‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 135 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Artaxerxès Ier donne des pouvoirs si étendus qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'ils contiennent l'autorisation de rétablir l'Etat des juifs et de rebâtir leur ville, en vue d'assurer le service du Temple. Les exégètes sont donc fondés à faire partir les soixante-dix semaines du décret donné à Esdras par Artaxerxès dans la septième année de son règne ; on ne peut pas les accuser d'avoir, en adoptant ce terminus a quo, été mus par le désir de faire concorder la prophétie avec la chronologie profane ou avec l'histoire.

Le système d'après lequel le décret, pour rebâtir Jérusalem, daterait de la vingtième année du règne d'Artaxerxès- Longuemain, époque où il permit à Néhémie de s'absenter pour aller relever les murs de cette ville, est inadmissible. — Après avoir exposé la thèse qui s'accorde avec les paroles de la prophétie, et qui permet d'en développer la suite avec une évidence palpable, nous allons examiner le système qui fixe la sortie de la parole ou le point de départ des soixante-dix semaines à l'autorisation donnée à Néhémie par Artaxerxès clans la vingtième année de son règne. Nous avons vu déjà que cet à tort quon a regardé le décret donné à Esdras comme n'ayant pour objet que le Temple et le culte. Dans ce firman, nous avons, au contraire, relevé et signalé des paroles qui montrent qu'il autorisait aussi la reconstruction de la Ville, et qu'il était parfaitement visé par la prophétie. Donné à Esdras pour l'organisation du service du Temple, et l'observation rigoureuse de la loi mosaïque, cet édit permet aux Juifs de « revivre » et de « se donner une clôturedans Juda, savoir dans Jérusalem (I Esdr., IX, 8, 9). Donc, Yexitus verbis, le terminus a quo de la prophétie cadre avec la septième année du règne d'Artaxerxès, date de cet édit. C'est alors que le décret parut et qu'il commença à recevoir son exécution. Il est vrai que Néhémie bâtit les murs de la ville, qu'il contribua à y attirer des familles juives, à y construire de nombreuses habitations. Mais ce n'est pas l'exécution du décret qu'il importe de considérer ici, car l'Ange ne dit pas : « Du moment où on relèvera les murs et où on rebâtira Jérusalem... » -, mais : « A partir de l'autorisation de rebâtir... » Nous avons pu constater, d'ailleurs, que l'autorisation accordée à cet illustre homme d'Etat implique un décret déjà donné pour rebâtir la ville, et que la permission que le roi lui donne de s'absenter n'a pour but que de faire exécuter les travaux autorisés par ce décret. Le point de départ des soixante-dix semaines ne saurait donc être retardé jusqu'à la mission de Néhémie.

De nombreux écrivains (commentateurs, chronologistes, historiens) qui n'ont pas lu, en propres termes, dans l'édit donné à Esdras, les mots a rebâtir murailles et emplacements » et ont cru trop facilement que l'autorisation de reconstruire Jérusalem n'était pas contenue dans cet édit, ont pris, pour point de départ, l'autorisation donnée à Néhémie, dans la vingtième année d'Artaxerxès. Ces érudits admettent que la thèse basée sur le décret donné dans la septième année du règne de ce roi, s'accorde très bien avec les événements de l'histoire, mais ils supposent qu'elle ne justifie pas pleinement les données de la prophétie. Nous avons établi le contraire; et nous avons vu qu'on ne saurait regarder l'autorisation donnée à Néhémie comme le Dabar d'après lequel les soixante-dix semaines doivent être comptées. Nous n'en devons pas moins constater que Jules Africain crut qu'elles dataient du second décret d'Artaxerxès, daté de la vingtième année de son règne, et que son opinion fut suivie par quelques Pères de l'Eglise (Chrisostôme, Théodoret, Isidore de Péluse). Cette date fut aussi adoptée par Bède, Nicolas de Lyre, Luther, Vitringa [Observ. sac. II, p. 290), Usher, Grotius, Petau (de Doctr. temp. XII, 29 ; Breviar. temp. II. 3, 9), Bossuet [Disc. sur l'hist. univers., 2e part. ch. IX), Huet, C.-B. Michaelis (Annot. uberiores), Hengstenberg, Hsevernick, Reinke, Wallon [Vie de N.-S* Jésus-Christ et De la croyance due à l'Evangile), etc.

Mais ces doctes personnages n'aboutissent pas à faire cadrer les dates de la prophétie avec les données chronologiques de l'histoire. L'édit daté de la vingtième année d'Artaxerxès, c'est-à-dire de l'an 435 ou 444, nous conduit à l'an 39 de notre ère, et cette année là marquerait la fin des soixante-neuf semaines. La demi-semaine ou le milieu de la soixante-dixième semaine (qui serait l'époque de la mort du Sauveur) aurait eu lieu dans l'année 46 de -notre ère, ou cinquante ans à partir de la naissance de Jésus-Christ. De la vingtième année d'Artaxerxès au baptême de J.-C, on trouverait donc neuf ou dix ans de trop, et on supprime, en outre, trois années de la dernière semaine.

Pour faire disparaître cette différence, on a songé à faire remonter le règne d'Artaxerxès à l'année 474 ou 47 3, afin de trouver que la vingtième année de son règne tombe en 455 ou 454. C'est, au fond, faire partir le décret de la dixième ou de la onzième année du règne de ce roi. Pour motiver ce changement à la chronologie reçue, ces érudits se sont donné beaucoup de peine, et ils se sont livrés à un travail considérable qu'ils auraient pu s'épargner s'ils avaient lu plus attentivement l'édit

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