CHAPITRE IX
seront rebâtis ». Ce trait de la prophétie est d'une telle clarté, qu'il n'est pas possible, aux critiques, de l'entendre d'une autre manière, s'ils veulent s'en tenir au texte. Mais il s'en trouve qui ne manquent pas d'en retrancher ou d'j introduire ce que leur imagination leur suggère. Ainsi, Wieseler trouve que les commentateurs messianiques pourraient tout aussi, bien s'arrêter à l'édit de Darius d'Hystaspe (I Esdr., VI, 12). Le texte donne une réponse à cette objection : cet édit ne permet pas de rebâtir la ville (voy. p. 4 056). Wieseler trouve ensuite que le texte porterait d'ailleurs : « Depuis la reconstruction intégrale de la ville , jusqu'à la reconstruction intégrale de la ville » ; et il trouve que c'est une conception absurde , car le point de départ et le point d'arrivée se confondent (was ein Ungedanke ist, da terminus a quo und terminus ad quem zusammenfallen. — [Die 70 Wochen , etc., p. 82). Cette objection prouve que le critique ne tient pas compte des données de la prophétie. Il n'est cependant pas difficile de voir qu'il s'agit d'abord d'un décret permettant de reconstruire Jérusalem (terminus a quo), et que le terme final [terminus ad quem) ou le terminus intermedius des sept semaines est l'achèvement de l'œuvre de la reconstruction de la ville : au bout de quarante-neuf ans, à partir de l'édit donnant des pouvoirs pour la rebâtir, Jérusalem sera rebâtie. Il y a ainsi une distinction et un intervalle entre le point de départ et le point d'arrivée : la période qui s'écoulera entre l'un et l'autre sera le temps de la restauration et du relèvement de Jérusalem. Entre le décret et l'accomplissement de la chose décrétée, il pouvait s'écouler de nombreuses années.
Une autre objection de ce critique n'est pas plus sérieuse : il lui plaît de faire abstraction des circonstance précises de la prophétie et de la comparer à un oracle qui aurait annoncé à Napoléon sa destinée en ces termes : « Compte depuis un combat encore deux ans, et puis tu seras exilé dans une île déserte. » (Wie halte Z. B. dem Napoléon 1S04 folgendes Orakel gestellt icerden kbnnen : liechne von einer schlacht noch 2 jahre und dami wirst du auf einer ivuste Jnsel verbannt iverden. — Ibid, p. 80). Et il trouve que cet oracle aurait été inintelligible. Evidemment, une pareille prophétie, adressée au plus grand capitaine des temps modernes, aurait été adaptée à une infinité d'événements possibles : la bataille de Leipzig n'eût pas été suffisamment indiquée. Mais peut-on faire un pareil reproche à la prophétie de Daniel ? Il y est parlé d'un édit caractérisé d'une façon spéciale et au
sujet duquel les Juifs ne pouvaient pas se tromper ; et, quant à l'accomplissement de l'événement prédit, ils n'ont jamais pu en douter : il y avait là un fait qui crevait les jeux. Nous ne refuserons pas, du reste, d'admettre avec le professeur allemand que, sous un rapport, le décret visé par l'oracle devait être un décret divin : nous ne doutons pas, en effet, que le décret d'Artaxerxès ne fut inspiré de Dieu (voy. p. 1071).
Rôle des semaines sabbatiques dans notre prophétie. — Bosanquet tient, avec raison , pour certain (undoubtely true) qu'Esdras rétablit le comput et l'observance de l'année sabbatique [loc. cit., p. 55); il constate ensuite que Prideaux n'a pas trouvé une correspondance entrjî les semaines de Daniel et les années sabbatiques, et que, par suite, il a regardé ces années jubilaires comme inutiles (useless), pour l'intelligence de la sainte Ecriture et des temps dont il s'occupe. Cette impuissance du doyen de Norwich provient de ce qu'il a mal débuté dans sa manière de compter les semaines de Daniel. Elles commencent dans l'année 458, laquelle fut certainement sabbatique : cette année finit au printemps de l'année 457, et elle doit être comptée comme la première année sabbatique des soixante-dix semaines. C'est un fait prouvé par le premier livre des Machabées et par Josèphe, qui constatent que l'an 164 av. J.-C. fut une année jubilaire (1). Un calcul fort simple montre très bien que, par suite, l'année 458-457 fut également sabbatique. Le calcul du P. Petau à ce sujet est parfaitement exact (De Doctr. Temp., lib. V, c. 27 ; lib. IX, c. 26). D'un autre côté, il est constant par le témoignage de Diodore de Sicile [lib. XI), suivi par tous les chronologistes, que la septième année du règne d'Artaxerxès Longuemain commença dans le courant de la troisième année de la quatre-vingt-troisième olympiade, c'est-à-dire de l'été 458 à l'été 457. Or, ce fut pendant cette année qu'Esdras reçut le fameux décret (2). Il est, dès lors, facile de voir le rôle que
(1) On sait que les semaines d'années sont dites sabbatiques, à cause de la dernière semaine, pendant laquelle, suivant l'ordre de Dieu, il n'était point permis de cultiver la terre (Ledit., XXXV).
(2) Comme Artaxerxès avait commencé son règne en décembre 465, Esdras a pu dire très justement — ainsi que nous l'avons déjà remarqué — que la septième année d'Artaxerxès n'était pas encore révolue après le solstice d'été de l'an 457. Ce grand lettré a pu, en effet, constater que, en arrivant à Jérusalem, au commencement du cinquième mois de l'année juive, à compter du printemps ou du mois de Nisan, la septième année du règne d'Artaxerxès était encore en cours.