CHAPITRE IX
phètes qui peignaient sous des images brillantes et sous des expressions métaphoriques l'éclat et l'étendue du royaume que fonderait le libérateur promis et qui aurait un jour sa période de gloire (Is., XLIX, 26; Dan., II, 44). Les jouissances sensuelles, les plaisirs de la table étant devenus l'objet principal de leurs vœux, ils aimaient à se représenter un règne terrestre du Messie sous l'emblème d'un festin somptueux dont les avantages et les jouissances leur seraient réservées {Midrasch Ruth, f. 33, col. 2 ; Bereschit Rabba, § 88, f. 72, col. 4) : ils se laissèrent ainsi entraîner à appliquer ce qui est divin et céleste à leurs penchants terrestres et déréglés. A ces êtres plongés dans la matière, il fallait un roi guerrier, monté sur un cheval de bataille, un roi porteur d'un sceptre de fer et d'une couronne d'or, un roi enfin qui procurât aux Juifs les seules jouissances qu'ils comprenaient. Aussi, lorsqu'ils ont vu entrer à Jérusalem un Prince de la paix, monté sur un âne ; lorsqu'ils l'ont vu tenant à la main un roseau et portant sur la 1ête une couronne d'épines, ils l'ont renié et ils l'ont crucifié. Ils l'auraient acclamé si, au lieu de traverser la Judée en faisant le bien, il avait fait gémir les peuples sous le poids de ses vices. Ce peuple voué à la matière aurait, volontiers, reconnu un Messie à la lumière de forfaits dont l'humanité aurait rougi ; et il ne vint pas dans la pensée de ces malheureux que l'auréole du Sauveur du monde était la splendeur de ses vertus.
Cependant, l'homme qui réfléchit doit ss persuader aisément que ce que Dieu estime par-dessus tout, c'est le progrès de l'idée religieuse. Est-il possible de croire que l'Eternel aurait fait grand compte, pour le Messie, d'une royauté terrestre ? Peut-on raisonnablement supposer que toutes les prophéties auraient abouti à un Nabuchodonosor, à un Alexandre ou à un César ? N'est-il pas évident que Dieu n'estime qu'à leur valeur réelle les splendeurs éphémères dont les Juifs se leurraient? Et n'est-on pas, dès lors, porté à croire que le Messie qu'il leur enverrait s'efforcerait de leur faire comprendre la vanité de ce monde et la folie de ses grandeurs périssables. Celui que l'Eternel avait promis à Adam chassé du Paradis terrestre, à Abraham et à Jacob devait être un Messie qui préférerait à tout empire terrestre la rédemption du genre humain et son salut par la rémission des péchés. Aussi voyons-nous que Daniel rattache l'entrée dans la nouvelle Alliance, dans le royaume des cieux, dans le cinquième empire, dans l'empire messianique, en un mot, aux souffrances expiatoires du Messie. Mais les Juifs ne tenaient
aucun compte du dogme de la chute de l'homme, dogme écrit en grosses lettres dans le ch. III de la Genèse; ils ne se préoccupaient pas de la réconciliation de l'homme avec Dieu pur l'en tremise du Messie rédempteur. Tout occupés des choses de la terre ou des vétilles que leurs docteurs introduisaient dans l'interprétation de la loi, ils faisaient plus de cas de la propreté matérielle des mains que de la sanctification de l'àme ; ils ne faisaient aucun cas des dogmes importants sur lesquels repose la morale pure, qui devait remplacer leur morale toute d'égoïsmo et de calcul. Aussi quand Dieu se manifesta aux hommes dans son fils Jésus pour fonder sa théocratie dans le sens le plus pur et le plus sublime, la plupart des Juifs ne voulurent pas comprendre ce qu'il y avait d'extraordinaire dans cet homme ; ils ne purent s'élever assez haut pour voir Dieu qui se révélait en lui, et ils ne crurent point en lui. Lorsque Jésus annonça à ce peuple un règne de Dieu différent de celui qu'ils s'étaient forgés dans leur imagination, un règne moral dont on ne pouvait faire partie que par la conversion et par la régénération spirituelle, un règne qui conduisait au bonheur céleste, à la vie éternelle au sein de Dieu, ils ne le reçurent pas. Qu'avaient-ils à faire d'un Messie qui venait leur montrer dans quel abîme d'erreurs ils étaient plongés, redresser les inepties, les idées erronées qu'ils se formaient sur le règne du Messie, et les mettre en état de combattre victorieusement leurs mœurs déréglées et leurs passions honteuses ou frivoles !
Dénombrement des faux Messies du judaïsme. — Ayant négligé de bien entendre les prophéties et ayant rejeté le vrai Messie, beaucoup de Juifs se sont précipités sur les pas de tous les faux Messies qui s'offraient à eux. Depuis l'époque fixée par Daniel, de nombreux imposteurs ont essayé, en effet, de se faire passer pour Messies, et des Juifs se sont empressés de les suivre. Les abbés Léman, qui ont laissé tomber de leurs yeux les écailles rabbiniques, dont l'épaisseur empêche les Juifs de voir la vérité, nous donnent une liste de ces imposteurs dans laquelle, toutefois, ils n'ont pas mis Vespasien et quelques-uns des faux Messies que nous avons mentionnés (p. 1141). Voici ce passage: (La question du Messie, etc., p. 21-24) : « Dans vos livres, ô Israélites, dans vos synagogues, dans vos écoles, on vous a toujours fait mystère des faux Messies et des déceptions de nos ancêtres; en voici la liste, laborieuse et sincère : Theudas, en Palestine, l'an 45. Simon le Magicien, en Palestine, de Tan 34 à l'an 37.. Ménandre, même époque. Dosithée, en Palestine, de l'an 50 à l'an 60. Bar-Kochbas, en Palestine, l'an 138. Moïse, dans l'île