‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 142 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

murs de Jérusalem, vivait du temps d'Alexandre le Grand. Pour prouver cette opinion, ce savant chronologiste a recours à Josèphe (Antiqq., liv. XI, eh. VIII), d'après lequel Sanballat qui s'opposa à la reconstruction, reprise par Néhémie, vivait au temps où Alexandre faisait le siège de Tyr. D'où il suivrait que Néhémie vivait aussi à cette époque et que, dès lors, ce ne peut être Artaxerxès Longuemain qui lui permit d'aller rebâtir Jérusalem, mais bien Artaxerxès Mnémon. Mais cette allégation ne provient que d'une méprise de Josèphe. Cet historien a vu, dans la sainte Ecriture (II Esdr. XIII, 28), qu'un petit-fils du grand prêtre Eliasib fut chassé par Néhémie pour être devenu gendre de Sanballat et pour avoir de la sorte violé la Loi en épousant une étrangère. Mais c'est dans son imagination seulement que Josèphe a vu que cet événement avait eu lieu sous le règne d'Artaxerxôs Mnémon. Cette erreur s'explique, d'ailleurs, aisément. On sait que les livres d'Esdras et de Néhémie ne disent rien des rois de Perse à partir d'Artaxerxès Longuemain : ils furent clos peu de temps avant ou peu après la mort de ce prince. Il s'en est suivi que beaucoup de juifs, s'en tenant à leurs saints Livres, n'ont connu que les cinq rois de Perse qui y sont mentionnés : Cjrus, Assuerus (Cambyse), Artaxerxès (le faux Smerdis), Darius d'Hystaspe et Artaxerxès (Longuemain). D'un autre côté, Daniel (XI, 2) se contente d'indiquer cinq rois de Perse ; de sorte que, après avoir montré le dernier de ces rois aux prises avec les Grecs et passant les autres sous silence, il va droit à Alexandre. Ne comprenant pas le motif de cette transition, beaucoup de juifs, qui n'ont pas tenu des registres de leur propre histoire ou qui ne les ont pas consultés et qui ignoraient l'histoire des Perses, se sont imaginés que cet empire n'avait eu que cinq rois. Josèphe qui, sur ce point, n'en savait pas plus que les autres juifs, ne mentionne que les cinq premiers rois et confond le dernier d'entre eux, Artaxerxès Longuemain avec Artaxerxès Mnémon ; puis, ne disant rien de Xerxès II, de Sogdien, de Darius Nothus et d'Artaxerxès Ochus, il passe à Alexandre, et il met ainsi sous le règne de ce conquérant des événements qui se sont passés sous Artaxerxès Longuemain. Ainsi, la preuve de Scaliger ne repose que sur une inadvertance de Josèphe. Il était peu au courant de l'histoire des rois de Perse et il a, au sujet du temps dont il s'agit, embrouillé l'histoire de sa nation. De cet anachronisme, Scaliger n'a pas eu de peine à conclure que l'Artaxerxès, qui permit à Néhémie de reconstruire les murailles de la ville, ne saurait

être le roi surnommé Longuemain, car dans ce cas le célèbre échanson aurait vécu trop longtemps. Mais nous avons pu voir que les rapprochements sur lesquels il s'appuie ne reposent que sur des malentendus.

