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CHAPITRE IX

Mais l'Edit donné à Esdras contient encore d'autres dispositions desquelles l'autorisation de reconstruire Jérusalem suit tout naturellement. En effet, il est dit de cet illustre Scribe que « Dieu lui donna, selon la main de l'Eternel son Dieu, tout ce qu'il avait demandé » (vs. 6). Or, comme la reconstruction de la ville et des murs (Hait nécessaire, Esdras à dû demander cette permission et l'obtenir ou bien juger que l'autorisation était suffisamment contenue dans le décret et que dès lors : Super fluum est precibus postulare, quod jam legibus permissum est.

Remarquons aussi qu'une autre clause intéressante de ce firman est ainsi conçue : « Et ce qui vous plaira, à toi et à tes frères, avec le reste de l'argent et de d'or, agissez selon la volonté de votre Dieu» (vs. 1 8). Ce passage, qui n'a pas été mis assez en relief, sanctionne tous les actes qu'Esdras jugera conformes à la Loi de son Dieu. Or, il n'y avait pas de doute que la reconstruction de Jérusalem ne fut nécessaire pour le développement et la prospérité de la religion mosaïque, le défaut d'une enceinte fortifiée était très préjudiciable aux Juifs -, il était nécessaire de relever les murailles de la ville, afin que les adorateurs de Jébovah cessassent d'être tourmentés et que le service du Temple ne fut pas troublé. D'un autre côté, Esdras ne pouvait ignorer, d'après les prophéties d'Isaïe, de Jérémie et de Daniel, que Jébovah voulait le rétablissement d'une ville qui devait assurer la persistance du peuple monothéiste et messianique. Nous pouvons donc raisonner ainsi : Esdras pouvait faire tout ce qu'il jugerait conforme à la volonté de son Dieu ; or, après la réédification du Temple et de l'Etat Juif, rien ne pouvait paraître à PJsdras plus agréable à Dieu que la reconstruction delà ville. Donc, Esdras se vit autorisé à permettre à ses coopérateurs de bâtir les murs de Jérusalem et de se défendre; car, comme l'atteste une règle de droit : non débet cui plus licet, quod minus est non licere. D'où nous concluons justement que le décret d'Artaxerxès, accordant aux Juifs la renaissance de leur nationalité, et permettant à Esdras de faire de l'argent l'usage qu'il voudrait, leur accordait conséquemment le pouvoir de rebâtir leur ville.

Esdras atteste qu'il a reçu des pouvoirs pour rebâtir les murs de Jérusalem et reconstruire la ville. — D'ailleurs Esdras nous dispense d'avoir recours à des raisonnements. Ce Lettré, qui savait mieux que personne quels pouvoirs Artaxerxès lui avait donnés, expose lui-même comment il avait compris l'éditdu roi: «Notre Dieu, dit-il, a écouté nos prières pour nous donner un établissement pn>, paxillum) dans son lieu

saint... il nous a fait trouver grâce devant les rois de Perse pour nous donner la vie et pour élever (leromëm) la maison de notre Dieu, et pour faire tenir debout (lehahamld) ses solitudes Çêt harbotavi), et pour nous donner une muraille (une clôture, 1*tj) dans Juda, savoir (le vav est explicatif; à Jérusalem» (ch. IX, 8, 9).

Esdras atteste donc que les juifs ont l'autorisation d'avoir un établissement, un lieu stable {yatar, propr. un pieu, une colonne ; métaphor. un lieu stable, fixe ; Gesenius dit à propos de ce passage : ubipaxillus firmiter adactusipsam sedem firmam indicat) dans Jérusalem. Non seulement ils ont là un lieu de refuge, mais ils ont la permission de « relever les ruines, les désolations de Dieu, » les ruines que Dieu avait décrétées jadis (la version arabe : ut restaurarent ruines urbis nostras et fossa munirent Judseam et Jérusalem) : ils ont toute liberté pour rétablir les murs de Jérusalem. Le mot gader, employé ici, signifie retranchement, palissade, muraille (de gadar, sepivit, maceriem, murum vel parietem struxit). On l'emploie pour désigner une clôture, une barrière, un entourage, une enceinte, une muraille; et il ne faut pas supposer qu'il désigne seulement une haie, une palissade, une cloison. Il se retrouve dans le nom de la ville de Gadir (Gadès) fondée par les Phéniciens, chez lesquels ce mot signifiait clôture, retranchement, ainsi que le constatent Gesenius (Sane, ■yfà, murum significat. Scripturœ linguœque Phœniciœ monumenta, p. 388) et Avienus (Pœnus locum Gadir vocat, undique septum). Le contexte indique très bien qu'on ne peut lui donner ici le sens figuré de « barrière ou de protection divine. » Il s'agit d'une barrière qui fasse de Jérusalem un territoire ceinturé d'une muraille. D'où nous pouvons conclure qu'Esdras avait compris qu'il était autorisé à élever une «clôture, » en rebâtissant le mur de Jérusalem ; et nous verrons bientôt que, en conséquence de cet édit, il avait entrepris de relever les murs de la ville sainte et qu'il avait en partie réussi.

Esdras avait, en effet, passé sans retard de l'obtention du décret à son application. Mais ses efforts n'avaient pas été couronnés d'un succès complet et durable : « l'angoisse des temps» s'applique à cette période, et il fut nécessaire que l'échanson du roi vint achever l'œuvre commencée par le Scribe. Mais il n'en est pas moins vrai que le décret de l'an septd'Artaxerxès Ier autorisait le rétablissement de l'Etat juif et, par suite, la reconstruction des places et des murs. Nous sommes même autorisés

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