CHAPITRE IX
de l'ère vulgaire et que, dans l'année 26-27, le Messie prédit doit se manifester. Nous n'avons donc, pour voir s'il en a été ainsi, qu'à comparer le prophète avec les historiens, la prédiction avec les événements.
Le Messie-Chef a paru au temps prédit, c'est-à-dire l'an 27 de notre ère, dans la personne de Jésus de Nazareth, qui fut Oint, à l'époque de son baptême, et qui, dès cette année, commença à prêcher l'Evangile du royaume de Dieu. — A l'époque précise révélée par Dieu comme étant celle de la manifestation du Messie, Jésus fut sacré, oint du Saint-Esprit et déclaré Christ-Chef. L'oracle divin n'a pas négligé de fixer le point d'arrivée de la période des soixante-deux semaines ou de la période totale des soixante-neuf semaines : la prophétie nous en donne pour caractéristique précise l'apparition du Messie ou Christ-Chef. Or, la fin de la soixante-neuvième semaine est marquée par un fait capital, le fait de l'apparition de Jésus de Nazareth qui s'est manifesté comme le Messie et comme l'auteur de toutes les bénédictions que doit amener la soixante-dixième semaine. Mais, à ce sujet, il faut remarquer d'abord que l'expression « jusqu'au Christ-Chef » ne signifie pas jusqu'au Christ- Chef « naissant », mais jusqu'au Christ-Chef « oint Saint des Saints », et commençant à agir comme tel. Or, ces deux qualités d'Oint et de Chef sont devenues propres à Jésus-Christ, à partir de l'époque de son baptême, qui fut celle de son sacre ou de son onction. La prophétie n'a évidemment pas en vue l'année de sa naissance ; mais bien celle de son sacre : la preuve en est dans la prophétie elle-même. En effet, au verset 27, il nous est annoncé qu'il confirmera une alliance dans une semaine — qui suit immédiatement la soixante-neuvième et qui est la soixante-dixième — qu'il sera retranché à la fin de cette semaine, et que les sacrifices prendront fin. Donc, le had (jusqu'à) ne se rapporte pas à sa naissance, mais à l'époque où, apparaissant comme Messie et commençant sa carrière messianique, il prêchera le royaume des cieux, affermira une nouvelle alliance, abolira le culte judaïque, et donnera sa vie pour expier les péchés du monde. C'est là une conclusion indiscutable que le P. Petau a très-bien résumée dans le passage suivant : (Doctr. Tempor., tom. I, 12, ch. 33 -, tom. II, p. 264) : 69 hebdomades desinunt in Christian ducem, non nascentem, sed in lucem apertumque prodeuntem, se que ad oiy.ovojj.tav et x^puciv accingentem h. e. iu baptismum ipsius, qui anno primo sepluagesimœ hebdomadis incurrit. C'est donc l'année où Jésus fut oint d'En haut, l'année où il
ontra dans l'exercice de son ministère public et où, en un mot, il a apparu comme Messie-Chef, qui doit être considérée comme correspondant au point d'accomplissement des soixante-neuf semaines de la prophétie.
Nous avons donc à démontrer maintenant que l'onction ou le sacre messianique fut solennellement manifesté en Jésus-Christ au moment de son baptême, et que cette manifestation ou Epiphanie eut lieu l'an 27 de notre ère, première année de la soixante-dixième semaine.
Ce fut, en effet, à l'époque de son baptême, que Jésus fut oint et que les deux qualités de Messie et de Chef furent reconnues en lui : Jésus fut oint au baptême, lorsque le Saint-Esprit descendit sur lui et que, par suite, il commença à faire acte de prédicateur et de fondateur du royaume des cieux. Puisque l'Ange n'a pas en vue l'année de la naissance du Messie, mais celle de sa manifestation, il est clair qu'il ne s'agit pas, dans ce passage, de l'onction de la sainteté et de la divinité que Jésus posséda, dès le premier instant de sa conception, par son union à la seconde personne de la très sainte Trinité. Il ne saurait être question, dans la prophétie, que d'une manifestation publique de cette onction, manifestation qui devait attester visiblement le caractère de l'Oint ou du Messie.
Or, ce fut au temps fixé dans les conseils de Dieu (Marc, I, \ o, Gai. IV, 4), pour l'accomplissement des promesses qu'il avait faites, par Lui même et par les prophètes, à Abraham et à son peuple ; ce fut à l'époque mathématiquement indiquée par l'ange Gabriel, que Jésus vint demander le baptême à Jean- Baptiste. Ce saint précurseur et grand prophète appelait alors toute la nation juive à la conversion, à la repentance pour la rémission des péchés : il prêchait aussi l'avènement prochain du royaume des cieux : c'était l'apostolat de la préparation ""au règne messianique. Au moment prédit, Jésus voulut donc se mêler aussi à la foule qui accourait vers Jean : il voulut recevoir le baptême figuratif et se reconnaître chargé de péchés ; il commençait à être, ici, comme il le sera bientôt sur la croix, le représentant de l'humanité coupable; de sorte que ce baptême est un acte de son ministère au même titre que sa passion et sa mort.
Nul n'ignore, d'ailleurs, que ce baptême, dans lequel Jésus se substitua à l'humanité coupable, fut, ainsi que l'attestent les saints Evangiles, suivi d'une intervention surnaturelle, qui marqua le moment où Jésus reçut l'onction, la consécration