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CHAPITRE IX

Mais cet avènement du Messie sur la terre, au commencement de notre ère, n'excluait pas les interventions successives du Nagid-Habbo' dans le gouvernement des hommes, Ainsi, c'est, d'après Gabriel, sous la conduite de ce Chef-le-Venant, que le flot dévastateur, le peuple romain engloutit Jérusalem et son temple dans des ruines qui furent un objet d'épouvante pour tous les peuples. Vespasien et Titus n'étaient, en effet, que des instruments dans la main de Celui qui régit le monde. Jésus ressuscité est le roi d'un royaume qu'il dirige et qu'il gouverne (in reges occultum imperium exercet — eorumque animis et cogitationibus interest). Il vint à Jérusalem comme Christ- Chef {Dux fuit belli), et dans cet avènement du Messie on dut reconnaître la main de Dieu (voy. p. 1032-1033). Sans cesse, du reste, il vient en jugement, tantôt pour le châtiment et tantôt pour la délivrance. Il nous en avertit lui-même quand il dit : Negotiamini donec advenero (Luc, XIX, 13). Dès le jour de son ascension au ciel, il préside dans la gloire comme Roi des rois et comme juge des vivants et des morts. C'est ce que Jésus atteste lui-même, lorsque le grand-prêtre l'adjura de déclarer s'il était le Messie, le Fils de Dieu : « Oui », répondit Jésus, et il ajouta : « Dès à présent (àrS à'p-n) vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel » (Matth., XXVI, 64N (1).

(1) Saint Marc dit tout simplement : « Vous verrez le Fils de l'homme, etc. » (XIV, 62), et, d'après saint Luc (XXII, 69), Jésus s'exprime ainsi : « Désormais [ànb tou vuv) le Fils de l'homme sera assis à la droite delà Puissance de Dieu ». Il ne suit pas de là que les membres du Sanhédrin aient vu « dès cet instant », le Christ glorifié. Le passage de saint Matthieu doit donc s'expliquer comme celui où, se plaignant de Jérusalem, Jésus s'écrie : « Dès à présent? vous ne me verrez plus ». Car il est évident qu'il voulait seulement dire : bientôt, au bout de quelque temps, et non pas : dès cet instant. De même, lorsque Jésus déclare la Samaritaine que « le temps est venu (ep-^eToci xa\ vuv icmv), où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » (Jean, IV, 23), il veut dire que le culte mosaïque va « bientôt. » cesser. Ainsi, le Sanhédrin ne devait pas voir, dès l'instant où Jésus lui parlait, que le divin Sauveur était assis à la droite du Père; et l'accusé savait très bien qu'on ne l'y voyait pas en ce moment ; mais il a voulu dire que le sanhédrin le verrait bientôt venir comme juge; et que, dès ce moment, commençait la condamnation et la ruine des Juifs. Jésus attestait ainsi sa messianité, et il s'attribuait, comme étant le Chef-le-Venant, une action dans cette série de calamités, qui se répandirent sur les Juifs, et qui aboutirent à la destruction de Jérusalem par Titus, et à cette désolation qui continue encore de nos jours.

