‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 168 sur 318 · CHAPITRE IX M · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX M

rattacher cette époque à une division de l'histoire de l'humanité, dont ils cherchèrent les éléments dans la sainte Ecriture. Se livrant à des spéculations très peu fondées, ils admirent que le monde devait durer six mille ans, et ils divisèrent cet espace de temps en trois périodes, chacune de deux mille ans. Par une interprétation arbitraire du premier chapitre de la Genèse et d'un psaume, ils prétendirent, d'une part, que les six jours de la création étaient une image de la durée des choses créées -, et, d'un autre côté, comme, d'après le psaume XC, 4, mille ans sont devant le Seigneur, comme un jour ils supposèrent que le monde durerait six mille ans, jusqu'à la venue du Messie. Cette période était censée correspondre aux six jours de travail de l'Eternel. On avait ensuite imaginé que le règne du Messie, représenté par le jour du repos du Seigneur, durerait mille ans. Dans le Talmud, le même rapprochement arbitraire a donné lieu à une combinaison différente. On lit, en effet, dans ce livre (Sanhédr., fol. 97) : « C'est une tradition de l'école d'Elie que le monde doit durer six mille ans : deux mille ans avant la loi (ou 2>000 ans de chaos), deux mille ans sous la loi et deux mille ans sous le Messie. » Mais cette conception différente ne change rien relativement au commencement de l'époque messianique. Dans les deux systèmes, le siècle où naquit Jésus-Christ est le siècle où débute le palingénèsie. Seulement, les uns comptaient que le monde avait duré 6,000, depuis la création, et les autres n'accordaient que 4,000 ans à cette durée. Les généalogies des patriarches avaient été abrégées et modifiées d'après un point de vue systématique. De sorte que, pour les uns, le fameux septième millénaire allait commencer, tandis que les autres arrivaient aussi, par une autre voie, au commencement des 2,000 ans des temps messianiques. Tous étaient d'accord, à l'époque de Jésus, pour admettre que l'ère palingénésiqueétait arrivée : au moment où Jésus entreprit sa prédication, les esprits en Judée étaient persuadés de l'échéance prochaine delà fameuse palingénésie messianique ou du « règne ou royaume de Dieu. »

L'éporj»e de la venue du Messie d'après les Oracles sybillîns et les Appcealypses juives. — Quoique ces écrits ne nous donnent pas à glaner des détails importants pour connaître les idées messianiques d'Israël, on y trouve cependant quelques prédictions qui font allusion à la prophétie de Daniel et qui montrent que les Juifs, auteurs ou interpolateurs de ces livres, entendaient cette prophétie du Messie, et que l'époque de son avènement ne leurétait pas inconnue. Ainsi les Oracles sibtjllins

connaissaient la tradition relative à un roi attendu par les Juifs, et ils ont connu, par Daniel (IX, 2 5), l'époque dans laquelle ce roi devait apparaître. Le troisième livre de ces Oracles offre, en effet, une allusion aux triumvirs romains, Antoine, Octave et Lépide, et la Sibylle prédit pour cette époque la venue de ce grand roi, en ces termes : « Dieu enverra de l'Orient un roi qui, mettant à mort les infidèles et obéissant aux commandements du grand Dieu, donnera la paix à la terre, et sous son règne le peuple juif sera vêtu de pourpre et paré d'or et d'argent » (vers. 652 et ss.). La Sibylle dit encore : « Lorsque Rome gouvernera l'Egypte, alors apparaîtra sur les hommes le grand royaume du roi immortel. Une pure domination viendra pour conquérir à jamais les sceptres de toute la terre » {Orac. Sibyll., III, 46-56). L'auteur de ces prédictions paraît avoir. fixé cette époque d'après le calcul de Daniel. A l'époque du triumvirat, la fin des soixantedix semaines n'était pas éloignée et la conquête de l'Egypte, par les Romains ou par le quatrième empire, portait aussi à prévoir que l'apparition du cinquième ou de l'empire messianique ne tarderait pas (i).

L'auteur des Psaumes de Salomon s'attriste de voir un étranger

(1; Bleek (Theologische Zeltschrift, n. s. w., 1819-1820) jjense que ces Oracles ont été composés par des Juifs et des chrétiens, avec un mélange d'éléments païens. En excluant les passages qui portent un indice d'une composition plus récente, ce critique fait remonter la composition du livre à l'an 170 avant notre ère ; et il se base sur un passage qui daterait du règne de Ptolémée Physeon et où il est dit que, après les temps malheureux de cette époque, doit venir le temps glorieux « des fils du grand Dieu. » D'après Friedlieb (Oracula Sibyllina, texte grec et traduction allemande), le 3e livre serait d'origine judéo-alexandrine et daterait de l'an 16 av. J.-C. ; le 4e livre serait dû aussi à un helléniste d'Alexandrie qui l'aurait écrit l'an 79 ou 80 de notre ère. Hilgenfeld (Jud. Apok p. 75) pense qu'on peut descendre à l'an 142 et 137 av. J.-C. Il y est prédit la désolation de la Grèce par « une puissance barbare » ((3dp6apoç cêp-/7J — vs. 638-4°) qu'Hilgenfeld. croit être la conquête de la Grèce par les Romains, en 146, car il s'agirait de la destruction de la ligne achéenne. Il y a, en outre, des passages qui visent le règne de l'usurpateur Tryphon et son renversement par Antiochus Sidétes, en 137, comme aussi la désolation de la Libye par des ennemis barbares' (destruction de Carthage en 146). Volkmar (Handbuch der Einloit. indie Apokryphen) en fixe la composition à l'an 63 av. J.-C, car l'entrée de Pompée à Jérusalem y est indiquée. James Drummond (The Jecoish Mosslah, p. 15), place la composition de ces oracles au second siècle avant l'ère chrétienne.

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