‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 138 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Systèmes adoptés pour reculer de quelques années le règne dArtaxerxès : fixation de la mort de Xerxès à l'an 4?4 et hypothèse d'une association au trône d'Artaxerxès, son fils. — Il est donc certain, d'après le Canon de Ptolémée, Hérodote, Thucydide, Charon de Lampsaque, Diodore et les écrivains qui semblaient d'une opinion contraire, qu'Artaxerxès commença à régner après la mort de son père, en la quatrième année de la soixante dix-huitième olympiade (d'après Diodore lui-même), c'est-à-dire 465 avant notre ère.

Mais il n'en résulte pas moins, du langage équivoque de Diodore de Sicile, que la fuite (l'arrivée) de Thémistocle en Perse, aurait eu lieu dans la seconde année de la soixante-dix-septième olympiade ; or, comme, d'un autre côté, Thucydide atteste que l'illustre homme d'Etat, ayant pris la fuite vers la Perse, écrivit d'Ephèse à Artaxerxès, qui venait de monter sur le trône, il s'ensuivait que ce prince régnait déjà dans l'année de cette olympiade, 77, 2 (Diodore), c'est-à-dire en 471-470 avant notre ère. Diodore dit qu'il régnait depuis un an (il lui donne aussi la vingt-unième année de Xerxès) ; d'après Eusèbe en 473 (Olymp. 76, 4). De cet amalgame d'éléments hétérogènes, quelques chronologistes ont cru pouvoir conclure que Xerxès était mort avant l'arrivée de Thémistocle, et qu'ils pouvaient dater cette arrivée des années du départ ou de la fuite de ce grand capitaine. De sorte qu'ils se sont cru autorisés à placer la mort de Xerxès en l'an 473 ou même en 474 avant l'ère chrétienne.

I. Ainsi, Usher (Usserius) met la fuite de Thémistocle et la première année d'Artaxerxès en l'an 473, et l'arrivée de Thémistocle à la cour en 472 ; puis il recule la mort de Xerxès à l'année 474, et il le fait ainsi mourir neuf ans plus tôt que Ptolémée et les autres auteurs (Annales, à l'an du monde 3531, p. 106). De la sorte, ce savant annaliste ne donne à Xerxès que douze ans de règne, et il en attribue cinquante à Artaxerxès. Vitringa fixe aussi l'avènement de ce dernier à une dixaine d'années plus haut, non pas en 465-464, mais en 474. La vingtième année de ce règne tomberait, dès lors, en l'année 455-454, et précéderait de 486 ans la mort du Christ, qui tomberait « au milieu » de la dernière semaine, c'est-à-dire environ trois ans

de cette année ou au commencement de 465, qui fut celle de l'arrivée de ce général. D'après Clinton, cette fuite eut lieu dans l'année 466, et Xerxès mourut en 466 (Faste Hollenici, II, 318). Mais ces dates n'ont pas l'exactitude de celles que nous venons d'indiquer.

et demi avant l'expiration des 490 ans marqués dans la prophétie.

De nombreux commentateurs modernes, tels que Hengstenberg, Reinke, ont admis ce système. Des historiens qui ne s'occupaient que de l'histoire grecque (comme Krûger, par exemple), ont aussi admis le résultat que Ton obtient en mêlant, sans un discernement suffisant, les dates de la fuite de Thémistocle et de son arrivée en Perse. Ainsi, Ruelle, professeur au lycée Henri IV (Hist. résumée des temps anciens, etc., t. I, p. 334), dit que « Thémistocle fut exilé par l'ostracisme en 473 » et que, « ne se croyant en sûreté dans aucune ville du Péloponnèse, il s'embarqua pour Corcyre, s'enfuit de là en Epire, et chercha un asile chez Admète, roi des Molosses ». Puis, ce docte professeur ajoute : « Peu après, il passa en Asie, où il gagna la bienveillance du nouveau roi de Perse, par sa facilité à apprendre la langue du pays et les manières persanes (472) ». Ainsi, Thémistocle n'aurait mis qu'un an, à partir du bannissement, pour séjourner à Argos, parcourir le Péloponnèse jusqu'à la trahison de Pausanias, et suivre le long parcours indiqué par les historiens. Cette hypothèse est contraire aux dates que ces écrivains anciens nous ont transmises. Il n'est donc pas possible d'accorder à l'abbé Drioux que « Thémistocle se rendit à la cour d'Artaxerxès Ier, le successeur de Xerxès..., qu'il jouit pendant quelque temps du repos le plus parfait à la cour du grand roi... et qu'il s'empoisonna en 470 » {Hist. grecque, p. 400). A cette époque, Artaxerxès n'était pas encore monté sur le trône (1). Il faut reconnaître, en effet, que la chronologie de Diodore et de Plutarque est vague et imparfaite pour cette période de l'histoire grecque. En nous racontant que, poursuivi d'exil en exil, d'Argos à Corcyre, et de là chez Admète, où il séjourna quelque temps, le vainqueur des Perses à Salamine traversa, en fugitif, la Macédoine, et, passant la mer Egée, arriva à Ephèse, ces historiens n'ont ni détaillé les diverses aventures du voyage, ni assigné une date certaine aux diverses étapes de la fuite de ce célèbre proscrit (1).

(1) Il est de notre devoir de corriger ici une erreur que nous avons commise, dans l'Introduction (p. 304^ à propos de la date de la mort de Xerxès et du commencement du règne d'Artaxerxès-Longuemain. Nous avions fait une étude spéciale des règnes des rois chaldéens et des rois de Perse, jusques et y compris Darius d'Hystaspe. Le tableau que nous avons donné de cette période avait pour

Page 1