CHAPITRE IX
{De la croy. due à l'Evangile, p. 390), pense que, de la sorte, Artaxerxès monta sur le trône en 474, et que sa vingtième année tombe en 454. Le savant professeur et académicien conclut de là que les soixante-neuf semaines de Daniel (483 ans) mènent à l'an 783 de Rome (30 de l'ère vulgaire), année qui est la quinzième de Tibère, pendant laquelle eut lieu le baptême de Jésus-Christ. De sorte que cette année-là ouvre la dernière semaine, dont les premiers trois ans et demi mènent à la pâque de l'an 33, époque où fut immolé le divin Rédempteur. Mais nous avons vu que l'association sur laquelle repose *ce système n'est pas prouvée; nous avons montré aussi que la prophétie ne date pas de la « sortie de la parole », du décret donné par Artaxerxès à Néhémie, mais de celui que reçut Esdras Nous devons donc nous en tenir à la thèse qui est conforme au texte de la prophétie et qui s'adopte parfaitement aux événements qui y sont prédits.
Les soixante-dix semaines considérées comme composées d'années lunaires. - Les partisans du système qui fixe l'édit pour rebâtir Jérusalem à la vingtième année d'Artaxerxès, s'y sont pris encore d'une autre manière pour obtenir les quatre cent quatre-vingt-dix ans. Jules Africain, suivi par Théodoret Zcnaras, Bède, Rupert, Huet, a supposé que la prophétie a en vue des semaines simplement lunaires de trois cent cinquantequatre jours. Ces exégètes acceptent la chronologie d'après laquelle la vingtième année du règne d'Artaxerxès (444) n'a précédé celle de la mort du Sauveur que de quatre cent soixanteseize ans. Mais ils pensent que les semaines de Daniel ne comprennent que des années lunaires, lesquelles étant plus courtes de onze jours que les années solaires ou juliennes, donnent depuis le mois de Nisan de la vingième année d'Artaxerxès jusqu'au mois de Nisan de la trente-troisième année de notre ère, quatre cent quatre-vingt-dix années lunaires et trois mois et demi ou soixante-dix semaines d'années et cent cinq jours Mais cette opinion est rejetée par la plupart des commentateurs et des théologiens, qui trouvent, avec raison, que la prophétie ayant été faite pour les Juifs, n'a emplové d'autre forme d'année que celle qui était en usage chez ce peuple. Or, les Juifs ne se sont jamais servis d'années lunaires simples. Il faut remarquer, en effet, que, quoique à l'égard de certaines fêtes les Juifs aient été guidés par des années lunaires, ils ne manquaient pas en ajoutant, de temps en temps, un mois intercalaire, de les égaler aux années solaires (cfr. Nie. de Lyre, Genèse, oh. VUI ;
Torniel, à l'an du monde 1656; Pererius, sur la Genèse, liv. 13; Mariana, De die mortis Christi, cap. 9 ; Riccioli, Chronol. reform., t. I, lib. 1, cap. 10-, Sigonius, De Rep. Hebr., lib. 3).
La raison de cette manière d'agir est évidente, et il suffit, pour en comprendre la nécessité, de voir que l'année lunaire, dont le commencement, perpétuellement ambulatoire, parcourt successivement toutes les saisons, est directement opposée aux dispositions de la loi de Moïse, qui fixe au printemps la Pâque et le commencement de l'année ecclésiastique, et qui attache celui de l'année civile au septième mois, c'est-à-dire à l'automne de l'année ecclésiastique des Juifs. S'ils avaient fait usage d'années lunaires, le mois de Nisan (qui correspond au 15 mars-15 avril) aurait passé dans tous les mois de l'année solaire, et ainsi la Pâque, qui devait se célébrer dans le premier mois, aurait eu lieu en été, en hiver, en automne. Or, on sait que l'usage n'a jamais varié chez les Juifs de célébrer la Pâque au printemps, et on lit dans le Deutéronome (ch. XVI, 1) : Observa mensem novarum frugum, et verni primum lemporis, ut facias Phase Domino Deo tuo. Aussi Nicolas de Lyre constate-t-il que, dans l'Ancien -Testament, les supputations doivent se faire par années solaires et que tout le monde Ta ainsi compris (in. cap. IX, Dan.). Pour admettre qu'il s'agit d'années lunaires dans notre prophétie, Bède et quelques autres se fondent sur la traduction latine (hebdomades abbreviatœ) et ils en concluent que les soixante-dix semaines auraient été abrégées, raccourcies ou composées de semaines plus courtes que les autres, qui ne sauraient être que des années lunaires. Mais Gabriel ne s'est exprimé ni en latin ni en grec, et nous avons vu (p. 898), que le texte hébreu ne parle pas de semaines abrégées, mais de semaines décrétées. Le sentiment de Jules Africain n'a donc pu avoir qu'un faible écho, et on doit reconnaître qu'il ne repose pas sur une base suffisamment établie.
L'opinion die ceux, qui font venir Néhéniie en Judée sous le règne d'4rtaxerxès II Alnémon est absurde. — Scaliger {De Emendatione temporum, lib. VI) a prétendu que le décret de Néhémie fut donné par le second roi du nom d'Artaxerxès. C'est une chose impossible. Ce roi monta sur le trône en l'an 404, et, dès lors, Néhémie serait arrivé à Jérusalem la vingtième année de son règne, c'est-à-dire l'an 384 avant notre ère. Or, Néhémie ne vivait plus à cette époque. Pour mieux réfuter cet anachronisme, il nous suffira d'exposer la théorie bizarre par laquelle Scaliger en viendrait à établir que Néhémie, qui rebâtit les