CHAPITRE IX
En adoptant cette chronologie, Usher a peut-être été influencé par le système qu'il avait adopté au sujet de la prophétie de Daniel. Ayant supposé que la vingtième année d'Artaxerxès y était indiquée, il arrivait à fixer le commencement des soixantedix semaines à l'année 454. En suivant la chronologie reçue, on avait treize ans de trop. La confusion des écrivains grecs permettait de retrancher neuf ans à Xerxès. On se croyait autorisé à retrancher trois ans à la fin des soixante-dix semaines, en plaçant la mort du Christ au milieu de la dernière semaine. On arrivait ainsi à obtenir une période qui pouvait correspondre à celle qui vise l'Oracle de Daniel.
II. Toutefois, un des plus célèbres chronologistes, le P. Petau, n'a pas cru pouvoir corriger ainsi la chronologie du Canon de Ptolémée et des auteurs grecs, au sujet de la mort de Xerxès : il a très bien compris qu'on ne pouvait faire mourir ce roi en 474. Mais il a songé à un double commencement de règne, et il compte les années d'Artaxerxès de la douzième année du règne de Xerxès, qui aurait associé, à cette époque, son fils à l'empire. De sorte que Xerxès ayant régné vingt et un ans (Diodore, liv. XI), Artaxerxès aurait commencé à régner dix ans avant la mort de son père. Le P. Petau a cru pouvoir établir le fait de cette association : \° par le témoignage de Thucydide et de Charon de Lampsaque; 2° par l'usage des rois de Perse de s'adjoindre leur héritier. Mais il n'est pas possible de trouver là une preuve ou même un indice de ce double commencement de règne.
<° On peut, il est vrai, supposer que, d'après Diodore, Xerxès était encore en vie à l'arrivée de Thémistocle, et que, d'après Thucydide, Artaxerxès régnait déjà à l'époque où le général athénien arriva en Asie. Mais le P. Petau n'est pas autorisé a conclure, du langage obscur et inexact de Diodore, que Thémistocle arriva à la cour du grand roi du vivant de Xerxès, et que le fils régnait déjà avec son père, en la deuxième année de la soixante-dix-septième olympiade (473 avant notre ère), et même
but d'indiquer l'année où eut lieu la fin des soixante-dix ans de la destruction du Temple. Pour la chronologie de Xerxès et de son fils, nous avons adopté, avec trop de confiance, la chronologie que nous avons trouvée dans les écrits de nombreux érudits. Mais il fallait réviser cette chronologie : c'est ce que nous venons de faire-, et, après l'examen plus sérieux des historiens profanes, nous ne croyons pas qu'il soit possible de ne pas fixer la mort de Xerxès à l'an 465, et la première année du règne d'Artaxerxès à l'an 465-464.
dans la quatorzième année de Xerxès , ayant commencé à régner deux ans auparavant (De Doctr. Temp., lib. X, c. 25, XII, 32 et ss. ; Rat. Temp., lib. II, cap. 4 0). En effet, cette deuxième année est la date qui marque la fuite (le décret du bannissement, le départ d'Argos, etc.), et non pas l'arrivée en Perse. Or, il n'est pas vrai et il n'est pas possible d'établir, môme d'après Diodore, que Thémistocle arriva dans ce pays en l'année olympiadienne 77 , 2 , ou dans la douzième année du règne de Xerxès. Donc, il n'est pas permis d'inférer du récit confus et mal digéré de l'historien grec que ce roi n'était pas mort à l'époque de l'arrivée de Thémistocle, et qu'il avait associé son fils à l'empire. Pour concilier Diodore et Thucydide, il n'est pas nécessaire de supposer qu'Artaxerxès avait été associé à l'empire neuf ans avant la mort de son père : il suffit de constater que Diodore donne la date de l'exil, du bannissement d'Athènes ou du départ d'Argos, tandis que Thucydide indique indirectement et approximativement la date de l'arrivée à Ephèse.
D'un autre côté, on ne voit pas comment Thémistocle aurait écrit au fils plutôt qu'au père, qui tout naturellement aurait pu se montrer froissé de ce manque d'égards. D'ailleurs, le langage de Thucydide s'oppose à cette hypothèse : il dit expressément qu'Artaxerxès était récemment monté sur le trône. II convient, en outre, de remarquer que la septième année du règne d'Artaxerxès, indiquée dans le livre d'Esdras, tomberait, si l'on tient compte de l'association au trône de ce prince, en la dix-neuvième année de Xerxès, qui devait être alors à Suse. Or, il est difficile d'admettre qu'Artaxerxès, en la présence du roi son père, eût publié, sans même le nommer, un décret dans lequel il se donne lui-même la qualité de « roi des rois », et eût réglé tout comme seul et unique souverain : le langage tenu dans cette circonstance par Artaxerxès n'aurait pas été possible du vivant de Xerxès. Le P. Petau répond à cette objection, en supposant qu'Esdras a compté les années d'Artaxerxès, de l'association de ce prince, comme l'aurait fait Néhémie. Mais si l'on peut admettre que Néhémie, échanson de ce roi, ait compté 'les années de son règne, à partir de son association au trône, on ne voit pas pourquoi Esdras, qui ne vivait pas à la cour, ne les aurait pas comptées, comme tous les historiens, du jour où il commença à régner seul après la mort de Xerxès. Il suffit, du reste, pour renverser cette hypothèse du docte chronologiste, de montrer que sa conjecture relative au double commencement du règne d'Artaxerxès est sans fondement. Nous venons de détruire