CHAPITRE IX
soixante-dix semaines et des bénédictions qui devaient se produire au bout de ces semaines, ils appliquaient cette prophétie à Onias III et la faisaient aboutir à Antiocbus Epiphane. Pour faire concorder cet oracle avec le meurtre de ce grand sacrificateur, le paraphraste a donc changé les dates du texte original, et il leur a substitué, à deux reprises, 7, 70 et 62, qui forment un total de 139 ans. En rapportant arbitrairement ce nombre d'années à l'ère des Séleucides, il obtint ainsi un nombre qui correspond à la deuxième année du règne d'Antiochus, c'est-àdire au temps où Onias III venait d'être déposé du souverain pontificat. Cette circonstance suggéra probablement au traducteur cette version inexacte : « l'onction sera enlevée » (vs. 26). On sait que les Juifs d'Alexandrie étaient hantés par la manie de transporter en Egypte le centre de leur nation. Ils avaientdonc intérêt à grossir le rôled'Onias III et à relever ainsi leur propre situation, en donnant à croire que l'onction s'était conservée parmi eux dans la personne d'Onias IV. Nous allons, du reste, donner cette traduction, en indiquant brièvement quelques-unes de ses inexactitudes.
Traduction des versets S4-2^ d'après la Bible des LXX :
24. fE(îoop]xovxa ISûo^dosç IxpÉOïjaav eîÙ x6v Xaov aou, xa\ l~\ T7)v :i6Xiv Ziwv, auvTsXeaôrjvat xrjv àp.apx?av, xat xàç àStxtaç C77cavtaat, xat faza- Xefyai xàç àotxfaç, xa\ otavo7)07Jvat xb Spafjta, xat ooOrjvat 8txatoauv7)V atwvtov, xa\ auvrsXeaGïjvat. xoc 6pd|uaxa xa\ Tzpoo^xrjV, xa\ EÙcppdvat ayiov àytav.
25. Ka\ yvwar,, xa\ Siavo/jO^ar,, xa\ EÙcppavO^arj, xa\ sùprjas'.ç Trpoaxdyjjiaxa à^oxpiOrjva!, xa\ otxoô"o[j.7J'7Etç 'IspouaaXrjij. jïéXtV Kupfto.
26. Kat [Kexoi. iîcxà, xa\ §[3ûO|j.^xovxa, xa\ lErjxovxa ôuo à^osxaO^aExat ypia[j.a, xat oùx è'axat, xat (3aaiXs(a eOvwv cpOepst X7JV zûXiv, xat xb ayiov piExà xou Xptaxou* xa\ ^si y) auvxéXsta aù^ou [j.Exà ôpyrjç, xa\ Eco; xat pou auvxéXeia; àizb 7toXéku.ou xoXznrfi^aETOU.
27. Kat Buvaaxsuaet 7) Btaô^xrj etç tcoXXouç, xa\ îrâXtv iîtiaxp^ei, xal àvoixoôofjLrjO^sxai si; 7îXaxoç, xat [i.r)xoç, xal xaxà auvxéXeiav xatpcjv *xa\ (jLExà £7ixà xa\ IpBo^xovxa xatpouç, xa\ i^xovxa 8uo ixcov, ewç xatpou auvxs- Xet'aç Ko\é[Xù\), xal àcpxipeO^aexai fj Eprjij-toatç ev xio xaxtcr/uaat ttjv 3ia07ixr;v êVt zôXXaç l^oofxdBaç, xal ev tw xéXEt X7J; l[3oo[j.d3o$ àp07^a£xai ïj Quart», xal /} a^ovor) xa\ Itzï xb îepbv 6ô£,XuykJta xcLv £pr][j.ioa'£tov, è'axat &to; auvxEXet'aç, xa\ auvxéXEta BoO^a-E^at èVt xtjv IprjjjLioatv.
24. Le traducteur reconnaît d'abord, que soixante-dix semaines ont été mises à part, séparées. Au lieu de « ville sainte », il met « ville Sion »; et il donne ensuite une double version de lahtom hazôn venabV : «la vision sera comprise » (sans doute parce qu'elle sera descellée) — « les visions et prophète seront
accomplis ». L'expression «pour réjouir Saint des Saints» est expliquée plus haut (p. 916) : un copiste avait peut-être mis lisamèah au lieu de limsoah. Le Saint des Saints qui se réjouit est une personne et non pas une chose ; mais aucune indication n'est donnée à ce sujet : Wieseler a eu l'étrange idée d'appli» quer ce passage à Daniel, qui se réjouissait d'être revenu en Palestine et d'avoir travaillé à la reconstruction de la ville et du temple.
25. Le verbe eùcppavO^a-jr, ne correspond à aucun mot du texte. Min mo'za1 n'a pas été compris; le traducteur a lu sans doute me'zo' (du verbe N3?G» il a trouvé). Il n'a pas saisi l'hébraïsme lehdsîb velibnot (p. 926), et il a donné au premier de ces verbes, le sens de « répondre ». Au lieu de *ry (jusqu'à) il a lu iy qu'il a pris pour yy (ville) ; et Daniel apprend « qu'il bâtira Jérusalem, ville au Seigneur ». Le subst. Kupioç traduit sans doute l'expression Masiah Nagîd. La suite du verset a été insérée selon le bon plaisir du traducteur dans deux versets suivants.
26. L'altération du texte est encore plus sensible dans les chiffres relatifs à la division des soixante-dix semaines-, et on voit parfaitement que ce passage a été l'objet d'une interpolation systématique, qui détruit le but de cette division. Aux 7 + 62 semaines, le traducteur substitue d'autres dates (7-J-70 + 62), afin d'aboutir à l'année 139 de l'ère des Séleucides, ou la 2e année du règne d'Antiochus Epiphane (qui, d'après le livre des Machabées, monta sur le trône l'an 137 de cette ère), époque où Onias III fut déposé par ce prince. Pour obtenir ce résultat, le falsificateur a reporté ici le mot n^2U (sept) et ayant supprimé l'article de Q?V2tt?n il a pontué de façon à transformer sabuhîm (semaines) en sibhîm (soixante-dix); et il s'est abstenu de dire si ces chiffres indiquent des années, des semaines ou des jours. Le mot Masiah (Oint) est changé en mishah et traduit par xptajAoc (onction) -, et pour voir mentionnée ici l'interruption de la succession dans la série des grands sacrificateurs, au lieu de « le Christ sera retranché, » le traducteur met : « l'onction cessera, fera défaut, sera écartée ». Cependant, Karat n'a pas ce sens (voy. p. 966) : ce verbe signifie toujours tuer, faire périr d'une mort violente, retrancher, exterminer (du nombre des vivants). C'est sans fondement que l'on se réfère à Josué, IX, 23 : il s'agit là, d'arbres « coupés ». L'expression 'ëyn lé est ensuite regardée à tort, comme équivalente àe'ëynënnû (voy. p. 970). Le participe N3TI (le venant) est traduit par 6aaiXeta lOvwv ; et le verbe ©Ospsr indiquerait la destruction de la ville et du temple. Le subtantif