CHAPITRE IX
intraitables et prompts à la révolte. — Les Juifs de cette époque avaient les qualités de leur race. Leur opiniâtreté persévérante était bien connue; et il n'était pas difficile de comprendre qu'ils étaient dangereux au point de vue politique : ils pouvaient redevenir ou tenter de redevenir un royaume puissant. L'histoire des précédents se serait élevée contre ceux qui auraient demandé la restauration de la capitale juive. Les princes perses n'ignoraient pas, en effet, que les Assyriens de Ninive et les Chaldéens de Babylone avaient dû transporter les habitants des deux royaumes palestiniens sur les bords du Tigre et l'Euphrate. Les dix tribus avaient été rejetées en Médie, en Perse et dans tout l'Orient. Cyrus et ses successeurs ne pouvaient pas ignorer que les Juifs avaient opposé une résistance énergique aux entreprises de Nabuchodonosor et que ce peuple était réputé comme ayant été séditieux de tout temps. Au besoin, les ennemis de ce peuple n'auraient pas manqué de le rappeler aux nouveaux maîtres de l'Asie. C'est, en effet, ce qui fut fait à propos de la simple reconstruction du temple autorisée par Cyrus. Les haines nationales et religieuses des peuplades chananéennes se réveillèrent. Les Samaritains ouCuthééns excitèrent contre les enfants d'Israël l'animosité des Syriens et de leurs gouverneurs. Ils les dénoncèrent à Cambyse,, disant que le temple, tel qu'on le bâtissait, était bien moins une maison de prières qu'une forteresse, et qu'on profitait de sa reconstruction pour relever en même temps les murailles de Jérusalem, de façon à en faire une véritable place de guerre. Alarmé de ces récits, Cambyse donna ordre d'arrêter les travaux. Ils furent, en effet, interrompus à la suite d'une lettre de Réuni, Beeltéem et Samsaï, auxquels le roi de Perse adressa la réponse suivante : « J'ai commandé que l'on consultât les histoires : on l'a fait ; et il s'est trouvé que cette ville, depuis plusieurs siècles, s'est révoltée contre les rois, et qu'il s'y est excité des séditions et des troubles. Car il y a eu, dans Jérusalem, des rois très vaillants, qui ont été maîtres de tous les pays qui sont au delà du fleuve (Euphrate); et ils recevaient d'eux des tributs, des tailles et des impôts. Voici donc ce que j'ai ordonné sur ce que vous proposez : Empêchez ces gens-là de rebâtir cette ville, jusqu'à nouvel ordre, de ma part. Prenez garde de faire exécuter cet ordre, de peur que ce mal ne croisse peu à peu, dans l'intérêt des rois... Alors, l'ouvrage de la maison du Seigneur fut interrompu à Jérusalem » (Esdras, IV, 19-24). Le roi de Perse avait donc parfaitement compris le danger que leur signalaient, en
ces termes, les mêmes ennemis des Juifs : « Si cette cité achève la construction de ses murs, elle pourra vous fermer les chemins de la Phénicie et de la Basse-Syrie ; car c'est une ville rebelle qui ne supporte pas aisément l'autorité des rois étrangers et où l'on est toujours plus disposé à commander qu'à obéir » (Esdr., IV, 16 : Ant. jud., lib. XI, cap. 2).
Les vœux des Juifs rencontraient donc tout naturellement un obstacle insurmontable dans les intérêts d'une nation plus forte et peu disposée a laisser reconstituer une cité qui pouvait devenir facilement un foyer de révolte contre l'empire. On pouvait intéresser les rois de Perse à la reconstruction d'un temple. Mais, pour les porter à restaurer une ville qui s'était faite une réputation détestable, il fallait, sinon un miracle, du moins une habileté extraordinaire, et ceux qui ont accompli ce prodige paraissent avoir eu raison de l'impossible.
Cependant, la reconstruction de Jérusalem était nécessaire, dans les desseins de Dieu, pour accomplir la tâche intellectuelle et morale du messianisme. L'œuvre du rétablissement du culte judaïque et de la restauration nationale du peuple élu, impliquait la restauration matérielle de Jérusalem. La conversion des païens au culte du vrai Dieu et la transformation du monde se rattachaient à l'existence du peuple messianique. Aussi, avonsnous déjà constaté que l'avenir d'Israël était une des grandes préoccupations de Daniel, et que son attention se portait surtout sur le relèvement de la ville sainte (IX, 16). Pour le même motif, c'est la reconstruction de cette ville que la révélation de l'ange Gabriel a en vue (ib., 24, 25).
I-e décret de Cyrus donne aux Juifs la délivrance de la Captivité, autorise la reconstruction du temple de Jérusalem, mais il ne permet pas le rétablissement de cette ville. — Voici comment le livre d'Esdras s'exprime au sujet de ce fait historique : « La première année de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplit la parole de Jéhovah, prononcée par la bouche de Jérémie, Jéhovah a excité l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit publier dans tout son royaume cet édit, même par écrit. Ainsi, dit Cyrus, roi de Perse : Jéhovah, Dieu du ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre, et m'a commandé de lui bâtir un Temple à Jérusalem, qui est en Judée. Qui d'entre vous est de son peuple? Que son Dieu soit avec lui, et qu'il aille à Jérusalem, qui est en Judée, et qu'il rebâtisse la maison de Jéhovah, Dieu d'Israël, c'est lui qui est le Dieu qui (est) à Jérusalem ; et que tous les autres, en quelque lieu qu'ils habitent,