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CHAPITRE IX

les aident, soit de leur argent, soit de leur or, soit de tous leurs autres biens et de leurs bestiaux, outre ce qu'ils offriront volontairement au temple de Dieu qui (est) à Jérusalem » (I Esdr. I, 1-4; cfr. II, Parai. XXXVI, 23). Entrant dans les vues de ceux qui s'engagèrent, avec Zorobabel, à rétablir le Temple, Cyrus leur fit restituer les vases sacrés qui avaient été apportés à Babylone par Nabuchodonosor (I Esdr. I, 7).

Ainsi, d'après ce décret, les Juifs eurent la liberté de retourner dans la Judée. Ils cessèrent d'être internés dans des quartiers spéciaux : la relégation du peuple juif en Mésopotamie, imposée et maintenue par les rois chaldéens, prenait fin, après avoir duré soixante-dix ans.

Le roi Cyrus permet ensuite de rebâtir le Temple. Aussi voyons-nous que les exilés qui vinrent en Judée, sous la conduite de Zorobabel, ne s'occupèrent que de la reconstitution de ce sanctuaire II ne s'agissait pas de reconstituer alors la nationalité juive : tout leur manquait pour tenter une restauration politique. Il est évident que les termes même de l'édit de Cyrus, qui avait délivré les captifs, ne leur accordait que la permission de rebâtir, sur la montagne de Sion, le temple de l'Eternel.

Adorateur de tous les dieux de son empire, Cyrus n'eut aucune difficulté à permettre de rebâtir à Jérusalem un temple au Dieu du ciel. — D'après ses principes polythéistes, et inspiré d'ailleurs par le Dieu d'Israël, Cyrus ne put qu'applaudir à la reconstruction du Temple de Jéhovah. Ce temple était le symbole de la foi et de la nationalité juive; et les fils de Juda n'avaient pas manqué de faire savoir au roi de Perse que les sacrifices et les cérémonies de leur religion ne pouvaient se faire que dans le Temple de Jérusalem. La permission de reconstruire ce temple rentrait, d'ailleurs, parfaitement dans le nouvel ordre de politique générale adopté par le conquérant de l'empire chaldéen. Ce prince, dont on avait fait un monothéiste, un zoroastrien, est un polythéiste qui veut se faire bien venir de tous les dieux adorés dans ses Etats. Dans le cylindre de ce roi, découvert dans les ruines de Babylone, en 1 879, Cyrus se déclare adorateur de Bel, de Nabû et de Marduk (Journal of the royal Asiatic Society, p. 89). Cette même inscription nous apprend dans les lignes suivantes que ce roi délivra les dieux captifs à Babylone : « Les dieux qui habitaient dans ces villes (Agadé, etc.), à leur place je rétablis et je leur assignai leur siège permanent ; je rassemblai tout le peuple et je restaurai leur assemblée. Et les dieux de Sumir et d'Accad, d'après le

commandement de Mérodach le grand Seigneur, je rétablis dans leurs sanctuaires. » (p. 88). Ces paroles s'accordent très bien avec ce que la Bible nous apprend de la permission accordée aux juifs de rebâtir leur temple et de la restitution qui leur fut faite des vases consacrés au culte de Jéhovah. Ne pouvant remettre aux Juifs des statues de leur Dieu, des idoles, il leur restitua les vases sacrés qui représentaient l'emprisonnement ou l'assujétissement de ce Dieu (cfr. ch. XI, 8) (1). Les juifs obtinrent donc ainsi de Cyrus l'autorisation de rebâtir leur Temple.

On a pensé toutefois, justement, que ce prince avait ainsi voulu reconnaître et récompenser quelques services que des individus de cette nation lui avaient rendus pendant sa campagne contre Babjlone. La tradition juive dit que Daniel contribua à cette décision royale. Il peut se faire, en effet, que le conquérant ait eu connaissance, par le moyen de Daniel, des prophétie» qui avaient annoncé qu'il serait le libérateur d'Israël. A cette époque Daniel se trouva à la cour ; il avait été en trop grand crédit sous quelques rois clialdéens, et sa réputation de prophète et de ministre de Nabuchodonosor et de Darius le Mède lui don-

(1) La politique inaugurée à ce sujet par Cyrus fut généralement suivie par les rois achéménides. Ainsi, dans une lettre de Darius, fils d'Hystaspe, tout récemment découverte, en 1886, près de la route de Tralles à Magnésie, ce roi reproche à un satrape d'avoir employé à des travaux profanes les jardiniers sacrés du Temple dApollon. Cette curieuse inscription, qui est aujourd'hui au Louvre, est traduite en ces termes dans le Bulletin de correspondance hellénique (décembre 1889, p. 583) : «Le roi des Rois, Dareios, fils d'Hystaspès, a son serviteur Gadatas parle ainsi : J'apprends que tu ne te conformes pas sur tous les points à mes instructions. Sans doute, tu appliques tes soins à cultiver la terre qui m'appartient, puisque tu transplantes dans la basse Asie des arbres qui croissent de l'autre côté de l'Euphrate : sur ce point, je loue ton intention, et, pour cela, il y aura envers toi une grande reconnaissance dans la maison du Roi. Mais, d'autre part, comme tu fais disparaître mes sentiments à l'égard des dieux, je te ferai éprouver, si tu ne changes pas, ma colère excitée par une injure. Les jardiniers sacrés d'Apollon ont été par toi soumis à l'impôt et contraints de travailler un terrain profane : c'est là méconnaître les sentiments de mes ancêtres pour le dieu qui a dit aux Perses... » Ainsi, ce roi, dont les savants de notre temps ont voulu faire un mazdéiste fervent, dit que, fidèle aux enseignements de ses ancêtres, il honore Apollon d'un culte spécial. Darius voyait., évidemment, dans le blond Phébus, le soleil que les Perses adoraient.

naît une autorité qui le mit tout naturellement en rapport avec le nouveau roi. Cyrus dut témoigner de la confiance à Daniel (ch. VI, 29), parce qu'il lui fut facile de reconnaître que les événements prédits par le prophète hébreu s'étaient accomplis. Daniel put ainsi travailler à obtenir l'édit qui permit à ses coreligionnaires de rebâtir le Temple.

