CHAPITRE IX
qu'Artaxerxès donna à Esdras dans la septième année de son règne.
On nous présente donc ici, au sujet du commencement du règne d'Artaxerxès Ier, un point litigieux, que nous devons éclaircir, afin de bien établir que la septième année du règne de ce prince tombe dans l'année 458-457. Nous allons donc montrer qu'Artaxerxès 1er est monté sur le trône en l'an 465-4 64, et qu'il n'est pas vrai que le commencement de son règne date de l'an 474 ou 473 avant notre ère.
"Vrai chronologie des règnes de Xerxès et d'Artaxerxès. — Xerxès monta sur le trône en 485, et la chronologie ordinaire lui donne vingt ou vingt et un an de règne, à partir de cette année qui fut celle de la mort de Darius, son père. Cette date, conservée par Hérodote , est acceptée sans contestation. Le Canon de Ptolémée fixe la mort de Xerxès entre décembre 466 et décembre 465 (cfr. Clinton, Fasti Hellenici, à Tan 465). La chronologie du règne de ce roi et de son fils Artaxerxès est aussi établie par Diodore de Sicile (IX, 69), d'après lequel Xerxès fut tué par Artaban, après vingt années de règne, sous Lysithée, archonte des Athéniens, dans la quatrième année de la LXXVIII* olympiade (c'est-à-dire dans l'année 465 avant l'ère vulgaire). Le même historien reconnaît qu'Artaxerxès succéda à son père après sept mois. Eusèbe est de cet avis. Manéthon, cité par Africain (dans Syncelle, Chronographia, p. 75), donne la même durée de vingt et un ans au règne de Xerxès. Les sept mois d'Artaban, que d'autres donnent à Artaxerxès, sont mis au compte de Xerxès. Ce dernier a commencé son règne au commencement de 485 ; sa vingtième année fut achevée au commencement de 465 ; il vécut encore environ cinq mois ; de sorte que les sept mois d'Artaban complètent les vingt et un ans de Xerxès. L'avènement d'Artaxerxès n'eut lieu ainsi qu'en décembre 465, ou en janvier 464, et il régna de l'an 464 à 424. Ainsi, de Saulcy reconnaît que Xerxès 1er a régné de 485 à 465, et Artaxerxès Ier Longuemain de 465 à 424 {sept siècles del'hist. jud., p. 48). Fr. Lenormant fait régner Xerxès de 485 à 465 et Artaxerxès de 465 à 425. Curtius [Griech. Geschichte) indique, pour le règne de Xerxès, les années 485-465, et pour le règne de son fils, les années 464- 425. Ces dates concordent avec toutes les données historiques.
Ainsi, en suivant les chronologistes les plus sûrs et les historiens qui ont dû être les mieux instruits des affaires de l'empire perse, nous devons admettre que Xerxès a commencé son règne dans l'année 485 avant notre ère (période julienne 4229 ; ère de
Nabonassar 263), et que la fin de son règne doit être placée en l'an 465 ; de sorte que le règne d'Artaxerxès va de cette même année à l'an 424 , en comprenant dans ce laps de temps, suivant la méthode de Ptolémée, les sept mois d'Artaban.
Confusion chronologique et historique amenée par le langage équivoque de quelques historiens grecs, au sujet de la fuite de Thémistocle et de son arrivée en Asie. — Nous devons reconnaître, toutefois, que cette histoire de Xerxès et d'Artaxerxès est devenue confuse, parce que les écrivains anciens se sont mal exprimés au sujet de la fuite de Thémistocle et de son arrivée à la cour du grand roi. C'est un point de chronologie discuté et qui a porté quelques érudits à enlever dix ans au règne de Xerxès, et à les ajouter à celui d'Artaxerxès; de sorte que la mort de Xerxès serait placée en 474. Ces savants s'appuient sur les témoignages que nous allons ramener aux vraies dates exposées ci-dessus.
