CHAPITRE IX
proprement parler, la septième année d'Artaxerxès commence à la fin de 458 et concourt avec l'année olympiadienne et juive 4 58-457. C'est pourquoi Esdras qui fait commencer en décembre 758 la septième année du règne de ce prince a pu dire qu'il arriva à Jérusalem dans cette même septième année, quoiqu'il y soit arrivé dans l'automne de l'an 457. On a pu conclure aussi de la mention des mois, faite par Esdras et par Néhémie, que ce prince monta sur le trône entre Ab et Kislëv (novembredécembre) de l'année 465. De sorte que nous pouvons constater encore de cette façon que la septième année d'Artaxerxès commence en décembre 458. Le décret dut être donné à cette époque, trois mois avant le départ d'Esdras qui se mit en route au mois de Nisan (mars-avril) de l'an 457. Ainsi, le décret obtenu par l'illustre Docteur de la Loi date de l'année juive et olympiadienne 458-457, qui est comptée par Esdras comme une année sabbatique, ainsi que nous le verrons plus loin. Mais pour adapter cette manière de compter à la nôtre et pour simplifier le calcul, nous pouvons regarder l'année 457 comme étant la première année des soixante-dix semaines. Nous avons dit qu'il devait y avoir eu environ trois mois entre la date du décret et le départ de la colonie juive. Nous croyons pouvoir ajouter que celle-ci, connaissant déjcà les intentions bienveillantes d'Artaxerxès, avait peut être songé, quelque temps avant « la sortie de la parole, » à faire des préparatifs de départ, et qu'ainsi elle fut en état de se mettre en marche, au mois de Nisan, à la suite du grand Sofër qui la conduisait.
A ces 457 années, si nous ajoutons 33 ans, car — comme nous le démontrerons — la Passion de Jésus-Christ eut lieu l'an 33 de notre ère, nous trouvons une somme de 490 années qui constituent les soixante-dix semaines de la prophétie de Daniel. De sorte que Cornélius a Lapide a pu dire très justement : Ex hoc evidenti annorum calculo, necessario sequitur, initium horum 490, annorum ab anno 7, Artaxerxis sumendum esse (in cap. IX, Dan.).
La période tics sept premières semaines et leur point d'accomplissement. — L'Ange a mis à part ces semaines, parce qu'elles offraient une prophétie très consolante pour les Juifs fidèles, et parce qu'elle était très propre à les rassurer et à les affermir au milieu de la dispersion et de l'état d'anéantissement où ils se trouvaient : à partir du jour où fut donné cet oracle divin, ils savaient que le relèvement d'Israël aurait lieu. L'Ange avait porté leur attention sur l'œuvre de la reconstruction de leur ville, entrevue dans une perspective relativement peu éloi-
gnée (101 aus), et sur l'apparition plus éloignée du Messie. Nous avons vu combien importante devait être cette période (p. 962 et p. 1072) : le rétablissement de l'Eglise et de l'Etat des Juifs était nécessaire, au point de vue des desseins du Très-Haut, pour la formation future du royaume des cieux. D'un autre côté, la promesse d'une réédification de Jérusalem devait produire une foi énergique, une confiance absolue dans le nouvel avenir qui était réservé au peuple messianique. Plus tard, l'accomplissement de cette promesse devait frapper, convaincre les esprits et les porter à faire attention à la suite de la prophétie. De sorte que l'exécution de la première partie de cet oracle servait de preuve et d'assurance pour ce qui devait s'exécuter au bout des soixante-neuf semaines au sujet du Messie.
Il est vrai que la reconstruction de Jérusalem et la reconstitution du peuple élu devait se faire dans un temps d'angoisse pénible. Mais il y a là, précisément, une raison de plus pour que l'Ange ait voulu signaler aux Juifs, afin de soutenir leur courage, les difficultés, les traverses que leurs ennemis devaient leur susciter. Les enfants d'Israël pouvaient s'attendre à des temps fâcheux et difficiles ; ils pouvaient se voir forcés d'être toujours en armes contre les peuplades hostiles qui les entouraient, et qui les forceraient d'interrompre leurs travaux. Mais ils savaient aussi que cette situation précaire et périlleuse aurait un terme, et que pendant les quarante-neuf ans arriverait un moment où la construction de la ville se poursuivrait régulièrement -, ils savaient que, après avoir réprimé des aggressions et des actes de brigandage, leurs ennemis seraient déçus dans leurs projets hostiles, et que l'œuvre serait enfin conduite à sa perfection. C'est ce qui arriva : l'angoisse des temps eut lieu d'abord, dès le temps d'Esdras (II Esdr., I, 2 et 3) et ensuite après l'arrivée de Néhémie («6., IV, 1 et ss. ; et ch. VI). Mais enfin, ce confident du roi de Perse put terminer les fortifications de Jérusalem et s'occuper d'en relever les maisons et d'y attirer de nouveaux habitants {ib., XI, 1). Cette réédification de Jérusalem demandait bien quarante-neuf ans. La prophétie de Daniel nous apppend qu'il n'en fallut pas davantage : au bout de ce temps, la réorganisation de la nation juive fut complète ; à partir de cette époque, le peuple juif avait définitivement surmonté les oppositions, les inimitiés, les intrigues des peuplades environnantes : Jérusalem était devenue une ville , la nation juive s'était retrouvée, et elle pouvait continuer sa mission providentielle. Ainsi, quarante-neuf ans après le décret daté de la