‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 160 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Il est vrai que la royauté messianique était surtout une royauté spirituelle (Jean, XVIII, 36). Pour Jésus, le royaume messianique est constitué par une rénovation morale du monde, sans aucune arrière-pensée politique : ce royaume a pour but l'amélioration finale et définitive de l'humanité. Aussi , en employant le mot nagid (chef) au lieu du substantif melêk (roi), l'Ange a t-il voulu indiquer que l'Oint ne serait pas simplement un roi à la façon des rois de la terre, mais un oint dont la royauté politique serait différente de celle qui se borne à des intérêts d'un ordre secondaire. Gabriel montre par le choix de ce mot qu'il avait en vue la mission de l'Oint qui devait être à la fois « préposé, chef, conducteur, roi, prêtre et évangéliste » (voy. p. 938). Le Messie-Nagîd est spécialement l'Oint révélateur, le Guide spirituel du peuple de la nouvelle alliance, le Roi du cinquième empire.

Cette royauté spirituelle, distincte de celle de David et de ses successeurs, avait été déjà annoncée par Jérémie. En effet, après avoir prédit que le roi Joachin ou Jéchonias serait emmené en captivité à Babylone, le prophète ajoute qu'il ne naîtrait, de ce roi, personne qui monterait sur le trône de David (ch. XXII, 29, 30) : « Terre, terre, terre, écoutez la parole du Seigneur : Voici ce que dit le Seigneur : Ecrivez que cet homme sera stérile ; que rien ne lui réussira durant sa vie, et qu'il ne sortira point d'homme de sa race, qui soit assis sur le trône de David, ni qui exerce à l'avenir la puissance souveraine dans Juda. » C'est là le terme et la fin des promesses temporelles faites à David : il n'aura plus de successeur de sa race sur son trône. Seulement, cette prophétie n'a trait qu'à un règne terrestre : c'est pourquoi c'est à la terre que Jérémie s'adresse pour annoncer la fin d'un règne et d'un ordre de choses qui ne regarde que la terre. Mais, pour qu'on ne crut pas que toutes les promesses faites à David étaient révoquées ou épuisées, le prophète, dans le chapitre suivant (vss. 5 et 6), après avoir parlé des mauvais pasteurs qui foulent aux pieds le peuple de Dieu, prédit que Dieu prendra lui-même soin de son troupeau, qu'il suscitera à David un descendant qui régnera avec sagesse et avec justice : Suscitabo David germen justum : regnabit Rex et sapiens erit, et faciet judicium, et justiliam in terra. In diebus illis salvabitur Juda, et Israël habitabit confidenter, et hoc ett nomen, quod vocabunt eum. Dominus Justus noster (Jehovah Justitia nostra). 11 suit, de là, que les promesses faites à David s'accomplissent; mais dans un nouvel ordre, bien plus important; et c'est ce nouvel accomplis-

sèment que l'Ange fait remarquer à la sainte Vierge, quand il lui dit, en parlant de Jésus, que Dieu lui donnera le royaume de David son père, et que son règne n'aura point de fin. C'est de la royauté de l'éternité, du règne des cieux, qu'il s'agit ici. L'ange Gabriel évita donc de donner au Messie la qualification de mëlëk (roi) ; parce que sa royauté devait être différente de celle des rois de la terre : il fallait tenir en garde les juifs contre la tentation de ne voir, dans le Messie, qu'un roi politique. Mais le môme ange annonçant à Marie l'incarnation de Jésus, déclare qu'il possédera le trône de David et qu'il régnera éternellement sur la maison de Jacob, afin de faire voir que le fondateur du royaume spirituel n'en possédera pas moins une souveraineté universelle, et que le Christ-Chef sera toujours le dominateur d'Israël, le chef et le maître des nations.

Les caractères du Chef-le- Venant conviennent à Jésus- Christ. — Pour montrer que le Messie-Nagîd aura une action directe sur les vicissitudes humaines, l'Ange se hâte donc de le désigner comme le Chef-le-Venant qui devait conduire l'armée romaine contre Jérusalem (voy. p. 983). L'expression « Le Venant » était un des noms du Messie : le « venir » du Seigneur était l'objet de toutes les prophéties; et le Nagid était aussi désigné par ce mot, parce qu'il est représenté dans le livre de Daniel (VII, 13, 14) comme venant sur les nuées du ciel et recevant de Jôhovah le gouvernement du monde. Tout en étant, quand même, le roi des juifs, le Messie-Chef doit être aussi considéré comme le roi des nations (voy. pp. 981, 982). Il est nommé « le Venant », d'un côté, parce qu'il était le « Désiré », le centre des espérances de tous ceux qui attendaient la délivrance d'Israël, et, d'un autre côté, à cause des nombreuses parousies qui devaient marquer sa présence, son intervention dans l'histoire de l'humanité. Or, Jésus a été connu sous le nom de « Le Venant » (voy. p. 982). Les Juifs ont reconnu dans le psaume 118 un sens messianique qui fut appliqué à Jésus par la foule, qui l'accompagnait en chantant le verset 26, de ce hallel : « Béni celui qui vient au nom du Seigneur » (barûk habbo1 besem Yehovah). Le peuple saluait en Jésus « Celui qui devait venir » (ô ip^6|x£voç Iv ôv6[j.axt Kupcou — Matth. XXI, 9), le Désiré , le Messie. Quelques-uns même l'acclamaient en disant : « Béni soit celui qui vient Roi au nom du Seigneur » (Luc, XIX, 38). On savait que, d'après Daniel, sa venue n'était pas seulement prochaine, imminente, mais que l'heure de son règne était venue.

Page 1