CHAPITRE IX
Nous avons vu tout le contraire. Cyrus a permis aux juifs d'élever un Temple et de sacrifier au Dieu d'Israël sur la montagne de Sion. L'Edit de Darius n'accorde pas autre chose. D'où il suit qu'avant l'édit accordé à Esdras il n'y avait eu aucun décret qui permit de rebâtir Jérusalem. On sait, d'ailleurs, que les ennemis des Juifs veillaient et que ceux-ci avaient été contraints de se conformer strictement aux édits rie Cyrus et de Darius. Ces adversaires étaient si tenaces, qu'ils s'efforcèrent môme d'empêcher la reconstruction de Jérusalem du temps de Néhémie (II Esdr. II, 19 ; VI, 6, 7). Avant l'arrivée d'Esdras, il ne pouvait donc y avoir eu aucune réédification des murs de Jérusalem. L'autorisation de les relever doit donc se rattacher au décret donné par Artaxerxès I<* dans la septième année de son règne.
La reconstruction si rapide des mors, faite sous Néhémie en cinquante deux jours, montre qu'ils étaient en partie relevé». — Dès que Néhémie arriva à Jérusalem, il commença par en inspecter, en secret, les murailles détruites [ferûzîm, rompues, brisées) et les portes qui avaient été brûlées » (II Esdr., II, 13). Puis, il se mit à réparer les brèches et à clore la ville de tous côtés. Or, il nous apprend que « le travail fut achevé en cinquante-deux jours » [lb , ch. VI, 15). Nous pourrions nous étonner, à bon droit, que cette opération — qui ne se présente pas comme miraculeuse — eût été faite en aussi peu de temps. Il eût fallu un très grand nombre d'ouvriers et des matériaux en état d'être employés. On ne s'expliquerait pas comment, avec si peu de ressources, Néhémie aurait pu construire aussi promptement de bonnes murailles. Il faut donc reconnaître qu'il se contenta de réparer des brèches, et de relever quelques endroits des murs, rebâtis par Esdras et démolis par les nations voisines. Il ne saurait être question ici des démolitions opérées par les Chaldéens, car la manière dont l'Ecriture dit que ces destructeurs avaient traité les murs de Jérusalem, ne nous permet pas de croire qu'ils se seraient contentés de faire quelques brèches. Comme dans le travail dont se chargea Néhémie il ne peut être question d'une reconstruction totale, mais d'une remise en état de défense des murailles de Jérusalem, nous devons comprendre que cet ardent patriote ne fit que mettre la dernière main aux ruines déjà relevées, en partie, de Jérusalem : les brèches furent fermées ; les réparations des murailles furent achevées, et la ville put être ainsi bientôt aussi sûrement que vaillamment défendue. L'autorisation donnée à Néhémie par Artaxerxès I*' dans
la vingtième année de son règne, a surtout en vue l'absence de l'èchanson du roi et suppose une permission déjà accordée de rebâtir Jérusalem; de sorte que cette autorisation ne saurait être regardée comme le point de départ des soixante- dix semaines. — Nébémie, échanson d'Artaxerxès, avait donc pleuré et prié, en apprenant le triste état où se trouvait encore Jérusalem, malgré les pleins pouvoirs donnés à Esdras, et il s'était senti enflammé d'un vif désir de solliciter la permission d'aller procurer l'exécution du décret du roi. Très contrarié, il se présenta donc un jour à la table du roi, pour faire son service, la préoccupation et la tristesse peintes sur le visage. Le monarque ayant remarqué l'inquiétude de son serviteur, lui dit, en le regardant avec bonté : a Pourquoi ton visage est-il triste? Tu n'es pas malade; c'est quelque cbagrin (quelque mal dans ton cœur} ». Nébémie ajoute : « Et je fus saisi d'une très grande crainte » !VII Esdr., ch. II 2). L'échanson du roi touchait, en effet, à un instant critique. Après un moment de trouble, il fit cependant comprendre au roi, en ces termes, pour quel motif il ne pouvait être gai : « 0 roi, vis éternellement. Pourquoi mon visage ne serait-il pas abattu, puisque la ville où sont les tombeaux de mes pères est dévastée, et que ses portes ont été brûlées? Le roi me dit : Que demandes-tu? Je priai le Dieu des cieux : et je dis au roi : S'il semble bon au roi, et si 'ton serviteur trouve grâce à tes yeux, envoie-moi en Judée, à la ville des sépulcres de mes pères, afin que je la rebâtisse. Le roi, et la reine, qui était assise auprès de lui, me dirent : Combien de temps durera ton voyage? et, quand reviendras-tu? Je leur marquai le temps, et le roi l'agréa, et il me permit de m'en aller. Je lui dis encore : S'il plaît au roi, qu'il me donne des lettres pour les gouverneurs du pays d'au-delà du fleuve (l'Euphrate), afin qu'ils me fassent passer jusqu'à ce que je sois en Judée; et une lettre pour Asaph, gardien de la forêt {pardes, du paradis, du parc) du roi, afin qu'il me soit permis d'y prendre du bois pour couvrir les portes des tours du Temple, les murailles de la ville et la maison où je me retirerai. Le roi m'accorda ma demande, parce que la main favorable de mon Dieu était sur moi » {ib., vss. 5-8).
