CHAPITRE IX
adressait : ils n'auraient été qu'un embarras. Il fallait surtout un nombre d'ouvriers suffisant pour les travaux du Temple, des maçons, des charpentiers, des forgerons, avec des directeurs de la construction, des ingénieurs, quelques sacrificateurs et des juges. Des familles très dévouées à la cause nationale et au culte mosaïque ne purent donc pas profiter de l'autorisation de Cyrus. Racontant le retour des Juifs de Babylone à Jérusalem, de Gobineau dit que rémigration « ne se composa, en très grande majorité, que de pauvres gens conduits par quelques zélateurs emportés » (Hist. des Perses, p. 436). Mais, d'après ce que nous savons du rétablissement progressif des Juifs dans leur pays, nous ne pouvons trouver étonnant qu'il y eût parmi eux, au début, dans la colonie emmenée par Zorobabel, plus de pauvres que de riches. Les hommes pieux et les sacrificateurs qui voulurent profiter de la faveur de reconstruire le Temple sont, du reste, vainement réprésentés comme des fanatiques, par de faux modérés, hypocrites d'un prétendu libéralisme, qui n'ont cure, si ce n'est peut-être du bout des lèvres seulement, des intérêts moraux et religieux. 11 n'en est pas moins vrai que les Juifs pieux qui se montrèrent plus attachés à Jérusalem que le reste de la nation sont bien supérieurs à ces écrivains sceptiques, qui ne savent qu'étonner le monde par leurs capitulations de conscience et par leur absence de courage.
Le décret de Cyrus n'est donc pas le Dabar visé par l'Ange. — Le terme initial des soixante-dix semaines doit être un décret autorisant la reconstruction de Jérusalem. Or, l'écîit de Cyrus n'autorise en aucune façon le relèvement et la reconstruction de cette ville. Il n'est pas vrai qu'elle obtint alors de sortir de ses ruines et c'est à tort que beaucoup de critiques disent que Cyrus promulgua un édit qui permettait aux juifs de rebâtir Jérusalem. L'intérêt politique et militaire qui avait porté Nabuchodonosor à renverser la ville de David persistait toujours, et Cyrus n'avait aucun motif de permettre sa reconstruction : il ne pouvait pas ignorer que, sous les Chaldéens, il avait fallu se défaire d'un peuple dont la résistance opiniâtre et les révoltes fréquentes contrariaient les projets d'occupation, par les Asiatiques, des rivages syriens de la Méditerranée et les invasions en Egypte. Il n'est donc pas possible de prendre le point de départ des soixante-dix semaines dans le commencement du pauvre village du retour de l'exil : il fallait attendre un décret qui autorisât une entreprise de travaux promettant de rétablir la ville dans son ancien état et de se continuer jusqu'à ce que le but indiqué fut atteint.
Cet étlit servit, néanmoins, de base aux décrets suivants, et Isaïe a pu attribuer à Cyrus une grande part dans la réédification de Jérusalem et dans le rétablissement de la nationalité juive. — L'édit de Cyrus fut, en effet, le fondement sur lequel les Juifs s'appuyèrent pour obtenir l'autorisation d'aller de l'avant. Quoique la permission de rebâtir le Temple n'entraînât pas celle de rebâtir la ville, Dieu voulut que, en se fondant sur ce décret, les Juifs purent en faire autoriser les conséquences par un autre édit. En décrétant lui-même le rétablissement du temple, Cyrus a donné occasion aux décrets de ses successeurs. Ainsi Darius d'Hystaspe se fit représenter l'édit de ce roi afin de voir les dispositions qu'il contenait et agir d'après ces indications. L'esprit ingénieux des Juifs ne manquera pas d'y trouver que Cyrus avait posé inconsciemment dans cet édit le principe de la reconstruction de Jérusalem. On peut dire, en effet, que ce roi amena ce résultat, puisque les autres décrets s'appuient sur le sien et en tirent toute leur force. Isaïe attribue donc à la cause les effets qu'elle a produits immédiatement ou médiatement.
Ainsi, les critiques qui veulent que les Juifs aient commencé à rebâtir leur ville à partir du décret de Cyrus, ne peuvent le prouver en disant que, supposer le contraire, ce serait aller contre le témoignage d'Isaïe (ch. XLIV, 28; XLV, 13) et lui attribuer une fausse prophétie au sujet de ce roi. D'après la prédiction d'Isaïe, Cyrus est le Perse choisi par l'éternel pour dire de Jérusalem : « Qu'elle soit bâtie ! du Temple , qu'il soit fondé! » Le rétablissement du peuple de Dieu est attribué au monarque qui, le premier, entra dans la voie de la bienveillance à l'égard des juifs. Le décret de Cyrus fut la genèse des décrets suivants : c'est sur ce décret que se fondèrent les édits de Darius et d'Artaxerxès. De sorte que Cyrus fut, inconsciemment, le mobile qui mit en mouvement les causes plus immédiates de la reconstruction de la Jérusalem. Le texte d'Isaïe pourrait, d'ailleurs, s'entendre non seulement de ce fondateur du second empire, mais aussi de la succesion des rois de Perse qui ont été fovorables aux juifs. Le nom de Cyrus peut être pris, au ch. XLIV, 28, pour un nom ethnique comme au chapitre suivant, vss. 3 et 4, les noms de Jacob et d'Israël désignent la nation juive : «C'est moi Jéhovah, le Dieu d'Israël, qui t'ai appelé par ton nom, en faveur de mon serviteur Jacob, et d'Israël, mon élu... »
Un passage du prophète Aggée ne prouve pas que Jéru-