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CHAPITRE IX

» (surveiller, prendre soin, lebaqqarah) la Judée et Jérusalem, >» selon la loi de ton Dieu, dont tu es instruit (qui est dans ta » main). Et pour porter l'argent et For que le roi et ses conseil- » 1ers offrent volontairement au Dieu d'Israël, qui a établi son » tabernacle à Jérusalem. Prends avec toute liberté l'or et l'ar- » gent que tu trouveras dans toute la province de Babylone, » que le peuple aura voulu offrir, et que les prêtres auront » offert d'eux-mêmes au temple de leur Dieu, qui est à Jérusa- » lem. Et aies soin d'acheter, de cet argent, des veaux, des » béliers..., pour les offrir sur l'autel du temple de ton Dieu » qui est à Jérusalem. Que, si vous trouvez bon, toi et tes » frères, de disposer en quelque autre sorte du reste (bise'ar) de » l'argent et de l'or qui t'aura été donné, uses-en selon la » volonté de ton Dieu... Et par moi, moi Artaxerxès, roi, je » commande à tous les trésoriers qui sont au-delà du fleuve, » qu'ils donnent, sans aucune difficulté, à Esdras, prêtre et doc- » teur de la loi du Dieu du ciel, tout ce qu'il leur demandera... » Et toi, Esdras, établis des juges et des magistrats, selon la » sagesse que ton Dieu t'a donnée, afin qu'ils jugent tout le » peuple qui est au-delà du fleuve, c'est-à-dire tous ceux qui » connaissent la loi de ton Dieu... (26). Quiconque n'observera » pas exactement la loi de ton Dieu et la loi du roi, sera con- >» damné aussitôt à la mort, ou à l'exil, ou à une amende sur » son bien, ou à la prison » (vss. 4 3-26).

Dans cet édit qui développe considérablement ceux de Cjrus et de Darius, Artaxerxès engage d'abord tous les Juifs répandus dans l'empire Perse à rentrer dans le pays. Mais les Juifs avaient déjà, d'après l'édit de Cyrus, la liberté d'aller en Palestine, et on ne voit pas dans quel but se serait faite une nouvelle immigration, si ce n'eût été pour reconstituer un Etat Juif. Esdras recruta donc une nouvelle colonie, afin d'accroître la population groupée autour du Temple, et il emmena en Judée un renfort de 8,400 personnes qui devaient être un bon appoint pour entreprendre les travaux de reconstruction de la ville : le service du Temple n'en demandait pas autant.

Le porteur du rescrit royal est, en outre, muni de pouvoirs presque illimités. Le décret d'Artaxerxès est, en effet, très large : il comprend le pouvoir législatif (vs. 14 : afin que tu inspectes la Judée et Jérusalem dans la loi de ton Dieu. . . ) -, le pouvoir judiciaire (vs. 25 : Tu autem, Esdra, constitue judices et prœsides, utjudicent omni populo . . .) , le jus gladii (vs. 26 : Et omnis qui non fecerit legem Dei tui et legem régis. . .). Le même firman l'autorisait à se

faire remettre, à première réquisition, par les receveurs du fisc établis au delà de l'Euphrate, une certaine quantité de froment, de vin, d'huile et du sel à discrétion (ibid., 12-26). Ainsi investi des plus grands pouvoirs administratifs, Esdras travailla à reconstituer la nationalité du peuple hébreu. L'édit royal lui donne évidemment la mission de former un peuple distinct des autres et gouverné par ses propres lois religieuses et civiles. Or, le pouvoir de reconstituer Jérusalem politiquement renfermait celui de reconstruire la ville, car cette reconstruction était une suite de l'organisation politique. Bâtir une ville, en effet, ce n'est pas seulement construire des maisons et des remparts, mais y réunir des citoyens et y faire régner des lois. Cicéron dit très justement à ce sujet .* Urbs, oppidum muro cinctum ; civitat vero, cœtus hominum jure sociatus (Somn . Scipionis). La permission de rétablirl'état religieux et politique des Juifs et de faire de Jérusalem une « cité » ne comprenait-elle pas, par elle-même, l'autorisation d'eu faire une « ville » ? L'esprit ingénieux des fils d'Israël n'eut pas de peine à trouver cette autorisation dans un édit dont les considérants contenaient des expressions plus que suffisantes pour tirer des conclusions favorables à leurs intérêts. Esdras n'avait pas besoin, en effet, d'une mission plus spéciale pour rebâtir Jérusalem : il était autorisé à établir dans sa nation une forme de gouvernement ; il devait établir des tribunaux chargés de faire exécuter les lois de Moïse et de punir, même du dernier supplice, les réfractaires, quels qu'ils fussent ; il était enfin autorisé à prendre des mesures pour assurer la sécurité du peuple qui lui était confié et pour améliorer sa situation. Or, un pareil établissement ne pouvait se faire sérieusement, au milieu des populations accoutumées au brigandage et hostiles aux Juifs, qu'en élevant un mur à l'abri duquel les prêtes et les magistrats pussent pratiquer les divers points de la loi et des cérémonies de leur culte» D'ailleurs, il suit des termes même du décret que les Juifs sont autorisés à former un peuple à, Jérusalem, et l'on sait très bien qu'en permettant la fin, on doit aussi permettre les moyens de l'atteindre : Cui permittitur finis, permittuntur ea quœ sunt ad finem. Artaxerxès permettant la formation d'une cité à Jérusalem, permettait donc, en même temps, de construire des maisons et de s'y mettre à l'abri des attaques de l'ennemi. Le droit de bâtir la ville appartenait donc,dès lors, virtuellement à Esdras : c'était un corollaire de la délégation de la puissance publique faite par le souverain ; un droit auquel on ne peut opposer des réserves,, quand l'acte n'en formule pas.

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