L'alliance avec nombreux que le Messie devait conîroteler avec une multitude de disciples fut nouée et confirmée par Jésus-Christ. — Le personnage annoncé par Gabriel devait conclure une alliance avec « nombreux ». Or, on sait très bien que Jésus a contracté et confirmé, dans l'espace de la dernière des soixante dix semaines, par sa prédication, par ses miracles et par sa mort, une alliance avec un peuple nouveau (cfr., Epît. aux Hébreux, VIII et IX), et que c'est par millions que les âmes ont été attirées dans sa sphère d'action, dans le royaume messianique. Les débuts de cette alliance sont attestés par les Juifs. Derenbourg (Histoire de la Palestine, p. 203), remarque, en effet., très justement que, d'après le Talmud, « l'histoire évangélique se résume dans une courte phrase : « Jésus fit des prodiges, séduisit et égara les masses. » rPTîV n>Dm O 1U> D>2"in Wianm (Sota, 47 a ; Sanhédrin, 107 a). En réalité, il a fait sortir le judaïsme de lui même et, l'ayant élevé à des hauteurs sublimes de foi et de piété, il a établi une alliance universelle, un nouveau pacte avec ses disciples et avec tous ceux qui, dans la suite des siècles, croiront en lui, avec les nombreux fidèles, en un mot, qui entreront dans l'Eglise chrétienne. Jésus faisait évidemment allusion à cette alliance prédite par Daniel, lorsque., instituant le sacrement de l'Eucharistie, ayant pris la coupe et rendu grâces, il la donna à ses apôtres en disant : « Buvez-en tous : car ceci est mon sang (le sang) de la nouvelle alliance, lequel sera répandu pour nombreux en rémission des péchés » (Matth., XXVI, 27, 28; cfr. Hébr., XI, 15, 16; Galat., IV, etc.).

Jésus mis à u.ort met fin, par son sacrifice expiatoire, aux sacrifices de la loi mosaïque. — Le Messie annoncé par Daniel doit être retranché, et l'on sait que Jésus à été crucifié pour le salut du genre humain (Luc, XXIV, 45-47). Ce crucifiement ne saurait, toutefois, empêcher les Juifs de reconnaître que Jésus est le Messie, car l'immolation est un des caractères du Messie, comme l'indiquent assez ces paroles d'Isaïe (LUI, 7 et ss.) : « Il a été couvert de plaies pour nos iniquités ; le Seigneur a mis sur lui les iniquités de nous tous..., il sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger..., il a été retranché de la terre des vivants. » On comprend, du reste, ce sacrifice, lorsqu'on sait que le Messie promis devait expier l'iniquité de la terre et amener justice éternelle.

On comprend aussi très bien, dès lors, comment le Messie devait mettre fin au culte mosaïque ou, en d'autres termes, être cause de la cessation du sacrifice et de l'oblation. Par sa mort,

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Jésus devint la Victime expiatoire, qui accomplit et remplaça, par son sacrifice, tous ceux de l'ancienne loi, qui n'en étaient que la figure (Epît aux Hébr., ch. X; Jean, XIX, 30). Aussi, apprenons-nous que, aussitôt après sa mort, la désolation entra dans le Temple ; le voile du sanctuaire se déchira de haut en bas et s'ouvrit en deux parties (voy. p. 1011), et les portes s'ouvrirent toutes seules (p. 1012), pour apprendre aux Juifs que la vérité n'est plus voilée par des ombres et des figures, qu'elle est manifestée à tous les hommes ; que le sanctuaire du ciel, figuré par celui du temple, ne leur est pas inaccessible ; que le Prêtre éternel, selon l'ordre de Melchisédech , établi de Dieu avec serment, et prédit par David, vient de l'ouvrir, et qu'il y entre en y introduisant tous ceux qu'il rendra participants du fruit de sa mort.

Les Juifs ne peuvent nier Taccompliseement de cette jartie de la prophétie ; ils savent très bien que peu de temps après la mort de Jésus, le culte légal et officiel de Jéhovah cessa d'exister ; l'unique autel qui devait servir à ce culte fut irrévocablement renversé. Depuis ce moment, la législation mosaïque est devenue pour eux une lettre morte, parce qu'elle n'est plus praticable : hors de la Judée, les ordonnances civiles et cérémonielles du Pentateuque ont dû nécessairement tomber en désuétude. Celles qu'on observe, étant détachées de tout l'ensemble du culte qui les vivifiait, sont sans valeur. Cette abrogation de la loi rituelle date virtuellement du jour de la mort du Messie, et, en fait, de la période du siège de Jérusalem et de la destruction du Temple. Déjà Jésus avait annoncé cette abrogation du culte judaïque^ lorsqu'il dit à la Samaritaine que, désormais, on n'adorerait plus exclusivement ni sur la montagne de Garizim ni à Jérusalem (Jean, IV, 23). Il ajouta même que l'heure de cette adoration était venue (fp/exai xa\ vuv laxtv), indiquant ainsi que l'institution du nouveau culte ne tarderait pas. Il a pu même regarder l'heure de cette adoration comme ayant commencé, avec son ministère, avec la semaine consacrée à établir la nouvelle alliance, et, dès lors, il a considéré aussi comme commencée l'abrogation du culte mosaïque et de la loi rituelle.

