CHAPITRE IX
peuples voisins. Ce fut la mission de Néhémie. Il recommença la reconstruction des murailles et il facilita l'accomplissement de l'Edit donné à Esdras. Néhémie n'avait pas du reste emmené à Jérusalem une nouvelle colonie, une suite nombreuse : les ouvriers dont il allait se servir étaient déjà sur les lieux. Pour les remettre à l'œuvre ; il n'eut qu'à adresser aux prêtres, aux Juifs les plus considérables et à ceux qui avaient le soin des ouvrages, le discours suivant, qui nous permet de voir que l'achèvement du mur se fit, non d'après un édit nouveau, mais d'après un autorisation déjà donnée, c'est-à-dire d'après les lettres patentes qui avaient été accordées à Esdras : « Vous vojez l'affliction où nous sommes ; Jérusalem est dévastée et ses portes ont été détruites par le feu. Venez et bâtissons les murailles de Jérusalem, afin que nous ne soyons plus en opprobre » (ch.11, 17). Puis, Néhémie ajoute : « Je leur rapportai ensuite de quelle manière Dieu avait étendu sa main favorable sur moi, et les paroles que le roi m'avait dites (la permission de s'absenter pour bâtir et l'octroi de lettres pour lui faciliter le voyage, et pour obtenir des bois de construction) ; et je leur dis : Venez, rebâtissons les murailles » (î"6., vs. 18). Ayant entendu ces paroles, les Juifs s'encouragèrent à bien travailler. C'est donc sous l'impulsion et sous la direction de Néhémie que s'acheva la reconstruction de Jérusalem, et on a pu lui attribuer l'honneur d'avoir fondé la ville, comme le fait l'auteur de l'Ecclésiastique (ch. L, 15) : « Que la mémoire de Néhémie passe aussi dans des siècles nombreux, lui qui a relevé nos murs abattus, qui a rétabli nos portes et nos serrures, et qui a rebâti nos maisons ». Mais il ne suit pas de là que les sept semaines ne datent que de l'arrivée de ce grand homme à Jérusalem : il a pu être l'auteur de la réédification des murs et des maisons de cette ville, et n'être cependant que l'exécuteur d'une œuvre autorisée par un décret antérieur. C'est une conclusion que l'abbé Clémence a très bien déduite d'une étude des textes de Néhémie. « Il y a donc tout lieu de croire, dit-il, que Néhémie ne fût envoyé que pour procurer l'ancienne exécution de l'Edit accordé treize ans auparavant à Esdras, qui ne l'avait pu encore faire exécuter qu'en partie. Et il sera vrai tout à la fois, que la clôture que le roi Artaxerxès avait accordée à Juda et à Jérusalem, dès la septième année de son règne, fut faite en vertu de cette concession, et cependant qu'elle ne le fut que dans la vingtième année du règne de ce prince, par les soins de Néhémie » (Les caractères du Messie, etc., p. 308). Or, on ne doit pas oublier que, d'après la
Jéhovah. « Qu'on ait grand soin, dit le roi, de fournir au temple du Dieu du ciel tout ce qui sert à son culte, de peur que sa colère ne s'allume contre le royaume du roi et de ses enfants » (vs. 23). Dans d'autres passages de ce décret, Artaxerxès se préoccupe encore de faire observer la loi du Dieu du ciel (vs. 14-22, 25, 26). Mais sans y prendre garde — Manum régis ductante Numine — il a signé l'autorisation prédite par l'oracle des soixante-dix semaines, il a décrété la reconstuction de Jérusalem : il a agi sous le coup de pouce de la Providence. Bientôt après, le roi dut reconnaître qu'il avait restitué aux Juifs l'exercice de leurs droits naturels {sedium occupatio, œdifècatio, munitio). Mais l'autorisation donnée n'en devait pas moins être regardée comme irrévocable par le roi (voy. p. 508). Aussi avons-nous vu qu'il ne fut aucunement surpris de la demande que Néhémie lui adressa, treize ans après, pour aller rebâtir Jérusalem, et à laquelle il n'opposa d'autre objection que le regret qu'il éprouvait de le voir s'éloigner de la cour.
Donc, quoique le décret donné à Esdras soit surtout relatif au Temple, il n'en est pas moins vrai que ce décret contient l'autorisation de reconstituer l'État juif et de rebâtir Jérusalem ; d'où il suit que les soixante-dix semaines prophétiques doivent être comptées à partir de la septième année d' Artaxerxès Longnemain. — A. première vue, ce décret peut paraître n'avoir rapport qu'au Temple et aux détails des dépenses nécessaires à son embellissement. Mais on va trop vite en disant : Templum duntaœat et sacrificia spectat. Il n'est pas vrai, en effet, que ce décret ne renferme rien au sujet de la reconstruction de Jérusalem. Nous venons de démontrer qu'il donne à Esdras des pouvoirs suffisants à ce sujet. On trouve, dans cet édit, des concessions, des paroles du roi qui suppléent largement à ce qu'il ne dit pas en termes exprès. Or, l'Ange ne dit pas que les soixante-dix semaines doivent être comptées à partir d'un décret autorisant « expressément » les juifs à rebâtir leur ville. Il ne s'occupe que d'un Edit donnant des pouvoirs qui autorisent, d'une manière quelconque, implicite ou expresse, la reconstruction de Jérusalem. Or, nous avons constaté que le mandat d'Esdras lui confère une autorité telle qu'il n'est pas possible de supposer qu'il n'avait pas l'autorisation de reconstruire cette ville. Il ne s'agit pas, dans ce décret, comme dans ceux de Cyrus et de Darius, d'un simple retour des juifs et de la reconstruction du Temple. Les décrets de Cyrus et de Darius limitaient leur autorisation au relèvement du sanctuaire.