‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 166 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Césars en Palestine. Cette tentative échoua : Judas lui-même fut tué, et son parti fut écrasé. Mais ce Judas était devenu le chef d'une secte ou d'une réforme pharisienne, dont l'influence persista dans le parti des Zélotes ou Fervents, qui n'avaient d'autre idée que celle d'un royaume politique du Messie. Ce sont ces exaltés qui amenèrent la perte du peuple juif. Ces chefs de bandes et d'autres faux patriotes qui s'étaient révoltés contre les Romains et contre les Hérodiens, après la mort d'Hérode, devaient s'être donné un caractère religieux autant que politique. Un écrivain protestant, Michel Nicolas, a, en effet, très justement remarqué qu' « il n'y a jamais eu, chez les Juifs, de mouvement qui n'ait été provoqué par quelque intérêt religieux » (Des doctrines relig. des Juifs), p. 118). 11 pense, dès lors, que « ce Theudas n'était pas certainement un simple factieux politique » et que « la prise d'armes de Judas était évidemment le résultat d'opinions religieuses » ; vu que « Josèphe le donne pour l'auteur d'une nouvelle secte. » (Ibid.)

On a trouvé étonnant que, pendant le soulèvement qu'eurent à réprimer Vespasien et Titus , il ne surgit nulle part de Messie. Mais nous avons vu, d'après le témoignage de Josèphe, que le peuple juif en attendait un à cette époque, et que ce fut dans l'espoir de le voir apparaître qu'il se souleva. D'un autre côté, il faut reconnaître que les Zélotes avaient à leur tête Manahem, le fils de Judas le Gaulanite, qui dut passer, à leurs yeux, pour le Messie. En effet, au commencement de la guerre des Juifs, ce Manahem se mit à la tête d'une bande d'insurgés et s'attribua le titre de roi de Jérusalem. Après avoir pris la tour Antonia et le palais, il crut qu'il n'avait pas d'égal en science militaire, et il se distingua par un orgueil et une tyrannie intolérables. Un jour qu'il se rendait au temple, revêtu d'une robe royale et entouré de ses satellites, Eléazar, fils du grand prêtre, assaillit ses gens et les massacra. Manahem, qui s'était caché, fut retrouvé et tué, après avoir souffert mille tortures (Josèphe, Guerre juive, II, XVII, 9). Mais, aux yeux des Zélotes, il avait dû passer pour un de ceux dont ils attendaient la délivrance, et qui, d'un souffle de lour bouche, devaient renverser l'empire romain.

N'ayant pas voulu reconnaître le Messie pendant la semaine de son Ministère, des Juifs ont ensuite couru après les premiers pseudo-Christs qui se sont présentés à eux. Ainsi, Josèphe qui se traîna aux pieds des Flaviens, et qui ajouta à son nom celui de ces empereurs, qui ont écrasé Jérusalem et détruit des mil-

liers de ses compatriotes, Josèphe, disons-nous, alla jusqu'à profaner l'espérance messianique, en appliquant à Vespasien les prophéties de nos saints Livres (De la guerre juive, V, V, 5, 4). Ainsi que nous l'avons montré (p. 1137), ce Juif qui s'est voué au mépris de sa nation et du monde entier par ces lâches flatteries pour le conquérant de la Judée, trouva ambiguë (au?(6oXo;), la prophétie messianique qu'il avait lui-même embrouillée, afin d'y lire, non pas ce qui s'y trouve, mais ce que son imagination voulait y introduire. Il commença donc par l'exprimer en termes amphibologiques : « Du pays quelqu'un d'eux [àxb t% /wpaç t\ç aùxwv). » Le génitif aûxSv peut se rapporter à ir]ç yo'jpaç, et alors le sens est : « Quelqu'un (venant, sortant) de leur pays (de la Judée) » ; et il visait ainsi Vespasien qui venait ou sortait de la Judée, lorsqu'il fut proclamé empereur par ses troupes. Mais si l'on rapporte aùm>v à tiç, le conquérant du monde devait être de la race juive. Tel est le véritable sens des prophéties : le Messie devait être un fils d'Abraham, d'Israël, du patriarche Juda, un fils de David. Josèphe ne pouvait en douter : le Messie devait descendre de David. C'est le sentiment universel, soit des prophètes, soit des Targums ou explications traditionnelles des saints Livres, soit du Talmud et des écrits rabbiniques. Mais comme Josèphe, dominé par les vues étroites et mondaines des Pharisiens, ne vit pas, à l'époque fixée par Daniel, sortir de sa nation un dominateur du monde, il voulut supposer que la prophétie était amphibologique, et il la profana en l'appliquant, par courtisanerie, à un empereur païen. Mais il n'est pas vrai que la prophétie fut ambiguë : il n'y avait en tout cela de louche que l'esprit et les yeux de Josèphe.

Du reste, il avait bien compris que l'époque de l'accomplissement de la prophétie de Daniel était arrivée, car voici quel dut être le raisonnement qui l'amena à se prosterner devant Vespasien, et à l'adorer comme un Dieu : D'après les prophéties, le Messie doit venir dans ce temps-ci; d'un autre côté, d'après nos docteurs (les Pharisiens), le Messie doit être le conquérant du monde. Or, Vespasien, qui a envahi la province et pris d'assaut la ville de Jotapa, que j'avais été chargé de défendre et où 40,000 Juifs furent tués, ne peut être que ce conquérant; donc, Vespasien est le Messie. Après s'être caché dans une caverne, Josèphe se rendit donc bientôt aux offres et aux propositions du général romain, contrairement à l'avis des Juifs qui étaient avec lui. Il osa ensuite se donner comme inspiré de Dieu et tenir à Vespasien ce discours : « Ce que j'ai à te dire de la part de Dieu,

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