‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 125 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Cyrus laissa aux Juifs la liberté de s'établir où ils voudraient. Mais en ne permettant que la reconstruction du temple de Jérusalem, outre les avantages que nous venons de mentionner, il obtint celui de ne pas dépeupler les contrées de l'Asie centrale. Ne pouvant relever leur ville et se reconstituer en corps de nation, beaucoup de Juifs se vrrent obligés, en effet, de rester en Babylonie et dans les contrées orientales de l'empire perse.

On a été étonné du petit nombre de déportés qui rentra en Palestine, et on ne s'est pas expliqué comment il y eut si peu de familles riches, de prêtres et de lettrés qui quittèrent les régions de l'Euplirate et des pays voisins. Il a paru tout naturel de supposer que les familles les plus considérables, la plupart des hommes de distinction, nés et élevés sur la terre étrangère, n'avaient pas voulu consentir à renoncer à leur bien-être. Les docteurs juifs ont même dit que, dans le partage qui se fit à cette époque, la farine de la nation resta à Babylone, tandis que ce fut le son qui remonta en Judée. Mais ces rabbins n'ont pas compris la situation qui avait été faite à leurs pères. Malgré l'autorisation accordée aux exilés de rentrer dans leur pays, il n'y en avait qu'un nombre restreint qui put profiter de cet avantage. La terre était dans un état affreux de désolation et toutes les villes avaient été détruites. Il fallait envoyer en Palestine des cultivateurs et des ouvriers. Aussi, a-t-on remarqué que la plupart des Juifs qui s'y rendirent appartenaient à des familles pauvres. Il ne pouvait pas en être autrement. Les familles riches ne pouvaient mieux concourir à l'œuvre de la reconstruction du Temple que par l'envoi de sommes importantes. Beaucoup de Juifs se virent ainsi amenés à garder forcément les établissements qu'ils possédaient en Chaldée. Jérémie avait sans doute en vue les conditions qui seraient imposées à ses compatriotes, après l'édit de Oyrus, lorsqu'il leur conseillait de bâtir des maisons et d'acheter des jardins à Babylone (ch. XXIX, 5, 6). Un petit nombre de Juifs devait alors retourner en Judée : l'édit de Cyrus n'ayant pas trait au rétablissement de l'état juif et à la reconstruction de la cité de David, la masse de la nation dut préférer les plaines fertiles de la Babylonie et le trafic habituel aux collines arides et désertes, aux villes ruinées de leur ancienne patrie.

Les écrivains qui incriminent les Juifs restés en Mésopotamie, ne se sont pas assez rendu compte de cet état de choses. Naguère (1877), après avoir constaté que « l'initiative de Zorobabel n'éveilla qu'un faible écho parmi les Juifs », un Israélite jugeait

ces anciens Juifs en ces termes : « Ni les inspirations de la foi, ni les dangers dont les menaçait le despotisme des monarques persans et de leurs satrapes, ne purent décider la masse des Juifs à reprendre la route de la Terre-Sainte. Habitués à la civilisation brillante de la Clialdée, ils ne se sentirent plus le courage d'y renoncer pour la vie rude et périlleuse que leur présageait le séjour de la Palestine. Cette indifférence fut générale , surtout parmi les classes élevées. Zorobabel ne trouva guère ses auxiliaires que dans les rangs inférieurs du peuple. Suivant une expression pittoresque des documents traditionnels, « les chefs de l'expédition n'emportèrent, avec eux, que les matières grossières et mélangées, mais la fleur de farine resta à Babylone.

» Dans de telles conditions, Zorobabel et, plus tard, Ezra ne pouvaient songer à reconstituer la nationalité juive ni se faire illusion sur la faiblesse de leur situation matérielle. Tout leur manquait pour tenter une restauration politique, et ce qui leur manquait le plus, c'était une armée capable de reconquérir l'ancien terrain national et de le défendre ensuite contre les ennemis du dehors et les ennemis du dedans. » (Les Pharisiens, I, p. 2-4).

Dans ce passage, le Juif Cohen n'a pas tenu suffisamment compte de la situation nouvelle qui fut faite à Esdras, mais il reconnaît très justement que l'édit de Cyrus ne permettait pas de « tenter une restauration politique ». Il devait constater aussi que ce qui manquait surtout à Zorobabel et à la première colonie qui vint en Judée, c'était l'autorisation de reconstruire Jérusalem. C'est, du reste, ce qu'il va nous dire dans les lignes suivantes, qui s'ajoutent à celles qui précèdent : « Leurs compagnons formaient une petite troupe de fidèles, plus croyants que soldats, qui s'étaient dévoués à la pensée pieuse de rebâtir, sur la montagne de Sion, h temple de l'Eternel. Les tennes mêmes du décret de Cyrus, qui avait mis fin à la Captivité, ne leur accordait pas autre chose. On leur permettait de reconstruire V édifice saciè et de rentrer dans leur patrie; on n aurait pas toléré d'autres ambitions. S'ils avaient pu concevoir l'audacieuse pensée de recouvrer, en même temps, leur indépendance, l'armée des Perses leur aurait aisément fait comprendre qu'ils n'étaient pas de force à exécuter un pareil dessein » (ibid., p. 5).

N'ayant pas l'autorisation de reconstruire leur capitale, les Juifs riches et les vieillards n'avaient donc aucun motif de se mettre en route, et de profiter de l'invitation que Cyrus leur

Page 1