‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 113 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ch. IX. On a dit, il est vrai, que Jésus annonçant cette profanation, qui devait être faite par les Romains, avait en vue, non pas le passage IX, 27, mais plutôt XI, 31 et XII, H. Mais Keil et les autres critiques qui partagent cette opinion auraient pu voir aisément que, quoique dans ces derniers passages, on trouve l'expression que le traducteur alexandrin a rendue par 6ô^Xuy[j.a T7J; ip7][j.wa£ioç, les circonstances que nous offrent ces textes ne permettent pas de les rattacher au temps indiqué par Notre-Seigneur. Ce divin Maître n'a pu citer que le passage du ch. IX. Jésus-Christ applique les mots siqqûzim mesomëm à la future destruction de Jérusalem. Le traducteur grec de l'évangile de saint Matthieu a adopté la traduction grecque de cette expression, que la version des Septante avait vulgarisée dans le monde juif hellénisant.

Les trois citations de l'Evangile qui ont trait à cette prophétie offrent une traduction des paroles même de Jésus-Christ. Il ne faut pas supposer que les passages de saint Marc et de saint Luc ne conviennent que pour le sens avec le texte de saint Mathieu : ce sont des citations exactement découpées dans le discours du divin Maître. Notre-Seigneur a développé sa pensée et l'a exposée en termes différents, laissant à ses disciples le soin de retenir et de reproduire les uns ou les autres. Nous lisons donc, dans saint Mathieu (XXIV, \ 5, 1 6), cette prophétie : « Lorsque vous verrez que l'abomination prédite par le prophète Daniel sera dans lieu saint (sv t67:w àytco)..., alors que ceux qui seront dans la Judée s'enfuient sur les montagnes... » Saint Marc (XIII, 14) apporte un trait qui accentue la notion générale de « lieu saint », de manière à comprendre, sous cette expression, tout lieu qui était réputé saint. « Lorsque vous verrez, dit le Sauveur, l'abomination de la désolation établie où elle ne doit pas être (ot:ou ou Set')... alors que ceux qui seront dans la Judée s'enfuient sur les montagnes. » Saint Luc (XXI, 20, 21) rapporte la même prédiction en ces termes qui ajoutent au tableau précédent l'idée d'un investissement de Jérusalem : « Lorsque vous verrez Jérusalem entouré par une armée, sachez que sa dévastation est proche. Alors que ceux qui sont en Judée s'enfuient aux montagnes... » Ainsi, Jésus-Christ dit positivement que l'abomination mentionnée par les deux autres évangélistes coïncidera avec le blocus de la ville sainte par une armée. Ces abominations auront déjà apparu lorsqu'on se mettra à faire des circonvallations. D'où il suit qu'il ne s'agit pas des profanations que les Zélotes et les Romains, à la fin du siège,

purent commettre dans le temple ou sur cet édifice sacré. Jésus- Christ ne visait pas ces événements, car il donne à ses disciples des signes généraux qui devaient devancer le siège de la ville : Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation dans lieu saint, et que Jérusalem sera investie, entourée d'un cercle par une armée, fuyez. L'abomination devait apparaître avant la catastrophe qui amena la ruine de Jérusalem, et par conséquent avant que les idoles pussent être introduites dans le temple (1). Aussi, Jésus Christ ne dit-il pas que l'abomination sera « dans le temple », mais « dans un lieu saint. » S'il se fut agi du sanctuaire, le divin Maître aurait sans doute dit : « dans le lieu saint (h tÇ> zôtm) àyi'w). L'expression tôâoç aytoç a pu signifier le temple; mais il y avait d'autres lieux que le temple auxquels s'appliquait Tépithète de saint. Jérusalem était appelée la ville sainte (cfr. s. Matth., IV, 5 : xv^v àytav 7ï6)av) ; la montagne de Sion, sur laquelle le temple était bâti, portait le nom de « sainte montagne », parce que cette ville et cette montagne étaient consacrées au culte du vrai Dieu d'une manière toute particulière. La Judée tout entière était regardée comme une Terre sainte, comme le domaine spécial de Jéhovah. Le prophète Zacharie donne en ces termes à la Judée l'épithète de « sainte » : « Le Seigneur possédera (encore) Juda, son héritage {hëlqô), dans le pays (super terram, ncrs} de la sainteté AlHpn) » (JH> 4 2). Il ne fallait pas que ce territoire fut souillé par les aigles romaines. Le texte des Evangiles s'interprète donc très bien ainsi : Lorsque vous verrez l'abomination de la désolation, prédite par Daniel,

(1) A plusieurs reprises, le paganisme avait essayé de s'établir dans le sanctuaire; mais il n'y avait pas réussi. Caligula ordonna d'y placer sa statue colossale et d'appeler, ù l'avenir, ce lieu sacré : temple de Caïus, le nouveau Jupiter. Les Juifs, s'étant soulevés, avaient été menacés d'une guerre d'extermination, et la nation n'échappa alors à la ruine que par la mort de ce despote. Sous Claude, les Juifs furent obligés de présenter dans leur temple les offrandes de l'empereur. Mais ces offrandes d'un césar-dieu étant regardées comme des marques de politesse qu'un dieu témoignait à un autre dieu, les Juifs comprirent l'inconvenance et l'indignité d'un pareil procédé. Aussi, repoussèrent-ils, sous Néron, les offrandes impériales. Ce refus motiva, en partie, la guerre de Rome contre Jérusalem. La politique du nouvel Antiochus ne pouvait manquer de provoquer à la révolte. Elle se produisit lorsque Néron eût déclaré que Césarée serait désormais une ville romaine, et qu'il eût dépouillé les Juifs qui l'habitaient, non-seulement de toute part à l'administration municipale, mais aussi du droit de cité.

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