CHAPITRE IX \ I I
le Messie-Chef apparaîtra au bout des 7 + 62 semaines (vs. 25) ; puis, il déclare que ce Messie sera retranché (vs. 26). Mais il convient de remarquer, à ce sujet, que l'envoyé céleste ne dit pas que le Messie sera exterminé immédiatement, avant d'avoir entrepris son œuvre et fondé son royaume. Gabriel nous indique, au contraire, que cette mort du Messie n'aura lieu que lorsqu'il aura conclu, pendant une semaine, une alliance avec de nombreux élus (vs. 27). Ainsi le Christ ne sera pas mis à mort tout de suite, puisqu'il fait une alliance pendant sept années, au bout desquelles l'ancienne alliance cessera d'exister.
D'autre part, à propos du mot ha'zi (division, demi), nous avons vu (p. 1007), que ce mot signifie le point d'intersectiou ou de section des soixante-dix semaines et des périodes d'années qui doivent suivre; c'est le point de partage, la division solennelle des soixante-dix semaines et des siècles qui devaient leur succéder. La version des Septante nous a aussi permis de constater qu'une ancienne leçon portait qazî (fin) au lieu de hazi, qui lui-même ne répugne pas, non plus, à avoir cette signification. Ainsi entendue, la prophétie nous apprend que la mort du Messie sera l'événement qui « partagera en deux » la durée des siècles, et que, à la fin des soixante-dix semaines, s'accomplira le grand drame qui domine l'histoire du monde. On comprend aisément, du reste, que si le retranchement du Messie, qui fit cesser « immolation et oblation », avait dû avoir lieu au « milieu » de la semaine, l'Ange aurait dit : « Une demi-semaine confirmera une alliance... » Si le Messie eût dû ne consacrer qu'une demi-semaine à fortifier cette alliance, l'Ange n'aurait pas dit qu'il l'a fortifierait pendant une semaine. Gabriel compte donc une semaine pour la période de la confirmation de l'alliance ; et, en disant que cette œuvre de la fondation de l'alliance ou du royaume de Dieu durera une semaine, il fixe à la fin de cette semaine le retranchement du Messie.
Telle est la prophétie. Montrons maintenant que, conformément à ce qui était prédit du Christ, Jésus a noué et fortifié, pendant une semaine, son alliance messianique, et que, à la fin de cette semaine, ayant sanctionné et scellé cette alliance dans son propre sang, il abrogea, par sa mort et par son sacrifice, les sacrifices de l'ancienne loi. Remarquons d'abord qu'une semaine de ministère est attribuée à Jésus par les textes évangéliques qui fixent son baptême à l'an 26 et sa Passion, à un vendredi, qui — ainsi que nous le verrons bientôt — n'a pu tomber à une veille de Pàque ou à un 14 Nisan, que dans l'année 33 de notre
ère. D'où il suit que le ministère de Jésus-Christ n'a pas seulement duré trois ans et demi, comme on le croit généralement, mais qu'il a duré du printemps de l'an 26 au 3 avril de l'an 33, c'est-à-dire une semaine d'années ou sept ans.
Nous n'ignorons pas, du reste, que le temps pendant lequel a duré la carrière messianique de Jésus n'a pas été fixé d'une façon rigoureuse par les commentateurs. Ajant négligé de faire le rapprochement que nous venons d'indiquer, ils n'ont pu connaître au juste cette durée d'après les autres données chronologiques des écrivains sacrés, parce que ceux-ci ne mentionnant que quelques fêtes de Pâque, ne nous ont pas transmis une vie détaillée et complète du divin Maître. Clément d'Alexandrie pense que Jésus ne prêcha qu'un an selon cette prophétie d'Isaïe : Ul prœdicarem annum placabilem Domino (LXI, 2). Mais le mot « année » a ici le sens de période et il ne suffit pas pour prouver que le ministère de réconciliation et de grâce que le Messie devait exercer doit être restreint dans l'espace d'une année. L'Evangile de saint Jean parle, d'ailleurs, de trois fêtes de Pâque célébrées par Jésus-Christ après son baptême, et il n'est évidemment pas possible de les faire arriver dans une même année. D'autre part, l'opinion de saint Irénée (lib, II, c. 39), d'après lequel Jésus avait enseigné, après son baptême, l'espace de vingt ans, est inadmissible. Le Christ aurait été crucifié treize ans trop tard, ou il faut reculer d'autant le baptême de Jésus et, par suite aussi, le règne de Tibère.
D'après une opinion généralement admise, le ministère de Notre-Seigneur n'aurait duré que trois ans et demi. Ce sentiment repose sur le nombre de Pâques mentionnés par les récits évangéliques. Il est très vrai que saint Jean nous permet de croire que la prédication de Jésus-Christ a duré au moins trois ans et demi. Cet Evangéliste mentionne, en effet, trois Pâques (II, 13; V, \ -, VI. 4), et une quatrième qui suivit le jour où le Sauveur fut « retranché » et mourut sur la croix. Ainsi, il est vrai que les Evangiles ne mentionnent que trois ou quatre Pâques célébrées après le baptême de Jésus-Christ. Mais ce nombre de Pâques ne suffirait, pour fixer la durée du ministère de Jésus et marquer l'année de sa mort, que si les écrivains sacrés s'étaient proposés de nous transmettre un récit complet de la vie missionnaire de Jésus-Christ. Or, on sait très bien que les saints Evangiles ne nous offrent pas* un journal détaillé ou une histoire arrangée chronologiquement et d'une façon suivie de la vie du divin Maître. Il suffisait au Saint-Esprit, inspira-