Commencement du règne d'Artaxerxès 1er, indiqué non par la fuite, mais par l'arrivée de Thémistocle en Perse. — C'est le raisonnement suivant qui a donné naissance à la discussion historique qui va nous occuper : le commencement du règne d'Artaxerxès est fixé par l'année de la fuite de Thémistocle ; or, cette fuite eut lieu sous le règne d'Artaxerxès, et non sous celui de Xerxès, son père ; donc, le général athénien vint en Perse sous Artaxerxès; mais, d'un autre côté, cette fuite eut lieu en 473 ; donc Artaxerxès était déjà roi à cette époque.
Mais, avec une étude plus sérieuse des documents, on n'aurait pu s'empêcher de reconnaître que la majeure est équivoque. Par fuite de Thémistocle on entend, en effet, tantôt l'ostracisme ouïe bannissement {fuite d'Athènes), considéré comme point de départ de l'exil de ce général, et tantôt sa fuite d'Argos, de Corcyre, le départ de chez Admète, roi des Molosses, en Epire, et enfin son arrivée en Perse.
Il n'a pas été, du reste, difficile de prouver la mineure, savoir que la fuite [arrivée) de Thémistocle eut lieu sous le règne d'Artaxerxès : Thucydide (I, 137), nous dit que « Thémistocle, fuyant d'Argos, écrivit d'Ephèse à Artaxerxès, fils de Xerxès, récemment régnant (BaaiXéa 'ApTraËspÇrjv -rouElpEou, veuxmôaaiXIuovca)». Ainsi, Thucydide est si explicite, qu'il atteste que Thémistocle a fui vers Artaxerxès, fils de Xerxès. Charon de Lampsaque, cité par Plutarqne {Vie de Thém., 27), et qui vivait bien avant Thucydide, dit la même chose -, et un témoignage qui est celui d'un homme qui vivait en Asie et qui écrivait son histoire au
temps môme de l'événement, et surtout celui de Thucydide, doivent être préférables et sont, en effet, préférés à celui de quelques auteurs, dont le plus ancien vivait plus de cent après l'événement (1).
Ainsi, il suit de ces textes que Thémistocle « fuyant d'Argos, écrivit d'Ephèse à Artaxerxès. » Seulement il reste à savoir combien de temps s'écoula à partir de cette fuite d'Argos jusqu'au moment où Thémistocle arriva en Perse et écrivit à Artaxerxès. C'est ici que quelques anciens embrouillent les cartes. Ce n'est cependant pas tout à fait la faute de Thucydide. Il n'indique, il est vrai, ni la date de l'ostracisme, ni celle du départ d'Argos; mais il dit que le général athénien, « chassé de sa patrie, habitait Argos, allant et venant fsrcicpoiTiôv) dans les autres parties du Péloponnèse (Hist. I, 135). Il le représente ensuite comme fuyant d'Argos à Corcyre, puis chez Admète, roi des Molosses, et enfin à Ephèse, d'où il écrivit à Artaxerxès. De ce résumé, il appert que, d'après l'historien grec, il a pu se passer un temps assez long entre la fuite d'Argos et Y arrime en Perse de Thémistocle. Or, c'est Y arrivée que Thucydide met en connexion avec le commencement du règne d'Artaxerxès.
D'un autre côté, le même Thucydide nous porte à nous tenir en garde contre une confusion de dates, que nous allons constater, en nous disant que Thémistocle, dans sa fuite, tomba au milieu de la flotte athénienne qui assiégeait Naxos. Cet événement qui eut lieu entre le départ d'Argos et Yarrivée en Perse, nous indique aussi que ce qu'on appelle la fuite de Thémistocle en Perse ne se rapporte pas à une date aussi reculée qu'on a cru pouvoir le supposer. En effet, Thucydide nous apprend, d'un autre côté, que Cimon ne fut élu pour commander cette flotte que la 3e année de la 77e olympiade ; d'où il suit que Thémistocle n'était pas en Asie dans la 2e année de cette olympiade. D'ailleurs, on sait que Cimon fit diverses expéditions avant de venir à Naxos et qu'il y mit du temps , peut-être deux ou trois ans. De sorte que Thémistocle ne put guère être jeté par la tempête à Naxos que dans l'an 3 de l'olympiade 78, et que, par suite, il ne put arriver en Perse avant l'an 4 de cette olympiade (21e année du règne de Xerxès, pour les uns, d'Artaban et d'Artaxerxès pour les autres).
