CHAPITRE IX
de Cyrus et auquel on avait joint des détails intéressants [Ibid., 3 -fi).
Se fondant sur ce décret, Darius s'exprima ainsi dans son propre édit de l'an 520 : « N'empêchez pas le chef de ces Juifs et leurs anciens de travailler au temple de Dieu, et de bâtir sa maison dans le même lieu où elle était... Afin qu'ils offrent des sacrifices de bonne odeur au Dieu des cieux et qu'ils prient pour la vie du roi et de ses enfants (Esdr., VI, 7, 10). » Le reste du chapitre est consacré au rétablissement et à la dédicace de la maison de Dieu. C'est la période de Zorobabel, de Josué, d'Aggée et de Zacharie. Le roi avait aussi ordonné de subvenir aux dépenses nécessaires pour la reconstruction du Temple, mais on ne saurait découvrir un mot, dans son décret, qui permette d'j voir une autorisation quelconque de rebâtir Jérusalem. Ce n'est donc pas encore là l'époque fixée par le commencement des soixante-dix semaines.
Système absurde d'après lequel le Temple n'aurait été reconstruit que sous Darius Nothus. — Il n'est pas nécessaire de réfuter longuement l'hypothèse de Scaliger (de Emendat. temp.y I, 4), d'après laquelle ces événements se seraient passés sous le règne de Darius Nothus. On sait qu'il s'écoula cent quatorze ans depuis le retour de Babylone jusqu'au règne de ce second Darius, monté sur le trône en 4*3. Dans ce cas, Zorobabel et le souverain sacrificateur Josué, qui devaient bien avoir une trentaine d'années, à l'époque de l'exode babylonienne, sous Cyrus, auraient eu cent quarante -cinq ans lorsqu'ils recommencèrent la construction du Temple-, ils auraient été, à cet âge, en état de presser ce travail avec ardeur (voy. Aggée, I, 12-4 4 ; 4 1, 1-3 ; Zachar., IV, 6-1 0), et ils auraient eu cent quarante-neuf ans quand ils en auraient fait la dédicace en la sixième année du règne de ce Darius. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'invraisemblance de ce phénomène de vitalité à une époque où la vie humaine était à peu près la même que de nos jours. D'un autre côté, Aggée (4 1, 4) admet qu'il y a des Juifs qui ont vu le premier temple En effet, l'existence de quelques personnes qui avaient contemplé cet édifice, était possible dans la sixième année de Darius Ier. Il y avait alors seulement soixante-dix ans et quelques mois que le Temple de Salomon avait été détruit. 11 pouvait se rencontrer des individus qui avaient vu ce Temple, lorsqu'ils avaient quinze ou vingt ans. Mais on ne peut croire qu'il en fut resté la seconde année du règne de Darius II-, ces personnes auraient dû avoir cent quatre-vingts ans, en supposant
qu'elles n'auraient eu que dix ans lorsque le premier Temple fut réduit en cendres. Ce sentiment de Scaliger est donc insoutenable. Aussi, ne voyons-nous aucun motif qui ait pu porter Haneberg (Hist. de la révél. biblique, t. I, p. 4 42) à l'adopter. C'est bien Darius, fils d'Hjstaspe, comme Josèphe le dit expressément (Antiq. jud., 1. XI, ch. ITI et IV), qui donna l'édit contenu dans le ch. IV du livre d'Esdras.
Confiants dans les promesses divines et ne perdant ni l'espérance ni le courage, les Juifs parfirent à obtenir un décret plus avantageux, qui permit à Esdras d'assurer le culte de Jéhovah, en réorganisant à Jérusalem une congrégation religieuse et politique, selon la loi de Moïse. — Le Temple avait été reconstruit; mais il se dressait sur le mont Moriah comme au milieu d'un désert. La ville n'avait pas été rebâtie. Quelques Juifs s'étaient logés dans des ruines ou dans quelques rares habitations nouvelles qui ne formaient qu'un village ouvert, à peine habité, exposé à toutes les incursions des peuples voisins. Il n'est pas étonnant que, dans ces conditions, le sentiment religieux et national des Juifs se fut affaibli. Les coutumes et les idées païennes eurent, en effet, bientôt souillé Israël ; et les colons emmenés par Zorobabel en étaient venus à si peu comprendre l'objet de leur mission, qu'ils s'étaient mêlés aux populations païennes d'alentour. La putréfaction s'était mise vite et avait cheminé au milieu de cet organisme incomplet. Ceux qui étaient revenus de la captivité, prêtres, lévites et hommes du peuple, avaient contracté des alliances prohibées par la loi de Moïse : Israël, à demi restauré, s'abîmait sur lui même. Le Temple menaçait donc de devenir un temple païen, desservi par des prêtres associés aux peuplades polythéistes de la Palestine. Il était donc devenu évident que le service du Temple ne pourrait s'accomplir et se maintenir sans une population vouée au culte de Jéhovah, sans un peuple organisé au point de vue de la théocratie, et de façon à n'être pas toujours sur le point d'être absorbé par les tribus voisines. On ne pouvait s'empêcher de reconnaître que, pour profiter de l'autorisation accordée par Cjrus et par Darius, d'achever le temple et de rétablir le culte juif, il fallait protéger ce sanctuaire et la population qui le desservait contre le mauvais vouloir de ses ennemis. Il fallait, en un mot, obtenir du roi de Perse une commission plus ample pour rétablir plus sérieusement la religion et l'Etat des Juifs ; il était nécessaire de reconstruire la ville sainte, afin de maintenir, dans le temple, le foyer delà religion de Jéhovah. Naturellement, ainsi que