CHAPITRE IX
quasi Iriginta cum paterelur Adv. Jud., Cap. X). Il y a là deux erreurs : Tertullien oublie que, selon son calcul, l'âge de Jésus indiqué par saint Luc se rapporte à Tan 12 du règne de Tibère-, et, d'un autre côté, il ne donne que trois ans de ministère au divin Sauveur (I). Mais, en somme, il y a, dans ce passage, une interprétation du texte de saint Luc qui concorde avec celle que nous en avons donnée, et de laquelle il suit que le saint Evangéliste a compté à partir de l'association de Tibère à l'empire. Nous avons vu, d'ailleurs, qu'il était en droit d'agir de la sorte, parce que dès ce moment, d'après le décret formel du Sénat, le corégent (le mot corégnant nous manque) posséda sur toutes les provinces ds l'empire et sur toute l'armée, la même puissauce qu'Auguste, c'est-à-dire une puissance absolue. Ainsi, Jésus fut baptisé l'an 779 de Rome et la vingt-sixième de l'ère chrétienne. Il suit de là que, puisque il commençait trente ans, à cette époque, sa naissance a dû tomber en l'an 749 U. C. ou vers la fin de l'an 5 avant cette même ère.
L'exactitude de l'interprétation du texte de saint Luc, d'après
(1) C'est d'après le même raisonnement, et en ne donnant que trois ans de ministère à Jésus, que Jules Africain (voy. s. Jérôme, ch. IX de Dan.) et Lactance [Institut., lib. IV, c. 10) ont cru que Notre- Seigneur fut crucifié la quinzième année de Tibère. Saint-Augustin (De C'œ. Del, lib. XVIII, cap. ult.) et Sulpice Sévère (Hlst., lib. II) ont adopté le même sentiment. Ces doctes personnages ont été amenés à penser ainsi parce que, après avoir mis, comme il convient, le baptême de Jésus à l'an 12 de Tibère, et ne trouvant que trois Pâques mentionnées par les Evangiles, ils ont cru que le divin Maître n'avait enseigné que pendant trois ans, et que, par suite, il était mort l'an 15 de Tibère. Toutefois, Eusèbe (In Chrome), saint Augustin (Lib. 83, Qucst., q. 86), Epiphane (Hœres., 51), saint Jean Chrysostôme (Serin, de nat'w. J. BaptJ, Grégoire de Tours, et Bède, placent la passion à l'année 18 de Tibère. En comptant ainsi, ils prennent pour point de départ le texte de saint Luc ou la quinzième année du règne de Tibère, associé au trône. Bède, Raban Maur, Pierre Comestor, Hugues de Saint-Chair, Denis le Chartreux datent aussi le commencement de la dernière semaine, l'Epiphanie ou le Baptême de Notre-Seigneur, de l'an 15 de Tibère et terminent les soixantedix semaines à la dix-huitième année de ce même empereur. Théodoret, Cyrille de Jérusalem, saint Prosper d'Aquitaine, Isidore de Séville, Jacques d'Edesse, Albert-le-Grand ne diffèrent de ces derniers qu'en ce qu'ils ne terminent les soixante-dix semaines que trois ans et demi après la Passion. Jules Africain, d'après le Chronicon pascale, met l'Epiphanie à l'an 15, le crucifiement à l'an 19 et la fin des semaines à l'an 22 du règne de Tibère. Nicolas de Lyre accepte les mêmes dates cl mot aussi la lin des semaines quatre ans après la mort de Jésus-Christ.
laquelle les années du règne de Tibère doivent être comptées de l'an 11 (octobre) ou de l'an 12 de l'ère vulgaire, est, en effet, conGrmée par cette considération que, si l'on comptait delà quinzième année de Tibère régnant seul ou de l'an vingt-neuf, on se trouverait jeté dans une impasse. Il suivrait, en effet, de là que Jésus-Christ, « commençant environ 30 ans » au moment de son baptême qui aurait eu lieu à cette époque, serait né en 753 ou 752 de Rome, tandis qu'Hérode serait mort en 750. Les faits relatifs à l'arrivéedes mages et au massacre des jeunes enfants de Bethléhem n'auraient pu avoir lieu. Aussi ne sommes nouspas étonné de voir que divers chronologistes (Usserius, Annal., an. M. 4051; Prideaux, Histoire des Juifs, I, XVII ; etc.) ont soutenu que la quinzième année du règne de Tibère ne doit pas compter à partir de la mort d'Auguste, mais du moment où Tibère lui fut associé.
Age tic Jésus au moment de son baptême. — Epoque de sa naissance. — Une des raisons pour lesquelles nous avons placé le baptême de Jésus-Christ dans la quinzième année du règne proconsulaire de Tibère, est que le texte de saint Luc nous indique cette date, en ne donnant à Jésus que trente ans à peine commencés et que cet âge concorde avec l'année la plus probable de sa naissance. L'Evangéliste nous dit (ch. III, 23), en effet, que Jésus était « commençant environ trente ans » (&ae\ ItGjv Tptaxov-a àp/6(j.evo<;), lorsque la descente du Saint-Esprit attesta qu'il était Oint, Messie ou Christ. Il avait commencé sa trentième année ; il avait vingt-neuf ans et trois ou quatre mois, car le baptême eut lieu probablement au printemps de l'an 27. Né en décembre, il avait en mars 29 ans et 3 mois. Quelques chronologistes ont supposé que le mot &aù (environ) permet de croire que Jésus avait plus ou moins 30 ans, et qu'il pouvait n'avoir que 28 ans ou en avoir 32. On est même allé jusqu'à dire que le divin Sauveur, « étant âgé d'environ 30 ans », il peut se faire qu'il en eut 34 ans à l'époque de son baptême, et que la quinzième année du règne de Tibère corresponde à la trente-quatrième de Jésus-Christ. Noël Alexandre a adopté cette opinion (Hist. Eccles., t. IV, p. 275). Les auteurs de VArt de vérifier les dates placent la naissance de Jésus-Christ au mois de décembre de la sept cent quarante-septième année de la fondation de Rome et le baptême à l'an 3 0 de l'ère vulgaire. Wallon dit, à ce sujet : « En l'an 15 de Tibère, c'est-à-dire, l'an de Rome 781-782, Jésus- Christ aurait donc eu de trente quatre à trente cinq ans si on le suppose né le 25 décembre 747, et de trente deux à trente trois s'il est né seulement en l'an de Rome 749 » (De la croyance due à