Une autre preuve, sur laquelle Scaliger appuie sa malencontreuse hypothèse, n'est pas plus sérieuse. Il remarque que, dans le livre de Néhémie (ch. XII, 22), il est fait mention de Jeddoa (Jaddus) et de Darius, roi de Perse. Scaliger se hâte de conclure que ce Darius ne peut être que Codoman. Mais en lisant plus attentivement le texte, on voit qu'il nous apprend seulement que « les noms des chefs des familles lévitiques et des prêtres qui vivaient du temps d'Eliasib, de Joiada, de Johanan et de Jeddoa avaient été écrits'sous le règne de Darius, roi de Perse » (II Esdr., XII, 22). Evidemment, on n'avait pas attendu le règne de Darius Codoman, le roi de Perse détrôné par Alexandre, pour écrire les noms des chefs de ces familles lévitiques. Ce travail fut fait dès l'époque de la reconstruction du Temple et de la réorganisation dû culte mosaïque, c'est-à-dire du temps de Darius d'Hystaspe. Le texte de Néhémie devait dès lors s'arrêter au nom d'Eliasib, grand prêtre à cette époque. On s'explique, d'ailleurs, aisément, comment les noms de Joiada, de Johanan et de Jeddoa ont été introduits plus tard dans le texte : ils proviennent d'une glose dont le but était de marquer la succession de ces grands prêtres et de compléter le récit de Néhémie. Ainsi, ces adjonctions, qui sont fréquentes à propos des généalogies, ne prouvent pas que Néhémie ait vécu du temps de Jeddoa (Jaddus), qui alla au devant d'Alexandre et désarma la colère de ce prince.

L'impossibilité de faire vivre Néhémie à cette époque ressort, du reste, d'un fait que nous allons signaler. Remarqons d'abord que le roi qui lui permit d'aller à Jérusalem était contemporain du souverain sacrificateur Eliasib : c'est bien, en effet, Eliasib qui était revêtu de cette dignité lorsque Néhémie vint à Jérusalem avec cette autorisation (II Esdr., III, 4). Or, il conste, d'un autre côté, qu'aucun Artaxerxès, autre que celui qui est surnommé Longuemain, n'a pu être comtemporain d'Eliasib. D'où il suit que c'est ce roi seul qui a pu donner l'autorisation à Néhémie. La mineure de notre raisonnement est démontrée par la liste généalogique des grands prêtres qui se sont succédé depuis redit de Cyrus. Néhémie nous l'a transmise (XII, 10, et 11) : ce sont Josué, Joachim et Eliasib. Or, Esdras nous apprend que Josué, père de Joachim, au retour des juifs en Pales-

tine, avait des fils de vingt ans et au-dessous, préposés à la construction du Temple (I Esdr., III, 8, 9). On sait, d'un autre côté, que le souverain pontificat passait par succession du père à l'aîné de ses fils, et, dès lors, on doit reconnaître que Joachim, qui succéda à Josué, était son fils aîné. Comme , dans ce temps-là (520 av. notre ère), il était âgé au moins de vingt ans, il faudrait admettre qu'il aurait eu cent trente-six ans lorsque Artaxerxès II Mnémon monta sur le trône, en 404, et il aurait vécu au moins jusqu'à cette époque. En effet, Eliasib, son fils qui lui succéda, ne pouvait pas avoir plus de vingt ans de souverain pontificat lorsque Néhémie vint à Jérusalem pour la première fois, c'est-à-dire, d'après cette hypothèse, en 384, car il fut souverain sacrificateur pendant quarante ans (Josèphe, Antiq., XI, 7), et il vivait encore au retour de Néhémie, retour qui n'aurait pu guère avoir lieu avant l'an 3fi7. Néhémie avait dû revenir à Suse à l'époque fixée pour son retour auprès d'Artaxerxès. Il nous dit lui-même, d'ailleurs, qu'il revint à la Cour dans la trente-deuxième année du règne de ce roi ; il fit auprès de lui un séjour de quelques années après lesquelles il obtint son congé du roi « à la fin des jours» (Il Esdr., XIII, 6). On ne sait combien de temps il resta à Suse, mais il dut y faire un séjour assez prolongé (cinq ans d'après Prideaux), car, lorsqu'il revint à Jérusalem, il constata que des abus graves s'y étaient produits, et il n'est pas probable que, pendant une absence de courte durée de ce grand homme, les désordres se fussent développés si promptement dans l'entourage du grand prêtre. Admettant la date de Prideaux pour le séjour de Néhémie à Suse, son arrivée à Jérusalem aurait eu lieu en 367. Eliasib aurait eu alors trente-sept ans de pontificat. On sait, d'ailleurs, qu'il vivait encore quelque temps après, lorsque Néhémie chassa de Jérusalem son petit-fils (le fils de Joiada, fils d'Eliasib, grand prêtre — et non pas comme quelques-uns traduisent : fils du grand prêtre Joiada, fils d'Eliasib), qui avait épousé la fille de Sanballat le Horonien (II Esdr., XIII, 28). Dès lors, le commencement du souverain pontificat d'Eliasib pourrait encore être retardé de plusieurs années et la vie de son père Joachim aurait duré plus de cent quarante ans. Une prolongation de vie si extraordinaire montre assez que ce n'est pas Artaxerxès Mnémon qui permit à Néhémie d'aller à Jérusalem pour la rebâtir. On sait, d'ailleurs, qu'Eliasib mourut la onzième année de Darius Nothus (413 ans avant notre ère), et qu'il eut pour successeurs Joiada, Johanan et laddouâ (nommé laddous par Josèphe), contemporain d'Alexandre le Grand.

