CHAPITRE IX
divin Rédempteur a rendu le dernier soupir au moment où l'on sacrifiait l'agneau pascal. On sait que cet agneau était immolé le 14 Nisan, entre 3 et 6 heures de l'après-midi (entre les deux soirs. — Exode, XII, 6). Le jour de la Passion fut donc le 14 Nisan (cfr. Petau, — Doctr. Temp., XII, 15 et 16). D'un autre côté, il n'est pas douteux que ce 14 Nisan n'ait été, cette année là, un vendredi. Saint Jean dit, en effet : « Comme c'était la veille du sabbat, afin que les corps ne demeurassent pas sur la croix, car ce sabbat était un grand jour» (XIX, 31). Le vendredi était appelé parascève (préparation), parce qu'il était le jour de la préparation au sabbat (samedi). Mais le vendredi de la Passion porte ce nom dans un sens plus intense, parce qu'il était aussi, dans cette année, la « préparation » à la fête de Pâques. C'est aussi pour ce motif que cette fête tombant un jour de sabbat, saint Jean (XIX, 31) l'appelle « un grand sabbat, » un sabbat plus solennel que les autres. C'est ce que constate aussi la liturgie chrétienne, d'après laquelle Jésus fit la scène un jeudi soir, au commencement du 1 i de la lune de mars, et mourut le lendemain vendredi, vers la fin du 14, à trois heures de l'après-midi (au moment où commençait « l'entre les deux soir » ). On sait aussi, d'après le même enseignement, que Jésus passa dans le tombeau une partie du vendredi, tout le samedi et une partie du dimanche, dans la matinée duquel il réssucita.
Il importe maintenant de remarquer que la 14 Nisan n'a pu tomber un vendredi, dans la période que les textes nous imposent, que dans l'année 33 de notre ère. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à consulter les tables astronomiques et on trouvera qu'elles ne nous offrent que cette année 33 qui remplisse cette condition ; d'où il suit que ce fut dans cette année que « le Christ fut retranché. » En effet, d'après les calculs astronomiques, dans l'année 33 de l'ère vulgaire, la nouvelle lune de mars se produisit le 19 de ce mois-, et elle ne fut visible à Jérusalem que le 20, de sorte que, selon l'usage des Juifs, le premier jour de Nisan commença le 20 mars au soir, qui était un vendredi (du jeudi soir au vendredi soir) ; et ainsi le 1 4 du même mois de Nisan tomba le jeudi soir, 2 avril, et finit le vendredi au soir, 3 de ce même mois. Les autres années qui sont voisines de la mort de Jésus-Christ n'offrent pas ce caractère : il n'y en a aucune dont le 14 Nisan ou le jour de la pleine lune tombe un vendredi. D'où il suit, que Notre-Seigneur mourut le 3 avril de l'an 33 de notre ère (1).
(!) Cette date est adoptée par Roger IBacon, Tostat, Paul de Burgos, Regiomontanus, Riccioli, Usscrius, Géncbrard, Joseph Scajir
En remontant de cette année à l'an 458, où nous avons vu que se place la septième année d'Artaxerxès Longuemain et le commencement des soixante-dix semaines de Daniel, nous trouvons qu'il y a juste 490 ans en soixante-dix semaines d'années depuis cette septième année jusqu'à l'an 33 de l'ère vulgaire. De sorte, que la mort de Jésus-Christ eut lieu 490 ans après la « sortie de la parole » ou après la promulgation de l'édit que ce roi de Perse accorda à Esdras. D'où nous devons conclure qu'il n'y eut jamais rien de plus mathématiquement exact que la supputation prophétique que Daniel nous a transmise. Il est impossible de ne pas voir que le Très-Haut a dirigé les événements de manière que la prophétie s'est accomplie dans tous les détails et a point nommé.
Le parfait accord de la prophétie de Daniel avoe tout ce qui concerne Jésus de Nazareth démontre que le Crucifié de l'an 33 de notre ère est le Messie, l'Homme-Dieu que nous adorons, Celui-là même que tant d'autres prophéties avaient annoncé. — Le rapport manifeste entre ce qui a été prédit-du Messie et ce que Jésus-Christ a fait, est établi par tout ce que nous avons dit jusqu'ici. Il en résulte une démonstration de l'accomplissement historique de la prophétie de Daniel dans la personne de Jésus, fils de Marie, et une preuve de la messianité de ce divin fondateur de l'Eglise messianique ou chrétienne. La révélation faite à Daniel par l'envoyé céleste s'applique, en effet, parfaitement à Jésus-Christ, et elle ne peut s'appliquer qu'à lui. Cette thèse est fondée, non seulement sur
ger, Casaubon, Tillemont, Noël Alexandre, Grandamicus, etc. L'Arf de vérifier les dates place aussi la mort de Jésus-Christ au vendredi 3 avril de l'an 33. Le même sentiment est partagé par de Saulcy (Numlsm. hébraïque, p. 146), Wallon, etc. Le P. Riess met aussi le crucifiement du Sauveur en 786 U. C. ou l'an 33 de notre ère. Les divergences des Pères et des commentateurs s'expliquent, comme nous l'avons vu déjà (p. 1007), par leurs opinions chronologiques mal établies et par leur interprétation inexacte des textes évangéliques. Quelques-uns fixent la mort du Christ à l'an 28 (Hégésippe, Prosper) ; d'autres à l'an 29 (Tertullien, Contr. Jud., Jib. VIII; Jules Africain, dans saint Jérôme, au ch. IX de Daniel; Lactance, Institut. 44, 10; saint Augustin, De Clo. Del, lib. XVIII, cap. ult. ; Sulpice Sévère, Hlst., lib. II; et, parmi les modernes, Norris, Pagius, Bonjour, etc.); à Fan 30 (saint Cyrille) ; à l'an 31 (Jules Africain, seconde manière, Eusèbe de Césarée, saint Epiphane, saint #Jean-Chrysostôme , Orose) ; à l'an 32 ^Baronius, Zumpft, etc.).