‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 162 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

périrent durant le siège, et les malheureux restes de cette nation furent dispersés dans toute la terre. Tous ces traits de la ven geance divine tombèrent sur ce peuple, coupable du sang de l'Homme-Dieu, dans le court espace de 37 ans. Ainsi, la ruine de Jérusalem suivit de près le crucifiement du Messie, qui l'avait annoncé aux Juifs, comme le châtiment de leur crime.

La destruction de Jérusalem et du Temple suffit pour prouver aux Juifs que le Messie est venu. — Toute cette prophétie a été si parfaitement accomplie à la lettre et les historiens en ont parlé d'une façon si claire, qu'il n'est pas besoin de faire un long discours pour en déduire les conséquences. On sait que peu de temps après la mort de Jésus Christ les Romains ont détruit de fond en comble la ville juive et son temple. Il n'est pas possible de supposer que la description des versets 26 et 27 ne se rapporte qu'aux désastres éprouvés par les Juifs sous Antiocbus Epiphane. Aucun ancien rabbin ne l'a rattachée à cette époque. Jarchi, Aben-Ezra, Iachia, Menasse ben Israël et les autres rabbins qui ne veulent pas que Jésus soit le Messie mentionné dans cette prophétie, avouent néanmoins qu'elle a pour objet la ruine causée à la nation juive par les Romains. Déjà Josèphe avait constaté que la destruction du temple avait été prédite, par Daniel, 408 ans avant qu'elle arrivât. Nous ne nous arrêtons pas à l'erreur du calcul de cet historien. Il nous suffit de savoir qu'il à très bien comprisque la désolution, dont parle Daniel, regarde la guerre des Romains (Antiqq., liv. X, ch. XI, 7 ; de BelL Jud., VI, V, 4), et qu'il a entendu le passage 26-27, de la destruction arrivée du temps de Titus (1).

C'est — ainsi que nous venons de le dire — ce que les Juifs eux-mêmes ont reconnu. Qu'il nous suffise de rapporter ces paroles d'Orobio, qui, après avoir trouvé, comme Josèphe, dans l'accomplissement de cette prophétie au temps des Romains, « un témoignage clair et irréfragable de la divinité de l'Ecriture, » ajoute que Daniel a manifestemnnt prédit que, après 490 ans, le temple sera entièrement détruit, le culte cessera et la ville sera dévastée : Clare et aperte Daniel praedixit : quod post LXX heb-

(1) Nous savons d'ailleurs que Jésus-Christ a aussi entendu la prophétie de Daniel comme indiquant une prochaine destruction de Jérusalem et du Temple. Puisqu'il a appliqué cette prophétie à un malheur qui, de son temps, menaçait les Juifs, il n'est pas possible qu'il ait entendu, par cette dévastation, la profanation du Temple et la désolation de la ville qui eut lieu au temps de Machabées.

domadas, i e. 4 90 annos, Templum erit a Duce, cum exercitu ventura penitus destruendum, sacrifîcium in medio ullimœ septimanœ cessaturum, civitatemque omnino devastandam. Hujus prophetiœ divin i ta tem eventus confîrmavit {Collât., p. 15, 144).

Les Juifs savent donc très bien que les soixante-dix semaines sont écoulées: il ne leur a pas été possible de les conduire audelà de la ruine de Jérusalem et du Temple parles Romains. Or, ils ne peuvent nier que cet événement n'ait eu lieu l'an 70 de notre ère -, donc ils doivent admettre que le Messie prédit est venu. Cette conclusion est établie par les expressions du verset 26. Elles nous apprennent très clairement que le Messie serait mis à mort au bout des soixante-dix semaines et que, ensuite, le peuple de Chef-le-Venant détruisant la ville et le sanctuaire, causerait la plus affreuse dévastation. Or, la ville et le sanctuaire ont été entièrement ruinés par les Romains -, l'histoire nous fait voir le dernier acte de ce drame terrible : les milliers de victimes égorgées dans les rues de Jérusalem et les flammes dévorantes qui consumèrent les débris du sanctuaire. Donc la mort du Christ, qui devait précéder ce tragique événement, à eu lieu ; donc, le Christ est venu depuis longtemps.

Lorsque Jésus-Christ vint sur la terre, les Juifs savaient que l'ère messianique arrivait et ils étaient dans l'attente de l'arrivée prochaine du Messie. — Il est certain que, au temps de Jésus, les Juifs savaient que le Messie devait paraître à cette époque, et ils l'attendaient avec une impatience fébrile. Ainsi, nous voyons, d'après les saints Evangiles, que l'accomplissement des prophéties relatives au Messie était présent à l'esprit de Zacharie,père de Jean-Baptiste (Luc.I, 76, 77), et du juste Siméon qui attendait avec foi « la consolation d'Israël, » et qui avait appris, par l'inspiration de l'Esprit-Saint, qu'il « ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur » (Luc, II, 25, 26). La prophétesse Anne manifeste sa joie et parle de Jésus « à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël » (Ibid., 38).

