CHAPITRE IX
salem ait été rebâtie avant le décret d'Artaxerxès. — Par la
bouche de ce prophète, l'Eternel adresse ce reproche à quelques Juifs : « Est-ce qu'il est temps pour vous d'habiter dans des maisons lambrissées, pendant que ma maison est détruite? » (Aggèe, I, 4). Il résulte de là que des juifs s'étaient construit des maisons luxueuses et faisaient ainsi passer leur intérêt particulier avant celui de la maison de Jéhovah. Mais il n'est pas dit, dans ce passage, que la ville fut rebâtie. Pour motiver l'observation du prophète, il suffisait qu'il y eût quelques maisons de sacrificateurs, de magistrats ou de chefs de la reconstruction du Temple, élevées au milieu des ruines de l'ancienne Jérusalem. Cette absence de constructions est constatée par l'acharnement que mirent les ennemis des juifs à les empêcher même de rebâtir le Temple. Et nous verrons que le décret donné, quelques années après par Darius, limitait expressément la concession qu'il faisait au relèvement de cet édifice sacré. De sorte que les maisons, les murailles et les portes étaient toujours dans l'état où les Chaldéens les avaient laissées, et qu'il n'en restait debout que des débris.
Pourquoi l'Ange ne dit-il rien de l'édit de Cyrus et de la. reconstruction du Temple. — Quelques exégètes sont étonnés que Gabriel n'ait rien dit de la reconstruction du Temple et qu'il n'ait pas parlé de la fin de la Captivité. Ce silence s'explique aisément lorsqu'on sait que la prophétie des soixante-dix ans de Jérémie fixait suffisamment les Juifs à ce sujet. On s'étonne, toutefois, qu'une destruction du sanctuaire soit annoncée (v. 26) ; quoiqu'il n'ait pas été dit qu'il avait été relevé de ses ruines. Il n'est cependant pas difficile de comprendre que l'Ange a eu des raisons qui l'ont porté à passer sous silence un objet si important, et en faveur duquel Daniel avait prié avec tant de ferveur (vss. 17, 20). On s'en rend compte aisément lorsqu'on sait que la prophétie du ch. IX suppose que, lorsqu'on aura l'autorisation de reconstruire la ville, le Temple sera déjà rebâti.
Il n'est, dès lors, pas difficile de comprendre que l'Oracle « où les temps sont comptés depuis la publication de l'Edit pour qu'on rebâtisse Jérusalem, » n'ait pas parlé de l'édit de la délivrance rendu par Cyrus. Ces édits ont en vue des objets différents qui ne nous permettent pas de les confondre. L'Ange ne s'occupe pas de la fin de la Captivité, mais d'un événement qui aura lieu quatre-vingts ans après. Dès lors, nous voyons disparaître l'objection que Ph. Desprez {Daniel and John) regarde « comme un obstacle sérieux placé sur le chemin de la théologie
traditionnelle,» et qu'il expose en ces termes : «On trouve étrange que Daniel, écrivant à Babyione, n'eût rien dit du décret de Ojrus alors imminent en 536 et ait préféré celui d'Esdras en 4 57. » Coquerel a aussi butté contre cet obstacle (Biogr. sac, p. 702). Il suppose, lui aussi, que la première année de Darius le Mède, dans laquelle fat donné l'oracle des semaines, coïncide avec la dernière année de la Captivité, et il s'étonne que « l'édit pour qu'on s'en retourne et qu'on rebâtisse Jérusalem ne soit pas le premier éditde la délivrance rendu l'année suivante par Cyrus. » Ce qui brouille les idées de ces critiques, c'est qu'ils ne placent pas Darius le Mède à l'époque qui doit lui être assignée. L'oracle qui fut donné sous le règne de ce successeur de Balthasar ne se préoccupe pas de l'édit de la délivrance des Juifs. Cet oracle a pour objet un autre événement déterminé qui a une importance encore plus grande que cet affranchissement du joug des Glialdéens. Sans doute, si l'Ange avait voulu dire que le décret de Cyrus (an. 537) servirait de point de départ des soixante-dix semaines, il ne lui eût pas été difficile de s'exprimer ainsi : « Après les soixante-dix ans de l'exil, il s'écoulera soixante-dix semaines (d'années ou 490 ans), jusqu'au Messie.» Mais ce point de départ aurait donné lieu à un calcul faux, et il est par trop absurde de vouloir imposer à une révélation divine des expressions qui se seraient trouvées ainsi en désaccord avec les événements.
L'édit de Darius d'Hystaspe ne contenait pas non plus l'autorisation de rebâtir Jérusalem. — Les Samaritains avaient noué des intrigues à la cour de Suse et ils entravèrent, par tous les moyens, les travaux de la reconstruction du Temple, à tel point que l'ouvrage de la maison du Seigneur dut être interrompu et que l'édit de Cyrus fut lettre morte jusqu'au règne de Darius, fils d'Hystaspe. Mais, profitant des dispositions de ce roi relativement à tous les dieux adorés dans son empire, les juifs obtinrent de nouveau la permission de reconstruire le Temple dans lequel seul on pouvait exercer les fonctions du culte de Jôhovah. Monté sur le trône en 521, Darius Ier donna donc, dès la seconde année de son règne, un nouvel édit en faveur des Juifs. Mais cet édit ne faisait que confirmer celui que Cyrus avait donné dix-sept ans auparavant : il n'avait pour objet que la reconstruction du temple. Nous trouvons, en effet, dans le livre d'Esdras (VI, 1), que Darius «commanda de consulter le livre de la bibliothèque qui était à Babyione; » et que « l'on trouva à Ecbatane un livre » où était exposé le décret