CHAPITRE IX
à conclure du récit d'Esdras que la muraille et la ville avaient été en partie rebâties, en reconnaissant, toutefois, que les ennemis des juifs les avaient de nouveau démolies. Nous trouverons, en effet, une preuve que les murs avaient été relevés déjà dans ce fait que Néhémie fut très surpris en apprenant qu'ils étaient en ruines. Aussi ne sommes-nous pas étonné de constater que Kuenen reconnaît lui-même que la restauration de Jérusalem avait eu lieu avant l'arrivée de Néhémie : n La mission môme, dit-il, confiée à Néhémie suppDse que les murs de la capitale avaient été rebâtis antérieurement, mais qu'ils étaient de nouveau en ruines » (Hist. crit. II, p. 552). C'est très vrai. Mais il n'en est pas moins certain qu'ils n'avaient pas pu être reconstruits avant l'obtention du décret donné par Artaxerxès à Esdras; d'où il faut nécessairement conclure qu'ils avaient été relevés «n vertu de ce décret.
La surprise et la douleur de Néhémie lorsqu'il reçut de mauvaises nouvelles de Jérusalem attestent qu'une autorisation de relever cette ville avait été obtenue dans le décret donné par Artaxerxès à Esdras. — Ainsi que nous venons de le voir, Jérusalem n'avait pas été rebâtie avant le décret accordé par ce roi dans la septième année de son règne ; et, cet édit ayant donné la permission de reconstruire cette ville, il avait dû y avoir un commencement de reconstruction. On ne comprendrait pas autrement pourquoi Néhémie aurait été tout surpris et attristé en apprenant que les murailles de Jérusalem étaient encore abattues. Il fallait qu'il fut fondé à les croire rebâties par l'édit obtenu par Esdras. (Jette conclusion ressort parfaitement de ce passage du livre de Néhémie (ch. I, 1, 4) où ce grand homme s'exprime ainsi : « La vingtième année (du règne d'Artaxerxès)... j'étais dans le château de Suse. Et Hanani, un de mes frères, vint me trouver avec quelques-uns de Juda ; et je les interrogeai sur les Juifs, les délivrés, qui restent de la Captivité, et sur Jérusalem. Et ils me dirent : ceux qui restent de la Captivité et qui demeurent là sont dans une grande affliction et dans l'opprobre : la muraille de Jérusalem est détruite, et ses portes ont été consumées par le feu. Ayant entendu ces paroles, je m'assis, je pleurai pendant plusieurs jours, je jeûnai et je priai en la présence du Dieu des cieux. » Ainsi Néhémie a le cœur brisé, et, pendant plusieurs jours, il ne fait que se lamenter et prier parce qu'il apprend que « la muraille de Jérusalem est détruite et que ses portes ont été brûlées. » Il n'est pas possible de croire que son frère ne se serait pas exprimé
ainsi, s'il se fat agi de la muraille détruite et des portes brûlées, en 588, par les Chaldéens. Ces paroles indiquent manifestement une destruction récente. D'un autre côté, la profonde tristesse de Néhémie et ses gémissements démontrent — on ne peut mieux — qu'une cause nouvelle les a provoqués. Si rien de nouveau ne fut arrivé aux murailles et aux portes de Jérusalem, à dater du temps où elles avaient été renversées et brûlées par Nabuchodonosor, cent quarante-quatre ans auparavant, il n'y aurait pas eu de raison qui motivât, de la part de Néhémie, cette explosion d'étonnement et de douleur : il savait bien qu'après les destructions faites par les Babyloniens, Jérusalem ne fut qu'un monceau de ruines. On a répondu que Néhémie n'ignorait pas dans quel état s'était trouvée Jérusalem après sa destruction, et que le récit des juifs qui vinrent le trouver ne l'étonné pas, mais que seulement sa douleur en reçut une nouvelle atteinte, car c'est l'ordinaire d'un homme affligé, de sentir sa douleur s'accroître toutes les fois qu'on le ramène à l'objet qui la cause. Mais on suppose ici que Néhémie, échanson du roi, était dans une affliction habituelle, et que, surtout après l'Edit donné à Esdras, il avait des raisons d'être dans les larmes. Ce ne sont pas, cependant, des gens attristés et dont la pensée est alourdie par un souvenir accablant, que les rois et les grands cherchent à mettre dans leur entourage immédiat : ils recourent plutôt à ceux dont la pensée s'envole à quelque espérance consolante. D'ailleurs, il n'est pas dit que la peinture faite par Hanani de l'état déplorable où Jérusalem était réduite, « augmenta » la tristesse de Néhémie et donna à sa souffrance une acuité plus cruelle. » On voit seulement, d'après le texte, que les renseignements qu'il venait de recevoir ont provoqué cette tristesse : la suprise et la douleur qu'il éprouve en apprenant les nouvelles relatives à l'état actuel des murailles et des portes de cette ville, montrent qu'il ne pensait pas qu'il en fut ainsi dans ce moment; il était persuadé qu'il n'aurait pas dû en être ainsi, parce que, à ses yeux, l'autorisation de rebâtir la ville sainte était une conséquence d'un édit précédent.
L'autorisation de rebâtir Jérusalem était, en effet, une conséquence de l'Edit donné à Esdras treize ans auparavant. Scaliger, entre autres, a très bien compris la portée de la scène que nous venons de décrire : il reconnaît que l'étonnement et la douleur de Néhémie prouvent qu'il croyait que les murs avaient été relevés. Mais il prétend que tous les édits des rois de Perse regardent autant le rétablissement de la ville que celui du temple.