avec siqqûzîm. De sorte que mesomêm est le sujet de la phrase.

On comprend aisément, du reste, que l'ensemble de ce passage indique une « abominatiou idolâtrique. » Mais on se demande ce que peut signifier le mot « aile. » Par elle-même, l'expression « aile d'abominations » n'offre aucun sens. Aussi tous les critiques reconnaissent-ils qu'il faut prendre le mot kanaf métaphoriquement et admettre que le texte emploie la partie (l'aile) pour le tout (l'oiseau). Cette métaphore qui regarde le mot kanaf (aile) comme désignant un oiseau et en général des oiseaux, est très naturelle et on la trouve employée dans la Bible. Nous lisons, par exemple, dans Ezéchiel (XVII, 23) : Et habitabunt sub ea omnis avis et omnis ala [kanaf, volatile. — Cfr. XXXIX, 4, 17). L'expression des proverbes (I, 17) rpj ^^ et celle de YEcclésiaste (X, 20), 0333 b^S (possesseur d'aile ou d'ailes) signifient « ailé, oiseau. » D'ailleurs, le mot kanaf doit être rangé au nombre des noms collectifs, c'est-à-dire des noms

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