CHAPITRE IX
Tautologie). Cette observation n'est pas sérieuse. Car le verset 27 ne fait que développer et caractériser davantage le « peuple » qui viendra venger le Messie. Ce peuple a été déjà mis en contact avec les Juifs, et le Nagîd-Habbo' a été représenté comme le Guide, le Chef, le Conducteur de l'armée envahissante et dévastatrice. Ici, la révélation de l'Ange indique le signe qui marquera l'entrée de cette armée dans la Judée et met en évidence l'instrument ou le général qui sera l'exécuteur des hautes œuvres de la dévastation. C'est, en effet, des étendards-idoles des Romains que le texte nous parle, ainsi que nous l'avons déjà montré. Les aigles de l'armée romaine pénétrèrent dans la Terre sainte, et cette contrée fut ainsi profanée.
1 Dévastateur. Le mot mesomëm (np^p, participe piel, de la forme poe/, du verbe DDÙ vastatus est) signifie « dévastant », et pris substantivement, « un dévastant, un dévastateur ». Dans ce passage, mesomëm est le sujet. Regardant le dévastateur comme étant le Nagid-le-Venant , et voyant cependant que l'article fait défaut, quelques critiques ont compris que cette identification du Nagid et du dévastateur n'était pas conforme au texte. Stuart, qui veut identifier le Nagid avec Antiochus, ne s'explique pas « comment il pouvait se faire que, dans ce cas, ce mot n'ait point l'article » (And then, in case Antiochus is designated bj DQ JL*p, how could the article be dispensed with in such a renewed mention of him ?). Il eût été, en effet, nécessaire d'indiquer par l'article que mesomëm se rapportait au Nagid. Keil dit que ce n'est pas nécessaire, parce que mesomëm est un participe, et que l'on peut traduire ainsi ce passage : « Sur les ailes de l'abomination il vient désolant. » Mais il introduit un changement dans le texte, en y ajoutant « il vient » ; et, d'ailleurs, « désolant » n'en" est pas moins un participe devenu substantif et sujet d'une phrase. Rien ne s'oppose, d'ailleurs, à ce que mesomëm soit regardé comme un substantif: on sait que ces formes participiales sont souvent employées de cette façon. En ne portant pas hammesomëm, le texte nous apprend qu'il ne s'agit pas là du Nagîd-le-.Venant ; mais d'un destructeur placé à la tète « d'oiseaux d'abominations » ou préposé sur les aigles romaines. Le Messie règne : il fait marcher les Romains contre les Juifs, et les Barbares contre les Romains Titus, que les rabbins ont voué à l'exécration en lui donnant le surnom de harasha (le méchant, l'impie), n'était que le lieutenant, le vengeur du Nagîd-\e- Venant.
Mais la présence du commandant romain n'excluait pas celle
du Messie-Chef. Il vint, en effet, sur les nuées du ciel, à l'époque du siège de Jérusalem, et on peut voir cette pnrousie du Fils de l'homme indiquée dans les signes précurseurs, qui annoncèrent la catastrophe de cette ville. Tacite nous apprend, en effet, que la dernière désolation de Jérusalem fut annoncée, dans le ciel et sur la terre, par « des prodiges si étonnants et si étranges qu'il n'j avait plus désormais ni prières ni sacrifices qui pussent en détourner l'effet » (Evenerant prodigia quœ neque hostiis, neque votis piare fus habet gens supers litioni obnoxia, religioni adversa). « On vit paraître en l'air, continue-t-il, des bataillons qui, s'entrechoquant, faisaient briller leurs armes lumineuses » [visœ per cœlum concurrere actes, rulilentia arma. — Hist., lib. V, ch. *3). De son côté, Josèphe ajoute que ce fut vers le coucher du soleil, le 22 du mois de mai, qu'on aperçut les armées célestes qui, traversant les nuées avec leurs charriots, semblaient se répandre autour des villes comme pour les assiéger.
Mentionnons, pO'ur la forme, les traductions dans lesquelles la racine DpÙ (être dévasté) a été prise dans le sens de « être saisi d'étonnement, être stupéfait ». C'est d'après cette indication que Pagnino traduit ainsi : et super alam (extensionem) abominationum stupefaciens ; et qu'Arias remplace ce dernier mot par admirari faciet. Ces deux traducteurs ont aussi traduit le membre de phrase suivante de cette façon : et usque ad consummationem et decisam (decisionem) effundet super obstupescentem. Il suivrait de là que la destruction se répandrait sur le peuple juif étonné ou provoquerait l'étonnement des païens. Kimchi donue ce même sens à notre texte : De expansione abominationum obstupescet homo. Ce rabbin voudrait trouver là la signification que voici : la désolation du peuple juif sera si grande et si généralement répandue, que tout le monde en sera étonné. Mais il transforme le texte : il ne le traduit ni grammaticalement, ni selon le lexique, ni selon le contexte. L'idée d'étonnement donnée ksamem n'est que secondaire et elle ne s'y trouve exprimée, comme le remarque très bien Buxtorf, que lorsque ce verbe se rapporte à l'âme : EQ1I7. dcsolari, vas tari ; obtupescere cùm ad animum refertur. Nam stupor animi est ejus quœdam desolatio. Le contexte ne dit rien de l'étonnement, il est tout à la « destruction ». D'ailleurs, Kimchi se contente d'une métaphore incomplète en prenant kanaf (aile) pour une « étendue » ou « expansion », et il ajoute le sujet « homme ». Ces traducteurs n'avaient aucun motif d'abandonner l'interprétation traditionnelle de dévastation ou de désolation que le contexte et les anciennes traductions donnent ici à ce mot.