‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 119 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ticipe piel mesomem le sens actif faisant dévasté, faisant désolé (dévastateur, désolateur). Us sont obligés de reconnaître que le participe kal de ce verbe signifie nécessairement « dévasté » (étant dévasté). Mais voulant, malgré tout, trouver ici une mention de la mort d'Antiochus, les criticistes ont décidé que somëm était tenu de se prendre dars le sens de « dévastateur-, » il faut, d'après l'exégèse imaginaire qu'ils font du livre de Daniel, que, au ch. IX, 27, « la consommation se répande sur le dévasteur, » afin qu'on puisse lire, entre les mots de cette ligne, que le roi de Syrie finira par succomber sous le poids du courroux divin. Mais lorsqu'on leur demande une raison, pour si petite qu'elle soit, qui leur permette de transformer un participe passif en participe actif, ils n'ont pu motiver leur fantaisie que par le désir qu'ils ont qu'il en Foil ainsi. Rosenmûller, par exemple, reconnaît très juste ment que mesomem signifie « dévastateur : » mesomem est participium formas pael verbi DQttJ vastatum esse, dénotât que vastatorem (p. 310). Puis (p. 312), pour établir que somëm signifie aussi vastator, il se contente de dire : que «somëm (Lament., I, 13, 16 ; III, 21) signifie, en effet, «dévasté» (desolatum). Mais que Daniel l'emploie comme un participe actif aux ch. VIII, 13 et XII, 11 : Nostro vero ut participium activum usurpatur supra VIII, 13, et intra XII, 31. A la page 841, nous avons fait voir d'une façon irrécusable que cette assertion est complètement fausse. Il a été aussi facile de constater (p. 810) que Gesenius et Lengerke (voy. p. 812) ont tout aussi vainement essayé de rabibocher cet argument infirme. Comme nous l'avons vu aussi, Stuart n'a pas mieux réussi à transformer vastatus en vastandus. Il a très bien compris que la forme participiale intransitive somëm a toujours un sens passif; mais il en a conclu arbitrairement que « dès lors ce participe signifie delendus> vastandus, .un qui sera ou qui devra être dévasté» (it as always a passive sensé, and therefore means delendus, vaslandus, one who is or ought to be destroyed). Ce commentateur s'arrange ainsi pour reprendre, par une voie détournée, ce que la grammaire le contraint d'abandonner : il refond le texte et y mêle un sujet qui ne s'y trouve. Il traduit hal somëm par « sur celui qui est pour être fait désolé» (upon him who is to be made desolate). Le lecteur a suffisamment remarqué déjà que cette conclusion ne repose sur rien. Le participe somëm est un participe passif, et, dès lors, il signifie «dévasté, » qui aura été dévasté. D'ailleurs, sur quoi se fonde Stuart pour introduire, dans ce passage, l'expression « celui qui?» pourquoi ne met-il pas « ce qui? » Pourquoi,

en un mot, n'adopte-t-il le masculin vastandus aulieu du neutre vastandum? Il n'y a dans tout cela qu'une exégèse de fantaisie. Ces critiques se conduisent comme de mauvais joueurs qui ne peuvent gagner qu'en trichant.

Nous reconnaissons, du reste, qu'il y a ici une paronomasie familière aux Hébreux : le dévastateur et le dévasté. Mais l'imagination de Stuart dépasse le but et il passe subitement à cette interprétation qu'il ne cherche. môme pas à motiver d'une façon quelconque : le dévastateur doit être ou sera dévasté (the desolator, waster shall be wasted). Ce who shall be wasted (celui qui doit être ou sera dévasté), ce dévastateur dévasté, en un mot arrive là comme des cheveux dans un potage. Le texte indique très bien que le dévastateur fera pleuvoir la destruction sur le dévasté. Mais l'interprétation d'après la quelle le dévastateur répandra des maux sur sa propre personne et deviendra ainsi le dévasté, n'est pas justifiée par le texte : il faut laisser cette confusion dans l'imagination des rationalistes.

Mesomëm et somëm forment donc une antithèse dans laquelle le premier participe indique l'agent et le second vise le patient ou l'objet de l'action. Le texte mentionne le dévastateur et le dévasté, et il n'y a pas la moindre indication qui permette de les confondre l'un avec l'autre. Les criticistes n'ont pas le droit d'interpréter le mot somëm dans un sens différent que celui qu'il présente partout à l'esprit : un participe passé n'est pas un participe présent. Si l'auteur avait voulu nous apprendre que le dévastateur serait lui-même dévasté , il n'avait qu'à répéter le mot mesomëm. Reuss nous a dit plus haut que l'auteur ne l'a pas fait afin de « varier le terme, » C'est là une jolie façon d'interpréter la pensée d'un écrivain et un procédé fort commode : il suffit de supposer qu'il n'a pas tenu compte du sens d'une expression dont l'importance ne pouvait manquer de paraître grande à ses yeux. D'ailleurs, même en admettant que l'Oracle aurait voulu varier le terme, on comprend aisément qu'il n'aurait pas trouvé beaucoup de difficulté à dire que le destructeur serait détruit. Ainsi, Osée (X, 15) a trouvé l'expression nidmoh nidmah mëlëk (de damah, niphal, être détruit, exterminé), pour dire: «le roi d'Israël sera exterminé» ; et il a pu s'en servir d'autant mieux que ce verbe se dit des personnes, des peuples et des villes. Pour le même motif, l'Ange aurait pu recourir au verbe sadad (pesumdedit, perdidit, vastavit), et une combinaison avec sadûd (trucidatus) se serait présentée facilement à l'esprit de l'auteur, s'il avait voulu exprimer la pensée que lui sug-

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