‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 170 sur 318 · CHAPITRE IX 1 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX 1 I

de nos crimes (les guerres civiles et les proscriptions qui venaient

de désoler Rome et l'Italie) Cet enfant jouira de la vie des

dieux ; il verra les héros mêlés aux dieux ; lui même sera vu dans la troupe immortelle, et il régira l'univers pacifié par les vertus de son père. Pour toi, aimable enfant, la terre la première, féconde sans culture, prodiguera ses dons charmants..., les fleurs vont éclore d'elles-mêmes autour de ton berceau. Le serpent va mourir, plus d'herbe envenimée qui trompe la main....» Sans doute, on peut dire, en un sens, qu'il n'y a, dans ces vers, que l'élévation de Pollion au consulat et la naissance de son fils, célébrées avec l'enthousiasme lyrique d'un poète qui explique les prédictions des Sibylles en faveur d'un personnage de son temps auquel il veut faire sa cour. En promettant au fils de Pollion un rang parmi les héros et les dieux, le poète ne fait que se conformer à l'esprit et aux usages des peuples qui divinisaient leurs souverains, usage que les Romains empruntaient alors aux Orientaux. Il est donc parfaitement vrai qu'il n'y a rien dans tout cela qui s'adresse à Jésus-Christ. Saint-Jérôme a, en effet, eu raison de dire, dans sa lettre à Paulin, qu'il n'est pas vrai que « sans connaître le Christ, Virgile fut chrétien, » parce qu'il a écrit les vers que nous venons de rapporter. Le même saint docteur a condamné aussi très justement, dans cette lettre, le procédé qui consiste à composer des centons extraits des livres païens où l'on croit reconnaître les dogmes delà Révélation chrétienne. Malgré ces sages avertissements, Lamennais, dans son Essai sur l'indifférence en matière de religion (tom. III, p. 4 41 et suiv.), pour prouver que, à l'époque de Jésus-Christ, <c tous les peuples attendaient la manifestation d'un Dieu dans un corp réel, Dieu-homme, qui devait naître d'une viergemère », a assemblé des fragments de phrases, quelques mots

de Virgile, auxquels il donna un sens tout autre que celui dans lequel ils ont été employés. Voici ce qu'il croyait voir dans la quatrème églogue : « Virgile, rappelant les anciens oracles, célèbre le retour de la vierge, la naissance du grand ordre que va bientôt établir le Fils de Dieu, descendu du ciel. La grande époque s'avance -, tous les vestiges de notre crime étant effacés, la terre sera, pour jamais, délivrée de la crainte ; Yenfant divin, qui doit régner sur la monde pacifié, recevra, pour premiers présents, de simples fruits de la terre, et le serpent expirera près de son berceau » (Essai, t. III, p. 143). Evidemment, les vers du poète latin n'ont aucune rapport avec le Messie, avec l'Homme- Dieu du Christianisme. Mais il n'en est pas moins certain que

Virgile applique à un nouveau-né les prophéties bibliques que les Oracles Sibyllins avaient contribué à répandre ; il n'en est pas moins vrai que Virgile avait entendu parler de la grande année, de lage d'or qui allait refleurir et d'un mystérieux enfant qui allait bientôt descendre des cieux.

Nous sommes autorisés a conclure de l'églogue à Pollion que les peuplés attendaient alors la manifestation d'un personnage extraordinaire et que, vers l'époque de la naissance de Jésus, le monde était dans l'attente d'un grand événement. Heyne a, du reste, très bien constaté que Virgile « tira un bon parti de ces oracles. » Le poète, courtisan d'un protecteur dont il brigue les bonnes grâces, ne pensait pas au Messie, à Jésus-Christ ; mais il avait certainement entendu parler d'une ère de bonheur qui approchait ; il avait une notion vague d'une rénovation sociale et d'un Messie qui en serait l'auteur ; et il a mêlé à cette tradition messianique des idées et des images tirées de la Fable ; il adopta des prophéties juives qui flottaient dans l'air et qui prêtaient à la poésie -, et il les revêtit de couleurs mythologiques pour Pollion et pour son fils. Nous avons tojours le droit de conclure, d'après les opinions de Virgile, qu'il y avait aussi, à cette époque, chez les Gentils, un pressentiment d'une palingénésie, d'un renouvellement. Les Grecs et les Romains y croyaient sous le nom de grande année.

Tacite et Suétone nous montrent, du reste, plus expressément que la tradition biblique d'un Messie était, à cette époque, répandue en Orient et avait pénétré chez les Romains. Le premier de ces historiens s'exprime ainsi, vers l'an MO : « Il y avait eu plusieurs prodiges ; mais cette nation (la nation juive) ne se permet de les expier ni par des vœux, ni par des immolations de victimes, ennemie de toute pratique religieuse, quoique superstitieuse à l'excès. Ces présages alarmaient peu de monde ; le plus grand nombre était persuadé que les anciens livres de leurs prêtres disaient que dans ce temps-là même l'Orient prévaudrait, et que des hommes sortis de la Judée seraient les maîtres du monde ; énigme par ]aquelle on avait prédit l'élévation de Vespasien et de Titus. Mais la multitude, par ce penchant d'ambition naturel à l'homme, interprétant en sa faveur une si grande élévation de destinée, ne fut pas même détrompée par l'événement contraire » (Pluribus persuasio inerat antiquis sacerdotum litteris contineri, eo temporefore ut valesceret Oriens, profectique Judasa rerum potirentur -, quœ ambag'es Vespasianum ac Titum prœdixerant. — Histor., lib. V, n° 13.)

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