A peine Jésus est-il né, que le roi Hérode s'inquiète de la visite des Mages, parce qu'il ne pouvait ignorer que le temps du Messie approchait (Matth., II, 3-7). Au temps de Jean-Baptiste, l'idée messianique est mêlée aux préoccupations quotidiennes du peuple : les critiques les plus négatifs reconnaissent qu'on attendait alors le Messie à bref délai. Voyant passer Jésus, le saint Précurseur le désigne à la foule comme le Christ (Jean, I, 20-27) et un autre jour il déclare encore sa messianité, en disant « Voilà l'agneau de Dieu qui porte (ou ôte) les péchés du monde »

(Ibid., vs. 29). Entendant ces paroles, deux disciples de Jean suivent Jésus qu'ils appellent Rabbi (Maître), et l'un deux, André, va chercher Simon, son frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » vJean, I, 37-41). Puis, Philippe, rencontrant Nathanaël lui dit : « Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi, et dont les prophètes ont parlé ; c'est Jésus de Nazareth, le fils de Joseph » (Ibid., vs. 45). L'idée préexistante de la prochaine échéance de la période messianique avait porté ces premiers disciples de Jésus à croire en lui comme au Messie venu.

Ainsi, lorsque Jésus apparut, la chronologie de Daniel était si bien comprise, que beaucoup de Juifs purent le reconnaître. D'autres se demandèrent s'il n'était pas « le fils de David » « (Matth., XII, 23) ou celui qui devait venir » ; et Jean-Baptiste envoya des gens pour le questionner à ce sujet et lui donner une occasion de se manifester. Jésus répond : « Allez et reportez à Jean les choses que vous voyez et que vous entendez. Les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, l'Evangile est annoncé aux pauvres » (Matth., XI, 2-5-, Luc, VII, 19-22). Il se trouvait aussi des Juifs qui se demandaient si Jean-Baptiste n'était pas le Messie (Luc, III, 15 ; Jean, I, 19 et ss.). La même attente du Messie est exprimée par ceux qui pensaient que le règne de Dieu allait paraître (Luc, XIX, 11). Joseph d'Arimathie, « attendant le royaume de Dieu » (Luc, XXIII, 51), nous montre aussi très bien que, à l'époque de Jésus, l'espérance de la venue prochaine du Messie était fort répandue chez les Juifs.

N'oublions pas de mentionner ici le caractère messianique de la prédication de Jean-Baptiste. Le sujet de cette prédication était : « Amendez-vous, car le royaume des cieux est proche » (llatth., III, 2). Ces paroles indiquent assez, du reste, que ce royaume devait être avant tout une rénovation morale.

Jésus ne tarda donc pas à annoncer aussi aux foules que letemps du Messie était arrivé. Les Evangélistes nous apprennent, en eftjt, en ces termes, le thème de ses prédications : « Jésus commença à prêcher et à dire : Amendez-vous, car le royaume des cieux est proche... Et Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagoges, préchant l'Evangile du royaume (Matth., IV, 17, 23) ; » ou encore : « Jésus s'en alla en Galilée, prêchant l'Evangile du règne (ou du royaume) de Dieu, et disant : le temps est accompli et le règne de Dieu approche : amendez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle (à l'Evangile. — Marc, I,. 14, 15) ». Cet Evangile de la royauté ou du règne (xb suay^^ov xrjç

fiocvilduç) ou de la royauté de Dieu (tîj; [3aaiXe£aç xou Gsou) ou de la royauté céleste (Yo sùayyéXiov ttjç (jaaiXefaç tojv oupavwv) était la Bonne Nouvelle de l'époque messianique ou palingénésique. Nous verrons tout à l'heure que la croyance à l'avènement de ce règne du Messie était partagée, vers le temps de Jésus, par les Juifs qui le repoussèrent, et que leur désir effrénée d'avoir un autre Messie entraîna la ruine entière de la ville où s'était perpétré le déicide.

L'époque fixée par Daniel était si évidente que les Juifs charnels, entichés de leurs idées de palingénésie politique et ne rêvant que domination temporelle, se soulevèrent alors contre les Romains et amenèrent la destruction de Jérusalem et du Temple prélite par ce prophète. — Le peuple juif savait que la venue du Messie coïnciderait avec une palingénésie, avec une genèse nouvelle, avec une création nouvelle. Cette doctrine était en germe et virtuellement adoptée dans l'humanité depuis un nô"mbre considérable de siècles. Moïse, dans la Genèse, avait implicitement enseigné la rénovation, la renaissance et comme une résurrection de l'homme déchu. Nous venons de voir que Jean-Baptiste et le Seigneur Jésus avaient prêché cette transformation de l'homme charnel en homme spirituel. Le divin Rédempteur expliquait à Nicodème cette régénération, lorsqu'il lui disait que «personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu, s'il ne naît de nouveau... s'il ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit » (Jean, III, 3 et ss. — Cfr. I, 12, 13; Math., III, 11 ; I, Cor. VI, 1 1 ; Ephés. V, 26). Cette renaissance, cette nouvelle création, cette sanctification des âmes les introduisait dans « le royaume de Dieu ou du ciel. »

Mais les imaginatifs avaient travaillé sur cette donnée primitive, et on distingue dans l'opinion populaire, signalée par les Evangiles, trois nuances : les uns concevaient le Messie comme un Dieu transformateur de la nature, et ils s'attendaient à une palingénésie cosmique. D'autres comptaient plutôt sur une palingénésie politique : ils concevaient le Messie comme un roi annoncé au peuple hébreu, comme un roi national qui serait pour les Juifs, à un bien plus haut degré, ce qu'avaient été Moïse et David : ils espéraient un bonheur sensuel, une vie matérielle plus heureuse du corps, un règne politique et terrestre auquel ils auraient part de droit par leur descendance d'Abraham. Il y avait enfin une partie considérable de la nation juive qui, d'après les versets 24-27 du ch. IX de Daniel, et d'après de nombreux passages des autres prophètes, se faisaient du Messie

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