‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 120 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gèrent — un peu trop tardivement — les critiques rationalistes. S'il avait voulu viser Antiochus et le mentionner ici d'une façon quelconque, l'Ange aurait été d'autant plus porté à remplacer somëm par un autre mot, que pour indiquer la mort d'un homme, d'un tyran, on ne dit pas qu'il sera « dévasté. »

On n'a pas assez remarqué, d'ailleurs, que l'Ange confirme et complète au verset 27 ce qu'il a dit au verset précédent. Il y a un parallélisme très régulier entre ces deux versets. Chacun d'eux est partagé en deux membres de phrases, dont l'un regarde la mort du Messie, la confirmation de la nouvelle alliance ; et l'autre la destruction de la ville et du sanctuaire, ou, en d'autres termes, le châtiment qui sera réservé au peuple qui aura rejeté le Messie. Au verset 26, il est parlé des « décrets des (lieux) dévastés » ; et au verset 27, de « la destruction décrétée » qui se déverse sur « le dévasté » ; au verset 26, il est question d'une inondation, d'un déluge de maux qui se répandra sur Jérusalem ; et au verset 27, l'invasion est encore présentée comme une pluie ou une grêle qui fond sur le dévasté. Remarquons aussi que, au ver-' set 26, il s'agit de la destruction de Jérusalem et du Temple, et que, par suite, en tenant compte du contexte et de l'analogie des faits, c'est encore cette ville et son sanctuaire qui sont l'objet de la destruction prédite au verset 27. Dans les deux passages, on constate le déchaînement d'une guerre formidable, dont nous lisons, avec une sorte d'effroi, l'éventualité, et qui devait, comme l'explosion soudaine d'un grand orage, envahir la Judée et amener « la destruction décrétée », la destruction « complète » de Jérusalem et de son Temple.

C'est ce qu'ont compris les Septante, Théodotion et la Vulgate, lorsque, constatant dans somëm un sens passif (cfr. Symmaque : Ira xh £ori(j.o(jivov, sur le dévasté), ils ont traduit, au ch. VIII, 23, et IX, 26, ce participe par ipy]tjuocrts', vastatio vastitas. En employant l'abstrait pour le concret, ces traducteurs expriment très bien le sens passif de ce participe, l'état de dévastation , de vastatio, de lieu dévasté. Peut-être même ont-ils voulu mieux indiquer le sens passif et marquer qu'il s'agit très expressément d'uue chose dévastée. Il est vrai que, en traduisant aussi mesomëm par l'abstrait (lp^[j.wcnç, vastatio), au verset 27, ils n'ont pas tenu suffisamment compte du sens actif de ce participe. Mais on peut dire aussi que, dans l'expression SSéXuy^a -ajç £p7][j.oKT£UK (abominatio desolationis), la dévastation est représentée comme venant en personne détruire Jérusalem et son temple.

Nous ne sommes donc pas surpris de constater que des criti-

ques, tout aussi anti-messianiques que les Lengerke, les Kuenen et les autres sus-mentionnés, ont néanmoins tenu à ne pas se compromettre ainsi, au point de vue grammatical, et se sont vus forcés de repousser cette transformation du participe passif en participe actif. Déjà Marsham (p. 572) avait traduit ainsi ce passage : Donec consummatio àecisa effundat super desolatum. Wieseler ne se contente pas de le traduire de telle sorte que « le décidé tombe goutte à goutte sur le dévasté (herabtràufen ûber den Verwûsteten) ; il déclare de plus que « somëm n'a jamais signifié dévastateur ; car somëm est un verbe intransitif, et que dévastateur se dit mesomëm, qui est pris dans ce sens peu auparavant » (Kaum braucht wohl bemerkt zu werden, dass dièses nie und nimmer Verwûster heissen kann -, denn DQU ist ein Verb. intrans. und Verwûster heisst EQUip das in diesen Sinne noch kurz vorhergeht. U12W kann nur a verwùstet » heissen (p. 43). Il est vrai que ce critique prétend que le « dévasté » dont il s'agit ici, est le « dévastateur » lui-môme, et qu'il suit du texte que, à la fin de la demi-semaine, Antiochus sera frappé par la main divine. Seulement Wieseler oublie de dire sur quelle indication du texte il s'appuie pour établir que le dévastateur sera le dévasté. Ces deux participes sont certainement en opposition ; et si l'auteur avait voulu dire que la destruction se répandrait sur le dévastateur, il aurait dû répéter mesomëm, en le faisant précéder de l'article.

Un autre critique, Hitzig, a parlé d'une façon plus correcte, lorsqu'il a déclaré que somëm désignait un lieu désert, dévasté. Prenant le verbe samëm dans le sens d'être raide, immobile (starren), il trouve que, par suite, ce verbe se dit « d'un lieu (von einem Orte) où ne s'agite aucun être vivant » et signifie « être désert, être dévasté » (b'de, ver'ôdet sein). Il remarque aussi que, d'après la tradition exégétique, ce mot est un a nom de chose » (ein sachliches Subst.) et signifie un objet qui rend immobile, un objet d'horreur (Gegenstand des Starrens, des Entsetzens). C'est, d'ailleurs, en restant dans le sens du texte qu'il trouve que ce mot a été très bien rendu par ip^wciç. Mais il cesse bien vite de laisser la réalité se refléter dans son esprit : il croit voir dans le texte le petit autel qu'Antiochus fit construire sur l'autel du Très-Haut, et il conclut de cette rêverie qu'il s'agit de cet autel et de tout le culte païen qui, pour un israélite fidèle, était un objet d'horreur. C'est aussi, sans doute, ce que Kuenen imaginait lorsqu'il a traduit hal somëm par « sur ce qui est terrible ». Mais ces critiques n'ont exprimé là que les modifications internes de

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