La politique nouvelle inaugurée par Cyrus ne pouvait pas le porter jusqu'à autoriser la reconstruction de Jérusalem. — Le nouveau souverain de Babylone pouvait très bien, conformément aux vues religieuses exprimées dans le document que nous venons de reproduire, restituer les divinités étrangères à leurs anciens sanctuaires et contribuer à rebâtir leurs temples : il pouvait vouloir que le Temple de Jérusalem fut rétabli dans son ancien état. Mais on ne comprendrait pas que Cyrus et les autres rois de Perse qui régnèrent après lui eussent consenti délibérément à une restauration politique de la nation juive et à la reconstruction d'une ville qui occupait une situation très forte. Sans doute le roi vainqueur ne chercha pas à s'assurer de la fidélité des peuples vaincus par des transportations d'une contrée à une autre. Mais il n'entendait pas que le retour des exilés juifs fut pour eux une occasion de former un Etat compacte qui pourrait être difficilement surveillé par les satrapes chargés de gouverner les diverses provinces de la Palestine ; il ne pouvait lui convenir de laisser rebâtir une ville qui pouvait devenir un centre de révolte, un foyer d'insurrections, et entraver l'exécution de ses projets sur l'Egypte. Cyrus était trop bon politique pour envisager de bon œil l'hypothèse d'une autorité juive ainsi créée en Palestine et disposée à jouer le rôle qu'avaient joué dans la période antérieure les derniers rois de Juda. Il ne se serait pas trouvé un homme d'Etat qui eut voulu souscrire cette autorisation. Il était trop évident que les intérêts des rois de Perse ne s'accordaient pas avec la constitution, sur la frontière de ce pays, d'un Etat — même vassal — que la gratitude aurait attaché à l'empire médo-perse.

Il est vrai qu'on aurait pu faire entrevoir à Cyrus que le sentiment de la reconnaissance lierait les juifs à sa cause et contribuerait à la sécurité de son empire. Un Juif de notre temps, Salvador, a dit que ses coreligionnaires avaient « fait comprendre à Cyrus qu'en rétablissant Jérusalem, la reconnaissance et le concours d'une population énergique serait assurée pour toujours à son empire. » Mais c'eût été proposer là une générosité peu en usage et peu profitable : les monarques perses

pouvaient aisément comprendre qu'ils auraient couru la chance de s'en repentir. La reconnaissance n'a que peu de prise sur le cœur d'un grand nombre d'individus. Elle n'en a généralement aucune sur les nations. Sans doute, certaines illusions peuvent être douces, mais il est toujours périlleux pour un souverain et pour un peuple de s'y abandonner. Nous ne savons que trop, en effet, qu'il y a de par le monde des révolutionnaires, peu disposés à sacrifier leurs rêves ambitieux au bien public et toujours prêts, pour amener des révolutions dans leur patrie, à favoriser les éléments de révolution dans d'autres pays et contribuer ainsi à des résurrections de nationalités, qui deviendront bientôt des ennemies. Mais Cyrus, avec le flair que lui donnait son ambition et l'intérêt de son empire, ne pouvait pas manquer de voir que compter sur la reconnaissance des Juifs et leur permettre de rebâtir leur capitale, c'eût été donner un centre et un point d'appui au mauvais jvouloir et à la défection possibles de ce peuple. Cyrus pouvait-il être assuré que l'histoire ne se recommencerait pas, et que la nation juive reconstituée n'engagerait pas l'empire dans de sérieuses complications? Quels gages pouvaient lui donner les Juifs? Accepter en échange une simple promesse eût été une naïveté à laquelle sa vieille expérience des hommes et des choses ne permettait pas de croire. La politique des rois de Perse était de maintenir leurs sujets dans un état de faiblesse et d'impuissance pour les gouverner plus facilement. Il ne pouvait donc entrer raisonnablement dans la pensée de Cyrus, ni dans celle de ses successeurs ou d'un homme d'Etat quelconque, de permettre la reconstruction de Jérusalem et le relèvement de la nation juive.

Divers critiques ont, néanmoins, prétendu que le décret relatif à la reconstruction du Temple contenait par là-même la permission de rebâtir la ville. On ne conçoit pas, disent-ils, le Temple sans la ville. Mais c'est là une méconnaissance des idées de Cyrus à ce sujet. Ce roi comprenait très bien un sanctuaire sans une ville. Delphes était une bourgade de la Phocide et Dodone n'était guère qu'un lieu de pèlerinage : dans la pensée du roi de Perse le Temple qui serait pour les juifs de l'univers le lieu idéal de ralliement pouvait n'être qu'un sanctuaire avec des bois sacrés et quelques habitations pour abriter les sacrificateurs et les ouvriers qui devaient travailler à la reconstruction de cet édifice ou être employés au service du culte. Ainsi, Cyrus décréta la reconstruction à Jérusalem d'un lieu sacré considéré comme l'asile d'une divinité, mais il n'avait

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