‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 12 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

sant, considérant, afin de me rendre compte de ce que je voyais. — d Un bouc des chèvres (hircus caprinus) zefir hahifôtm (TSS lDWÏ") bouc des chèvres. Le bouc ("|?S3f. propr. le sauteur — a saltando dictus ou a saliendo) est aussi nommé "\rjxj (propr. hirsutus, pilosus). Mais comme ce nom est équivoque et s'applique à diverses espèces animales, on appelait le bouc sahir hahifôim (bouc des chèvres; cfr. Genèse XXXVII, 3< ; Lévit. XVI, 5) Il semble que le mot zafir a eu, comme le mot allemand Bock, le sens de mâle (de la chèvre, de la brebis et de quelques autres animaux). Pour distinguer le bouc proprement dit, on a ajouté au mot zafir le mot hahitfim (des chèvres : de 73; chèvre) et on a ainsi désigné le genre chèvre (Cfr, ail. Ziegenbock). Par ce mot « bouc des chèvres, » Daniel a voulu désigner plus expressément l'empire dont le bouc était l'emblème. Il se peut aussi que le prophète ait eu en vue la mer Egée dont le nom signifie mer des « grosses vagues 0 (aïyeç ; cfr. daaato, je bondis) et mer des chèvres (a?Ç, atyoç, chèvre). Le nom 'de mer des chèvres pouvait avoir trait aux flots moutonnants de cette mer ou au grand nombre d'îles qui s'y trouvent, et qu'on a pu comparer poétiquement à un troupeau de chèvres (Cfr. Onomatologie de la Géographie grecque, p. 38) {\). — e De l'Occident (min ham-

(1) Il peut se faire que le règne des Macédoniens ait été représenté sous l'emblème du bouc, parce que ce 'peuple, plus de deux cents ans avant Daniel, portait le nom d'Egéados (a(Sj, chèvre, bouc) ou de «peuple du bouc ou des chèvres.» La ville d'Edesse ou d'Emathée se nommait aussi Egée, parce que, dit-on, Caranus avait été conduit dans cette localité par un troupeau de chèvres. Mede fait, à ce sujet, une remarque très intéressante que nous rapportons tout au long : « Nec déesse videtur hujusmodi allusiones exemplum apud Danielem, c. 8, ubi Macedones, qui tunctemporis sEgcados (hoc est Caprini) dicebantur typo caprarum, rexque hirci figura designatur. «Ecce, inquit, hircus caprarum (id est caprarum maritus) venit ab occidente, etc. Innuitautem Alexandrum magnum. yEgeaduin reges il 1 i Macedones sunt. Ita enim gens ista vocabatur qua prima regni sedes erat, a Carano conditore ducentis plus minus ante Danielem annis. Occasionem nominis ex Trogo refert epitomator Justinus 1. 7, c. 1, cujus verba ascribere non gravabor. « Caranus, inquit, cum magna multitude Grœcorum, sedes in Macedonia responso oraculi jussus quaarere, cum in yEmathiam venisset, urbem Edessam non sentientibus oppidanis propter imbrium et nebulae magnitudinem, gregem caprarum imbrem fugientium secutus, occupavit : revocatusque in memoriam oraculi, quo jussus erat ducibus capris imperium quaerere, regni sedem statuit, religioseque postea observavit, quocunque

maharab : le mot mya, le coucher du soleil : s -m il a fait

soir, il a fait sombre). On donnait à tous les pays occidentaux le nom que les Arabes ont conservé à une partie occidentale de l'Afrique, le nom de pays de Magreb. Les noms de l'Europe et de l'Erèbe (enfer placé à l'Occident) se rattachent à la même racine (Voy. Ibid., p. 16). Ce mot a trompé Théodotion qui a traduit ainsi ce passage : r^yzxo àno Ai6b; (il vint du côté du vent d'Afrique : ce serait du sud-ouest ou de l'Afrique). Théodoret explique cette traduction en disant que, après avoir soumis l'Egypte, Alexandre s'avança vers la Perse. Mais la vision indique tout simplement l'Ouest; et la Macédoine est parfaitement à l'ouest de Suse et de la Perse. — fGe peu de mots exprime l'étendue des conquêtes d'Alexandre (Cfr. I, Mach. I, 3 : BirjXOev l'wç 3cxpov xrjç -pjç). — s Et ne touchant pas sur la terre : nogëha, attingens, partie, kal de 3753 toucher, approcher, atteindre (Cfr. Enéide, VIT, v. 816 et ss-). Daniel nous offre ici un tableau très vivant de la rapidité et de la force irrésitibles du conquérant macédonien. Alexandre semble plutôt voler que courir : le bouc franchit comme s'il eût eu des ailes (cfr. les quatre ailes du léopard, VII, 6), l'espace compris entre la Grèce et la Perse, l'Egypte et l'Inde. — h Une corne de vue, cornu adspectus, hazût, de considération, considérable, c'est-à-dire qui se faisait voir (cornu spectabile, conspicuum, insigne) : ses dimensions la rendaient très apparente, et, par suite, très remarquable. Les LXX et Théodotion : xlpaç Qstopsrdv. Cette corne figure tout particulièrement Alexandre le Grand ; elle symbolise le premier roi, le grand roi de l'empire des Grecs ou de la troisième monarchie. Mais le bouc représente tout le royaume de Javan. Cet animal, symbole de l'agilité et de l'impétuosité des Grecs, correspond au léopard du ch. VII qui surpasse en agilité le lion et l'ours. Le bouc est ici en opposition avec le bélier dont la marche est plus lente, comme l'observe très bien Théodoret : xou xpiou yàp ô^ÛTSpo; 6 Tpdtyoç (le bouc est plus véloce que le bélier). Le même contraste se trouve entre l'ours et le léo-

agmen moveret, ante signa easdem capras habere, caeptorum duces habiturus quas regni habuerat authores. Urbem Edessam ob raemoriam muneris JEgcas, populum JEgeadas vocavit » (Loc. cit., p. 473, 474). Ajoutons encore à ces détails que la ville d'Egée était Je lieu delà sépulture des rois de Macédoine (Pline, lib. IV, c. 10). Il est encore digne de remarquer que le fils d'Alexandre et de Roxane fut appelé Alexandre JEgus ou «fils du bouc; » et que quelques successeurs d'Alexandre le Grand sont représentés, dans leurs monnaies, avec des cornes de bouc.

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