CHAPITRE IX
teur de ces récits, que nous en connaissions assez pour que les besoins de nos âmes se trouvent satisfaits. Saint Jean nous apprend, d'ailleurs, — et nous devons ne pas l'oublier — que Jésus a fait plus de choses que les Evangélistes n'en ont rapportées, et que si l'on voulait citer en détail toutes ses paroles ou retracer toutes ses actions, il faudrait un grand nombre de livres (ch. XXI, 25). Il peut donc se faire que, en nous en tenant aux récits évangéliques, nous ne sachions pas au juste combien de Pâques Jésus a faites après son baptême, et combien d'années il a vécu depuis cette époque.
Nous apprenons, d'ailleurs, par ces saints livres, que, parmi ses disciples, Jésus en choisit douze qu'il nomma apôtres (Luc VI, 13) ; et nous constatons aussi que l'époque de ce choix n'est pas fixée. Nous sommes donc ainsi amenés à nous demander si Jésus n'a pas prêché pendant quelque temps avant la vocation et l'institution du groupe des Douze, et si les Apôtres et les Evangélistes ne se sont pas attachés plus particulièrement à ce qui concerne le ministère de Notre-Seignear en Galilée, se proposant surtout de transmettre, oralement ou par écrit, ce dont ils avaient été eux-mêmes témoins. Saint Luc n'a dû lui-même
— comme il nous l'apprend du reste — puiser son évangile de l'enfance et les renseignements qu'il nous donne, que dans le même milieu (ch. I, 1, 2). On comprendrait ainsi déjà qu'un apostolat de trois ans en Judée ait pu être passé sous silence par les Evangélistes.
D'un autre côté, même d'après leurs saints Ecrits, on constate que Jésus n'a pas négligé la Judée et sa capitale. Si l'on n'admettait pas une prédication prolongée de ce divin Sauveur à Jérusalem, on ne comprendrait pas le reproche qu'il adresse à cette ville dans ces mémorables paroles : « Jérusalem, Jérusnlem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu! » (Matth. XXIV, 37J. Il faut aussi reporter notre pensée sur la parabole du figuier (Luc XIII, 6-9), qui ne donne pas de fruits et au sujet duquel le Maître dit : « Il j a déjà trois ans
— allusion aux trois premières années passées en Judée — que je viens chercher du fruit à ce figuier sans y en trouver : coupez-le donc ; pourquoi occupe-t-il encore la terre ? » Si Jésus n'avait f;iit que trois ou quatre courtes visites à Jérusalem, aux fêtes de Pâques, il eût été difficile de dire qu'il avait, pendant trois ans, demandé vainement des fruits à ce figuier, qui représente la nation juive. Lorsqu'on connaît les desseins de Dieu sur son peuple, on ne peut s'empêcher de croire que Jésus a dû
pouvoir dire : « Que pouvais-je faire à ma vigne que je n'aie point fait? » On ne s'expliquerait donc pas que le divin Maître n'eût par consacré un temps considérable pour appeler à lui les âmes fatiguées de Jérusalem et des pays circonvoisins : on ne comprendrait pas qu'il n'eût pas employé quelques années de son ministère à prêcher le royaume des cieux dans la contrée même où se trouvaient les scribes, les docteurs de la Loi et les hommes les plus influents du judaïsme. Jésus a dû s'appliquer — nous croyons pouvoir le déduire des observations précédentes — à réveiller chez eux les espérances messianiques, à provoquer le repentir, à annoncer le pardon aux pécheurs et à les délivrer du fardeau qui pesait sur leur cœur. Mais comme il leur présentait. une image du Messie très différente de celle que s'en formaient, à cette époque, les docteurs, les prêtres et les magistrats juifs, Jésus, se voyant repoussé, se concentra plus spécialement en Galilée où il choisit ses apôtres, et où il noua plus étroitement la nouvelle alliance. Toutefois, après que les Juifs eurent refusé de l'entendre et que Jésus eut borné sa mission à évangéliser la Galilée, il profita des fêtes de Pâques, qui suivirent son retour dans ce pays, pour prêcher à Jérusalem l'Evangile, qui annonçait la réalisation des bénédictions promises au verset 24 de notre neuvième chapitre.
Nous pouvons constater aussi, d'après les Evangiles, que les amis et les disciples que Jésus s'étaient faits à Jérusalem, prouvent qu'on y avait entendu souvent sa prédication : il avait acquis dans cette ville une situation qui suppose un long séjour. Ainsi, on ne voit aucune raison d'enfermer l'activité de Jésus dans une durée de trois ans et demi, et nous sommes autorisés à admettre que les Evangélistes n'ont pas raconté toutes les Pâques et toutes les visites que Jésus a faites à Jérusalem pendant la cours de son ministère.
En tenant compte de ces remarques, nous arrivons à reconstituer ainsi la semaine de grâce que le Très-Haut accorda à son peuple, pour l'amener à reconnaître le Messie qu'il lui envoyait. Après son baptême, suivi d'une période de recueillement, de mortification et de prière, pendant quarante jours, Jésus commença son ministère actif en Galilée, où il enseigna dans les synagogues (Luc IV, 15). Cette courte apparition dans ce pays étant terminée, Jésus vint à Jérusalem où il inaugura son ministère de prophète, de missionnaire et d'évangéliste. S'étantposé, dans cette ville et dans les contrées voisines, en réformateur des mœurs pharisaïques et sadducéennes, il y rencontra de l'op-