‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 115 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dans le sens de « sommet (Spitze) du Temple. » Gesenius et Winer ont aussi traduit ce mot par extremam partem seu summitalem tecti templi. Rosenmùller comprend très bien que cette explication n'est pas justifiée, et il l'accueille en ces termes ; Quod mirandum, quum de aedificiis rp3 nusquam usurpatum reperiatur, nec kenaf siqqûzîm summitatem tecti templi significare possit. Il faut reconnaître, en effet, que kanaf ne signifie pas « sommet, point élevé. » Ce mot a été pris, il est vrai, pour signifier l'extrémité d'un vêtement, d'un point éloigné. Mais, comme le remarque très bien Bleek (Jahrbb., V, 93), ce mot ne signifie jamais une extrémité étendue perpendiculairement, mais seulement une étendue horizontale. C'est encore ce que fait remarquer Stuart dans les lignes suivantes : « Pour désigner M élévation en hauteur » (height upward) au lieu de « étendue ou largeur (extension or breadth), » il faudrait un autre mot que kanaf. » Il ajoute que le « bord » d'une chose ou d'un objet n'est pas « la hauteur » ou le « sommet » de cette chose (The border of a thing or object is not the heigt or summit of it).

D'autres critiques ont cru arriver au même résultat, en interprétant d'une autre façon kanaf, pris dans le sens de « bord, bordure» (d'un vêtement, d'un pays). De l'idée de a bord, » on a cru pouvoir passer à celle de faîte d'un édifice, de chose étendue qui sert à couvrir, comme, par exemple, les deux pans du toit du temple. Bertholdt a donc expliqué kanaf comme signifiant « le toit ailé du Temple. » (Auf dem Flugeldache des Heiligthums). Lengerke passe de l'idée de « bord » à celle d'extérieur, et il prend kanaf dans le sens de « l'extérieur » (das Aeusserste) d'un édifice, de «sommet, toit, pinacle (Giebel, Dachy Zinne), » et il traduit : « Et sur (la) pointe de l'abomination (vient le) dévastateur » (Und liber (die) Grduelzinne (kommt der) Verwilster. Il ajoute des articles qui ne sont pas dans le texte, afin d'avoir l'air de retrouver là son Antiochus ; et il aboutit à une traduction qui n'a aucun sens. Qu'est-ce, en effet, que la pointe, le sommet d'une abomination sur laquelle vient un dévastateur. Comment placer cet individu « sur un toit, sur un pinacle horrible?» D'ailleurs, il n'y a rien, dans cette traduction qui indique un rapport de ce sommet ou de ce pinacle avec le temple. Ce n'est pas non plus Cahen qui nous indiquera ce rapport, en se contentant d'expliquer ainsi le mot kanaf : «Partie extérieure d un objet, par exemple d'un bâtiment ; ici le temple profané par les païens. » Il va sans dire que pour ce rabbin, comme pour les autres rationalistes, le dévastateur qui vient sur le toit du temple ne saurait être que le roi Antiochus Epiphane.

On a toutefois compris quo le pluriel siqqû'zim ne conviendrait pas à l'idole de ce roi. Mais on a recours à l'usage du pluriel intensitif. Lengerke y voit un abstrait qui signifierait la nature ou l'essence de l'abomination (Grauellwesen). Puis, après avoir remarqué qu'Hitzig y voit une statue de quelque dieu, il dit qu'on pourrait y voir une allusion au dieu Mahuzzîm du ch. XI, 38. Mais il n'y a là, de la part de ces critiques, qu'une conception a priori insoutenable. Elle est, d'ailleurs, en opposition avec l'histoire. Le roi de Syrie ne plaça pas des dieux ces idoles sur le faîte du Temple : il plaça sur l'autel du vrai Dieu un petit autel à la mode grecque (I, Mach , I, 2&). Le pseudo- Daniel des rationalistes qui aurait écrit après les événements (Lengerke) ou pendant (Kuenen) aurait parlé plus conformément à la vérité. Lengerke n'en est pas moins obligé, d'ailleurs, de se demander, avec Hengstenberg, ce que pourrait signifier : « sur l'aile ou sur le sommet des idoles. » A cette question, il ne trouve aucune réponse, et il n'expliquerait pas plus clairement cette proposition : « Sur l'aile ou sur le sommet de l'idole (de la statue de Jupiter), le dévastateur. »

Ainsi, en admettant que kanaf signifiât «sommet, toit, pinacle, » on n'est pas autorisé à conclure qu'il s'agit dans notre texte de la toiture du Temple. Voyant bien que kanaf n'a pas ce sens, Gesenius a essayé de le lui donner. Il suppose donc que, en comparant les passages parallèles (XI, 31 et XII, 11), on peut traduire : et super fastigium templi collocatse erunt abominalioues vastatoris). Mais c'est le parallélisme de ces passages qu'on imagine toujours, et qu'on ne prouve jamais. On aura beau demander aux grands critiques une raison, si mince qu'elle soit, on n'obtiendra qu'une affirmation despotiquement imposée au peuple crédule de la pseudo-libre pensée. Ainsi, après avoir traduit siqqûzîm mesomem par « la terrible abomination, » Kuenen se contente de mettre en note (p. 544) : « Quel que soit le sens de a passage, il est certain que DQity D^P^ (s*c) es^ Parallèle à VIII, 13 ; XI, 31 ; XII, 11 ; par conséquent, ici encore, la cessation du culte du temple coïncide avec l'érection «du petit autel» idolâtre. Lorsqu'Antiochus Epiphane aura été renversé, le culte idolâtre qu'il avait établi à Jérusalem le sera avec lui. La colère divine se répandra pour ainsi dire sur les symboles de ce culte. » Voilà le grand argument : «Quel que soit le sens de l'auteur, c'est-à-dire, qu'il dise « blanc » ou qu'il dise « noir, i> peut nous en cbaud : nous voulons qu'il dise « vert » ou «jaune ;» il dit « vert » au cb. VIII, 13 et XI, 21), en d'autres termes, il y

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