En examinant attentivement ce dialogue, nous remarquerons d'abord que l'attention du roi se porte plutôt sur l'absence de Néhémie que sur le but de cette absence. Ce qui préoccupe le roi et la reine, qui se mêla de l'entretien, c'est de savoir combien de temps leur échanson restera absent. Ainsi qu'on l'a
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remarqué très justement, a les princes n'aiment pas que leurs serviteurs immédiats songent à s'éloigner d'eux. Il leur est plus difficile qu'à tous les autres hommes de se composer un cercle intime, et d'arriver à un degré suffisant de confiance à l'égard de ceux qui les approchent. L'absence de Néhémie allait faire un vide dans leurs habitudes. » Le roi est donc plus préoccupé de l'absence de son serviteur que de l'objet de sa demande. Il ne dit pas un mot relativement au projet de relever les murs de Jérusalem, et il ne donne aucune parole, aucun rescrit autorisant cette reconstruction. Il n'avait pas, en effet, à se prononcer sur cette question, car il ne pouvait pas ignorer alors qu'elle avait été résolue dans le décret donné à Esdras. Le roi n'avait pu s'empêcher de reconnaître, après coup, que l'autorisation de relever Jérusalem était comprise dans ce décret. De sorte que, l'autorisation étant donnée, il avait bien fallu, selon la coutume des Perses, que le roi et ses conseillers s'exécutassent (voy. p. 508) : Le roi dut, dès lors, se rappeler qu'il avait donné un édit à ce sujet, et il comprit, d'après la tristesse de Néhémie et la demande que celui-ci lui fit d'aller à Jérusalem, que cet édit n'avait pas obtenu tout son effet. Mais il ne dit rien pour autoriser cette reconstruction; il ne fait aucune observation sur ce point : il ne se préoccupe que de savoir combien de temps pourrait durer le voyage. La demande même que Néhémie adresse au roi, porte spécialement sur la permission de s'absenter ; il ne parle de la reconstruction de Jérusalem que pour indiquer le but de cette absence et de son voyage : il ne demande pas une autorisation à ce sujet, parce que c'était déjà une chose accordée. Il se contente d'indiquer l'époque de son retour, et le roi l'autorise à partir. D'après cet exposé, on comprend que le roi, très bien disposé à l'égard de son écbanson, lui ait accordé l'escorte et les ressources en bois des forêts royales qu'il lui avaient demandées (1).
(1) Gaspard Sanctius expose très correctement, en ces termes, l'autorisation accordée à Néhémie i^in cap. IX, Dan. n. 108) : Non tam Nehemiam a Persarum rege postulasse facultatem instaurandas urbis (quam haberet jam ab ipso rege) quàm sibi ut liceret abesse aliquandiu ab aula regia , in qua régi minister erat a poculis, ut habetur Nehemiee, cap. 2, v. 1. Quare cum œgrè ferret a se divelli Nehemiam, non sine causa verebatur (ipse Nehemias) orare a rege, sibi ut liceret inpatriam secedere, et procul abire a regio conspectu. Quod autem hoc unum exoratum esse voluerit a rege, ipse docet v. 4., cum enim rex dixisset, pro qua re postulas ? Ipse subdit :
Exécution complète du décret donné à Esdras, procurée par Néhémie : part qui revient à chacun d'eux, et unité de leur action. — Esdras avait eu d'abord pour mission de réorganiser la congrégation religieuse et politique des Juifs, selon laloideMoïse. Ce grand homme était surtout un prêtre, un Sofêr ; l'atmosphère studieuse dans laquelle il s'était formé, son penchant religieux, le portaient à la méditation et à l'étude des saints livres, plutôt qu'à l'action. Mais il savait, toutefois, mettre à exécution les résolutions fermement prises : il se montra plein d'énergie pour conserver aux Juifs leur caractère national, et il employa les moyens les plus efficaces pour les empêcher de succomber aux pratiques idolâtriques. Il reconstitua l'Etat juif ; il réorganisa le service du culte, il fit observer la loi, et il donna, en un mot, à ce groupe de familles, un cachet vraiment israélite. Aussi, Prideaux a-t-il dit, très censément : -a Esdras a été regardé comme un autre Moïse, et c'est avec raison qu'il a passé pour le second fondateur de l'Eglise et de l'Etat des Juifs (Hist. des Juifs, tom. IT, ch. V, à l'an. 458).
Le docte Scribe s'occupa auss4 de la reconstruction de Jérusalem, afin de mettre ses coreligionnaires en sûreté. Mais sa tâche ne fut pas facile: elle dut être entravée par les Samaritains et les autres peuples voisins qui n'avaient pas renoncé à leur envie et à l'aversion que leur inspiraient les Juifs : le « temps d'angoisse», qui est la caractéristique de la période des «sept premières semaines » de la prophétie, commença avec l'arrivée d'Esdras à Jérusalem ; et nous avons vu que le mur et les premiers travaux de reconstruction de la ville, qu'il se félicitait de pouvoir terminer, avaient été de nouveau ruinés.
Le découragement s'était donc emparé des travailleurs ; et il était nécessaire qu'un homme d'action, un homme entreprenant, capable de conduire la reconstruction et de la mener à bonne fin par la vigueur et par l'adresse, vint ranimer le courage du peuple, afin que, sous ce chef ardent, il reprit les travaux des fortifications : il fallait doubler Esdras d'un guerrier qui put combattre les obstacles sans cesse renaissants suscités par les
Oraoi Deuni coeli, et dixi ad regem : Si uidetur régi bonum, et siplacet serous tuus ante faciem tuam ; ut mittas me in Judœcun, ad cwitatem sepulchri patris moi, et œdijicabo eam. Quàm verô rex graviter ferret, abesse Nehemiam ab aula, suadet id, quod additur mox : Dixiique mihi rex, et regina, quœ sedebat juxta eum : Usque ad quod tempus erit iter tuum, et quando reoerteris ? Et misit me, et constitui ei tempus.