CHAPITRE IX
tEvangile, p. 360). Mais, interpréter ainsi le passage de saint Luc, c'est en prendre fort à son aise, et nous ne sommes pas étonné que le P. Carluy (Spieilegium, etc., p. 506) trouve que ce système est difficile à accepter : Sed durum est dare vitœ Christi annos 38, et annorwn quasi triginta vocare virum annos natum 3 4 t/2. Sans doute on pourrait peut-être dire d'un homme de 25 à 35 ans qu'il a «environ » ou « comme 30 ans ». A certain point de vue, cette opinion de Kepler, au sujet des nombres décimaux, n'est pas sans valeur (Deanno nat. Christi, XII, p. 1 40, 141). Mais l'expression de saint Luc est plus précise : Jésus « commençait environ (ou comme) 30 ans » ; il entrait dans les 30 ans ; il yavait 30 ans commencés ou 29 ans et quelques mois lorsqu'il procéda au premier acte de sa vie publique. Ainsi, ce texte désigne une date rapprochée de la trentième année: Jésus devait avoir de 29 à 30 ans. S'il se fut agi d'une année différente de la trentième — de la vingt-neuvième ou de la trente-et-unième commencées — cette dernière date aurait été indiquée.
Mais pour dissiper ces opinions exagérées relatives à l'âge et à la date de la naissance de Jésus, nous n'avons qu'à nous en tenir au texte. Jésus venait de commencer 30 ans l'an 26 de notre ère. D'où il suit qu'il dut naître à la fin de l'an de Rome 749 ou au commencement de l'an 750, avant la mort d'Hérode. La date de cette mort concorde, en effet, exactement, avec celle de la naissance de Jésus Christ. Il ne sera danc pas inutile de mettre en évidence la date de la mort d'Hérode, et de la rapprocher de& déductions chronologiques que nous pouvons tirer des récits évangéliques. La mort de ce scélérat est justement fixée à l'an 4 avant notre ère. Josèphe nous dit, en effet, qu'il mourut la trenteseptième année depuis que les Romains lui avaient conféré la royauté. Cette année tombe dans la sept cent cinquantième de Rome, la quatrième avant notre ère. Le même historien le fait mourir 34 ans après la défaite d'Antigone, et nous revenons ainsi à la même date, la quatrième avant l'ère vulgaire. Dion est parfaitement d'accord sur tous ces points avec Josèphe. Mais la fin d'Hérode est encore marquée d'une façon plus précise, d'après le même historien juif, par deux signes distinctifs : l'un est une éclipse de lune qui précédacette mort, et l'autre la fête de Pâques qui tomba peu après (Antiq. jud., XVII, VI, 4). Or, on trouve par le calcul que cette éclipse, fort visible en Judée, eut lieu, sous le méridien de Jérusalem, dans la nuitdu4 3au 14 mars de l'an IV avant notre ère (cfr. Whiston, Prœlectiones aslronomicœ, I, in fine) et peu de jours avant la fôte de Pâques. Hérode ayant ex-
pire peu de jours après l'éclipsé, c'est donc justement qu'on place sa mort en cette année-là. Il existe encore, pour confirmer cette date, une preuve, que Vaillant, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles lettres, a, nu siècle dernier, tirée des médailles. Do Saulcy a remarqué également que « cette date est pleinement confirmée par l'étude des monnaies du tétrarque Antipas. « Lamôme thèse vient d'être soutenue^ 888) par le professeur Sattler, de Munich, à l'aide de ces mêmes médailles d'Antipas, auxquelles, a-t on dit à ce propos, mais à tort, il n'avait pas été fait suffisemment attention jusqu'ici. Nos archéologues avaient très expressément constaté ce fait. Ces pièces, qui offrent le nombre exact des années pendant lesquelles ce tétrarque gouverna la Galilée, nous donnent indirectement la date de la mort de son père, Hérode le Grand, laquelle se trouve ainsi fixée à l'an 7 50 de Rome.
Ce point de chronologie bien établi, il s'agit de trouver combien de temps il faut compter entre cette mort et la naissance du Christ. Rien ne s'oppose à ce qu'il soit né vers la fin de l'an 749 de Rome, ainsi que nous l'indique le texte de saint Luc. C'est le sentiment des plus habiles chronologistes. Ainsi, le P. Petau (De doctr. Temp., lib. XII, cap. 2], Usher ou Usserius [Annal., t. II, p. 531), les auteurs des Acta Sanctorum (Diatriba ad mensem aprilem, Exercit. 2, num. 7), Kepler,, Norris, Tillemont (Mémoires pour servir à Vhist. ecclés., t. 1, p. 42 0) ont mis la naissance de Jésus-Christ au 25 décembre de la cinquième année avant l'ère chrétienne. Fréret a aussi très bien démontré (Mém. de VAcad. des Inscrip , t. XX, p. 29 9; XXI, p. 297) que la mort d'Hérode est arrivée dans le cours de la quatrième année avant l'ère vulgaire, et que la naissance de Jésus-Christ date de l'année précédente, cinquième avant notre ère. Ideler et Clinton adoptent la date indiqué par Fréret. Naguère Schegg (Das Todesjahr des Kb'nigs Herodes, etc. — Literarische Rundschau, 188 2) a au^si maintenu cette date.
Si nous n'avions pas le témoignage de saint Luc, on pourrait bien admettre que le Sauveur vint au monde dans le courant de l'année V avant notre ère, 749 de Rome, ou même plutôt Mais nous n'avons aucun motif de retarder cette naissance au-delà du 25 décembre de cette année. On s'est demandé, il est vrai, si, à cette époque de l'année, les bergers auraient passé la nuit dans les champs. On a répondu que d'ordinaire, vers ce temps-là, la Palestine jouit, pendant quelques jours, d'une saison printanière. Mais il n'est pas difficile de comprendre que, à cette épo-