Dès lors, le peuple juif, qui a rejette Jésus-Christ, le Messie, et a déclaré n'avoir pas d'autre roi que César, n'est plus son peuple. Jésus-Christ s'en forma un nouveau de tous les peuples de la terre, ainsi qu'il avait été promis aux patriarches et prédit par les prophètes. Ainsi, la prophétie faite par l'Ange à Daniel commença à s'accomplir dès que les Juifs eurent prononcé ces

paroles abominables : « Crucifiez-le.... Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! » (Matth., XXVII, 23, 25). Le peuple qui l'avait ainsi rejeté cessa donc d'être son peuple : il fut constaté que les J uifs avaient repoussé et crucifié celui qui devait rassembler Israël, et qu'ils ne voulaient pas entrer dans la nouvelle alliance. L'Evangile du royaume passa donc aux vrais enfants du Dieu vivant, Juifs et Gentils, qui se convertirent à Jésus-Christ et furent ainsi mis en possession des promesses. La mort de Jésus fut suivie du « temps décrété » sur Jérusulem er sur le Temple : déluge de maux et ruine. — La mort de Jésus-Christ est le dernier événement des soixante-dix semaines-, c'est la dernière date contenue dans cette période; mais cette mort n'est pas le dernier événement prédit par l'oracle : l'an 33 n'est pas un point terminus, un non ultra de la prophétie, car elle nous dit que la mort du Christ sera suivie d'une profanation et d'une destrution de Jérusalem et du Temple. En effet, après avoir vu, au verset 25, que l'apparition du Messie a été mise en relation causative avec les bénédictions indiquées au verset 24, nous avons constaté, aux versets 26 et 27, que la mort violente de ce même Messie a été mise en opposition causative avec la destruction de la ville et du sanctuaire. Les dernières paroles de la prophétie messianique annoncent donc que, jusqu'à la consommation décrétée par Dieu, c'est-à-dire jusqu'à l'entière destruction de Jérusalem, un dévastateur ferait pleuvoir sur la (ville) dévastée un déluge de maux. L'accomplissement de cette prophétie, ce prœcisum de destruction, indiqué aussi par Jésus-Christ, lorsqu'il pleura sur Jérusalem (Luc, XIX, 41-44), et lorsqu'il recommanda à ses apôtres d'être attentifs à la désolation prédite par Daniel (Matth., XXIV, 4 4 ; Marc, XIII, 14j, eut lieu au temps où les aigles abominables ayant pénétré dans la Terre sainte, l'armée romaine répandit un déluge de maux sur la ville et sur le temple. Ce sanctuaire, devenu inutile par l'abolition des sacrifices figuratifs de Ja Loi, fut abandonné d'abord à la profanation et ensuite aux flammes. L'armée romaine ou le peuple du Chef le-Venant mit le siège devant Jérusalem, où la nation juive, rassemblée pour la fête de Pâques, fut surprise et renfermée. Après des luttes acharnées et des maux innombrables, la ville fut détruite de fond en comble et le temple brûlé ne fut plus qu'une ruine. La scène est énorme, et le ciel sombre, avec des reflets rougeâtres, éclaira, d'une manière sinistre, la cité aux portes de laquelle venait de s'accomplir le dernier acte du grand drame de la Passion. Onze cent mille Juifs

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