(1) Cornélius Nepos n'hésite pas à adopter ce senti ment^Vï^. Themist.J. Il déclare qu'il ne suit pas ceux qui disent que Thémistocle passa en Asie sous le règne de Xerxès, mais qu'il croit devoir s'en rapporter à Thucydide, compatriote du général athénien, et plus rapproché de cette époque que les autres écrivains.
On s'explique, dès lors, très bien comment Ephore, Dinon, Ciitarque et Héraclide disent que Thémistocle a fui vers Xerxès ou qu'il se rendit auprès de ce roi : ils ont, d'après la méthode du Canon de Ptolémée, donné tout entière à Xerxès l'année 21e de son règne qu'il avait commencée. On sait que les sept mois d'Artaban sont comptés tantôt à Xerxès et tantôt à Artaxerxès, et que, pour ce motif, les données concernant le règne de Xerxès oscillent entre 20 et 21 ans. Ainsi, il a pu se faire que Xerxès fut censé régner encore lorsque Thémistocle arriva en Asie, en 465. En réalité, le général athénien arriva à Ephèse peu de temps après l'avènement au trône d'Artaxerxès.
Mais le récit de Diodore de Sicile ne s'explique pas aussi facilement. Il place la fuite de Thémistocle en l'olympiade 77, 2 (47j av. notre ère), et il met la mort de ce fugitif dans cette môme année. On en conclut avec raison qu'il se trompe au moins d'un an et que, dès lors, cette fuite (arrivée en Asie) a eu lieu plus tôt (dans l'oljmp. 76, 4). Il fait, du reste, recevoir le général athénien par Xerxès (lib. XI, 56), trompé qu'il est par un trait relatif à Mandane, sœur de ce roi, laquelle a pu tout aussi bien demander la mort de Thémistocle à Artaxerxès, son neveu. On pourrait le mettre d'accord avec Thucydide en disant que le vainqueur de Salamine arriva en Asie du vivant de Xerxès, ou du moins dans l'année où Xerxès était censé régner encore, et qu'il écrivit ensuite à son fils qui venait de monter sur le trône. Mais Diodore ne peut placer ce dernier événement (l'arrivée en Asie et la lettre écrite à Artaxerxès) dans la 2e année de la 77» olymp. (14e de Xerxès) qu'il donne comme l'année de la fuite de Thémistocle : ce n'est là que l'année du départ d'Athènes ou d'Argos. Mais ce départ pour la Perse est séparé de Y arrivée dans ce pays par des voyages et des séjours divers dont il faut tenir compte. D'un autre côté, Diodore et Eusèbe donnent vingt ans révolus de règne à Xerxès et, de la sorte, ils ne retranchent ni huit ni dix années du règne de ce prince. Seulement, lorsqu'ils marquent l'année de la fuite de Témistocle en Perse (la 2e an. de la 77 olymp., selon Diodore-, ou dans l'olymp. 76, 4, d'après Eusèbe. — Chronic ex vers Hieron. ; Chron. armén., p. 33), ils ont raison dédire que Xerxès vivait encore (1).Ce roi
(1) Quelques chronologistes antidatent de cette façon l'arrivée de Thémistocle à la cour du grand roi : ils dirent que cet événement eut lieu en l'an 4-73 selon le calcul d'Eusèbe (Chron.). Mais il y a simplement dans ce passage : « fuite de Thémistocle chez les Perses. — Themistocles ad Parsas con/ugit. On obtient ainsi une confusion du départ d'Athènes (ostracisme) avec Yarrwée en Perse.