‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 140 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

un des piliers de sa démonstration. Le second ne sera pas plus difficile à renverser.

2° En ce qui a trait à la loi ou à la coutume des Perses, elle avait pour but, lorsque le roi partait pour une expédition, de lui faire désigner un successeur, un héritier présomptif. Mais désigner un héritier de la couronne, en cas de décès possible et associer cet héritier au trône, sont deux actes dont les objets sont très différents. C'est la désignation d'un successeur qui était en usage chez les Perses et non pas l'association au trône. Hérodote (liv. VII), s'exprime, en effet, ainsi : Darius entreprenant une expédition contre l'Egypte et contre Athènes, une dispute s'éleva entre ses fils au sujet de la prééminence (rapt xrjç Y]y£txov(r)ç), car il fallait, selon la loi des Perses, que le roi, allant faire campagne, indicât son successeur (successorem nominare regni. — Edit. Didot). Il s'agissait donc de désigner celui qui serait roi, dans le cas où le roi périrait à la guerre ; c'était un rex designatus -, mais un héritier présomptif, un successeur désigné, un dauphin, un prince de Galles, un Kronprinz (prince de la couronne), n'est pas un associé au trône. Ainsi, l'hypothèse d'une association au trône d'Artaxerxès repose sur l'interprétation inexacte de la coutume des Perses et se heurte à une objection qui lui ôte toute vraissemblance. Il est, d'ailleurs, facile de voir que Xerxès qui, d'après le môme Hérodote, fut désigné par Darius pour être son successeur, ne fut pas, pour cela, associé au trône : il n'est pas dit qu'il régna avec son père, les historiens ne lui donnent que 20 ou 21 ans de règne, et ils ne datent ces années que de la mort de son père. A plus forte raison n'est-on pas autorisé à dire qu'Artaxerxès — dont la désignation au trône n'est indiquée nulle part — a été assoeié à la couronne et a régné pendant quelques années en même temps que Xerxès.

Une autre objection, faite contre la conjecture de l'illustre chronologiste, est fondée sur une autre invraissemhlance : on ne s'explique pas comment Xerxès se serait associé Artaxerxès, le second de ses fils, par préférence à Darius, qui était l'aîné; et on ajoute aussi que ce roi n'aurait pas attendu jusqu'à la douzième année de son règne pour faire une association, qu'il n'avait pas jugé à propos de faire lorsqu'il passa en Grèce. Le P. Petau répond que Darius, le fils aîné de Xerxès, était né avant que son père montât sur le trône. Il trouve qu'une raison semblable avait déterminé Darius d'Hystaspe, le père de Xerxès, à l'associer à l'empire, par préférence à Artobazane, son

aîné (Hérodote, liv. VII). Cette raison dut produire le même effet par rapport à Artaxerxès, et on y trouvera le motif qui empêcha Xerxès de faire cette association à la cinquième année de son règne, lorsqu'il passa en Grèce : Artaxerxès ne pouvait avoir alors que six ans au plus, car il était né depuis l'association de Xerxès à l'empire, faite deux ans avant la mort de Darius. Or, il eût été imprudent d'attacher ]a destinée de la monarchie au sort d'un prince, qu'un âge aussi faible aurait exposé aux entreprises d'un frère aîné, ambitieux et jaloux : il n'en était pas de même en la douzième année du règne de Xerxès. A cette époque, Artaxerxès aurait eu de treize à quatorze ans, et il aurait été en état de se présenter à ses sujets et de les maintenir sous son sceptre. Mais cette réponse est basée sur une fausse analogie. Il est vrai que Darius l'Hystaspide désigna pour lui succéder son second fils, né depuis qu'il avait été élu roi par ses collègues. Mais il faut remarquer qu'il n'était pas prince royal lorsqu'il obtint le trône usurpé par le faux Smerdis. Il est vrai que, dans ces inscriptions, Darius se donne comme un descendant d'Achéménès, mais on sait très bien que du temps de Cambyse, il n'était qu'un de ses généraux, et qu'il n'avait, comme les autres nobles persans qui tuèrent l'imposteur et qui choisirent un des leurs pour monter sur le trône, aucun droit à la couronne -, il voulut que le prince qu'il déclarait son héritier fut fils de roi et put se dire fils de roi. Xerxès n'avait pas une raison semblable : Artobazane, son fils aîné, était le petit-fils du roi Darius et fils du prince royal Xerxès , il se présentait donc comme le prétendant naturel de la race royale ; et la distinction entre un prince né d'un père prince royal, héritier désigné du trône, et un prince né de ce prince royal déjà monté sur le trône, est trop subtile pour que les Perses en aient jamais tenu compte. Il en eût été tout autrement si Xerxès eût été de condition privée et que, comme son père Darius, il eût été proclamé roi des Perses par de simples officiers ses égaux. D'où il suit que l'hypothèse du savant homme, que nous combattons bien à regret, ne repose sur aucun fondement solide. Aussi comprenons-nous très bien que l'évêque Huet et d'autres érudits n'aient pas été de l'avis de ce chronologiste éminent. Son opinion est toutefois adoptée encore de nos jours par quelques commentateurs et par quelques apologistes. Ainsi, nous trouvons, parmi ces derniers, H. Wallon qui, ayant supposé que «l'ordre de rebâtir la ville date delà vingtième année d'Artaxerxès, depuis son association au trône »

Page 1