Il est à regretter que de Saulcy se soit laissé égarer, à ce sujet, par le récit confus de Josèphe qui, peu au courant de l'histoire perse et embrouillant les faits relatifs à l'histoire juive de cette époque, a fait revivre le Sanballat , contemporain de Néhémie, au temps du siège de Tyr par Alexandre le Grand (an. 382). C'est un quiproquo qui fourmille d'anachronismes. De Saulcj, qui s'y est laissé entraîner, suppose donc qu'Esdras reçut son décret des mains d'.\rtaxerxès II Mnémon, en l'an 397, et il place à l'année 384 «la reconstruction ou plutôt la remise en état des murailles de Jérusalem par Néhémie » (Sept siècles de rhistoire jud., p. 43 ; Les Machahêes, p. 75). De sorte que cette ville aurait été rebâtie, depuis peu de temps, depuis seize ans seulement, lorsqu'Alexandre vint à Jérusalem (an. 332). Cependant plus de cent ans avant cette époque — nous le verrons plus loin — Hérodote avait remarqué que cette ville sainte était une grande ville.

Conclusion : donc le point de départ des semaines prophétiques ou, en d'autres ternies, la date de l'édit donné pour rebâtir Jérusalem, coïncide avec Tannée julienne 458 avant l'ère de grâce. — Il ressort, en effet, de l'étude du texte sacré (p. \ 060 et ss.), que les soixante-dix semaines doivent se compter à partir du décret donné à Esdras par Artaxerxès Ier en la septième année ne son règne. -D'un autre côté, nous avons vu que, d'après la chronologie des rois de Perse, telle que nous la transmettent Hérodote, Diodore de Sicile et le Canon de Ptolémée, la septième année d'Artaxerxès coïncide avec la troisième année de la quatre-vingtième olympiade. C'est aussi le sentiment d'Eusèbe (Chronic.) et de Jules Africain (Cfr. saint Jérôme sur Dan., ch. IX). Nous avons constaté, d'ailleurs (p. \ 075 et ss.), que cette année correspond à l'an 458-457, comme l'admettent Petau, Riccioli, Cornélius a Lapide, etc. Les PP. Petau et Riccioli font, il est vrai, coïncider la troisième année de la quatre-vingtième olympiade avec l'année 458 ; mais cette différence provient de ce que l'année olympiadienne, commençant en été, se trouve pour ainsi dire à cheval sur deux années juliennes, car celles-ci commencent en janvier. De sorte que l'olympiade quatre-vingttrois commence vers le milieu de 458 et finit vers le milieu de 457. Il suit de là que quelques critiques, tels que Pusey, font commencer les sept semaines en 458. Nous avons reconnu, en effet, que Xerxès mourut dans les premiers mois de 465 et que son fils ne lui succéda qu'après un interrègne de sept mois, en novembre ou décembre de la même année. Donc, à

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