CHAPITRE VIII
(Exod. VIT, 4; XII, 44). C'est aussi le peuple de Dieu que la vision indique ici comme l'armée où l'assemblée de Jéhovah. Il s'agit, dans le passage que nous analysons, du peuple choisi, du peuple de Dieu, de l'Eglise de l'ancienne alliance, en un mot, du « peuple des saints » (de l'Ancien Testament), groupé alors dans la Judée, ham qedosim, comme l'Ange l'explique au verset 24 {ham qedosim, le peuple des saints). « L'armée du ciel», mentionné ici, ne comprend donc pas seulement les Lévites, les hommes illustres ou les chefs de la nation juive : il s'agit de cette nation considérée dans son ensemble. La vision assimile «aux anges le peuple des saints, » le peuple de Dieu, le peuple appelé saint parce que ses membres devaient former une nation sainte (Exod. XIX, 6), et aussi parce qu'ils avaient le privilège des révélations divines et d'une présence toute spéciale du Très- Haut au milieu d'eux. — b Et elle jetta, vattaffêl, troisième
personne futur hiphil (faire tomber, jeter) de Sdj. c Min haz-
zeba'. La préposition -jp (de), prise ici dans un sens partitif, indique qu'il s'agit d'une partie, d'une fraction, de quelquesuns ou de plusieurs des membres de l'assemblée sainte. — *Et des étoiles. Le vav est ici explicatif, et il indique qu'il s'agit de l'armée owdes étoiles. En effet, cette expression figurée désigne très bien le peuple des saints On sait que les saints sont comparés à des étoiles à cause de l'éclat de leur vertu. Les Juifs devaient être comme un peuple d'étoiles qui avaient pour mission de faire briller la lumière divine à travers les ténèbres du polythéisme. — o Et elle les écrasera, vattirmesêm, troisième personne futur kal de Dpn5 il a foulé aux pieds, il a écrasé, il a opprimé. Les Juifs fidèles furent massacrés par les ordres d'Antiochus Epiphane. C'est à tort qu'on a cru que les étoiles abattues représentent ceux d'entre les Juifs qui renoncèrent à leur religion. Ces apostats ne furent pas maltraités par le tyran.
11. Etf elle grandit* jusqu'au prince de l'armée h ; et elle lui ravit1 le Perpétuel (sacrifice)'; et le lieu de son sanctuaire k fut profané l.
f Le vav (et) a ici le sens de « môme, aussi. » — g II devint grand, puissant, higdil. Antiochus s'éleva orgueilleusement jusqu'au Très-Haut, il s'attaqua à Dieu ; et il parut avoir en quelque sorte l'avantage sur Dieu lui-môme : il profana son temple, interrompit son sacrifice, souilla son autel, pervertit
son peuple et fit mourir ses adorateurs. L'emploi du verbe masculin au lieu du verbe féminin que le nominatif ( "pp corne), féminin en hébreu, exigeait, indique que le Voyant saisit, sous l'emblème, le roi, le persécuteur, que la corne représente. — hLe prince de l'armée 'du ciel, du peuple des saints de cette époque). Il n'est ici question ni du grand-prêtre Onias, comme l'ont pensé Ephrem (trompé par la paraphrase des LXX) et Grotius ; ni, comme le suppose Palmer, de l'archange Michel ou de l'ange protecteur (X, -;/l). L'expression de «son sanctuaire», qui suit immédiatement, prouve suffisamment qu'il s'agit de Dieu, du Dieu du ciel, du roi d'Israël. — ' Et de lui il ravit, ab eo (Deo) abstulit... Le pronom suffixe laïap offre ce sens et le ketib q>"V7 (de j^jîp. être haut, élevé; hiphil, élever, enlever, ôter) est irréprochable; d'autant plus qu'il est justifié par le verbe précédent higdîl. D'après le qeri, il faudrait lire C21in hophal de rûm, et traduire : « et par lui fut enlevé,» et ab eo cornu (Antiocho) ablatum est... Cette correction, fort inutile, a été sans doute proposée à cause de la forme passive du verbe huslak qui suit. — i Le tamîd, le perpétuel, sous entendu nSî? (holocauste), pour "p^nn rh'J (holocauste perpétuel, sacrifice de perpétuité). Le subst. tamîd (VDT) perpétuité, durée) désignait toutes les cérémonies quotidiennes du culte lévitique, et principalement l'holocauste que l'on offrait à Dieu soir et matin. Ce sacrifice comprenait la partie la plus importante du culte : c'était proprement le sacrifice continuel, le sacrifice de chaque jour, qui ne devait jamais être interrompu. — k Le lieu de son sanctuaire, le saint temple où Dieu résidait. — ' Fut profané. Le verbe huslak est Y hophal de l'inusité nbu qui signfie, à Yhiphil, a rejeté, repoussé, renversé -, mais qui a aussi le sens de «dévaster» et celui de mépriser, humilier» (jeter à bas, abaisser -, comme le latin projicere (jeter au loin) signifie aussi « dédaigner, ne faire aucun cas (de quelqu'un). » Reuss traduit : « et la place de son sanctuaire fut abattue. » Ce n'est pas « la place » du sanctuaire qui aurait été abattue : la place d'un édifice ne s'abat pas, mais on comprend très bien qu'elle soit dévastée. Lengerke a mieux saisi le sens de ce verbe : il le traduit par : ward preisgegeben (fut livré au pillage), et il ajoute qu'on y trouve aussi l'idée de « traiter avec mépris : » tSiTH steht hier, wie Jer, 9, 4 8, vont Gebaude, das der Verwiistung Preis gegeben wird -, schliesst aber qugleich den Begriff der verachtlichen Behandlung ein, wie das lat. objicere und projicere. Ez. 19, \%,