CHAPITRE IX
Mède, supposée l'an 538 (il faut la reporter vingt ans plus haut) et l'arrivée de Néhémie à Jérusalem. Tous ces rabbins terminent, du reste, les soixante-dix semaines à la destruction du Temple. Mais sans compter que leurs points de départ sont inadmissibles (voj. pp. 929 et ss. ; et p. 888), il y a, entre eux et la destruction du temple, plus de 490 ans.
Il en est de même de l'interprétation de ceux qui, comme le rabbin Azarias [Meor Enaïm, liv. HT), font commencer les soixante-dix semaines à la deuxième année (ils auraient dû dire à la sixième année) du règne de Darius d'Hystaspe. Ils veulent ainsi que le second temple ait duré 490 ans. Mais, de l'an 516 av. J.-C. à l'an 70 de notre ère, il y a 586 ans. Les docteurs juifs qui font aller les soixante-dix semaines de la destruction de Jérusalem, en 588, à la destruction de cette ville par Titus (70 ans de l'ère chrétienne) donnent à ces soixante-dix semaines une durée de quatre-vingt-quatorze semaines ou de 658 ans au lieu de 490. Nous voyons cependant que le Séder-Olam rabba, le Talmud et de nombreux rabbins (Saadya Gaon , Jarchi , etc.), n'ont pas craint de dire que les soixante-dix semaines, commencées à la destruction du premier temple, aboutissent à la destruction du second par les Romains. Ces rabbins nous donnent là un échantillon de l'inexactitude de leurs procédés exégétiques, et de leur ignorance en matière de chronologie. D'abord, ils ne suivent pas le texte au sujet du point de départ des soixante-dix semaines que l'Ange fixe, non pas à la destruction de Jérusalem, en 588-587, mais à la sortie de la parole pour sa reconstruction. Puis ils s'imaginent que de la destruction du Temple par Nabuchodonosor jusqu'à l'embrasement du Temple qui eut lieu sous Titus, il n'y a que soixantedix semaines d'années ou 490 ans. Il y a, cependant, entre ces deux événements — ainsi que nous l'avons déjà dit et comme on peut facilement le constater — non pas soixante-dix, mais quatre-vingt-quatorze semaines ou 658 ans. Les Juifs savaient très bien, en effet, d'après leurs propres Annales, que INabuchodonosor détruisit Jérusalem et son temple la onzième du règne deSédécias, ou l'an 588 av. J-C. (IV Rois, XXV, % et XXVII). Or, depuis cette époque jusqu'à la prise de Jérusalem par Titus, il s'est écoulé six cent cinquante-huit ans ou quatre-vingtquatorze semaines d'années. Il est donc de toute évidence que la supputation rabbinique n'est conforme ni à l'interprétation supposée de la révélation prophétique, ni surtout au texte de cette révélation.
On sait, d'ailleurs, que la destruction de Jérusalem et la
chute de l'empire romain provoquèrent l'éclosion d'une littérature juive, apocalyptique et messianique, très riche, qui modifia l'interprétation de la prophétie. Les Juifs croyaient que l'avènement du Messie coïnciderait avec la chute de cet empire ou avec l'époque où sa domination universelle présagerait sa ruine. Il ne reste que quelques fragments de ces écrits qui se continuèrent jusqu'aux Croisades. Pendant la lutte des Romains et des Parthes, les Juifs ranimèrent donc leur espérance de l'avènement de la fin ou de la délivrance. Rabh, un des principaux amôraïm (interprêtes), a dit : « Le fils de David ne viendra que lorsque l'empire d'Edom (Rome), se sera étendu sur tout le monde... [Joma, IV). La Mischna fixe la venue du Messie à l'an 4231, c'est-à-dire au troisième siècle de notre ère. Le rabbin Chanina la porte au cinquième siècle (quatre cents ans après la ruine du Temple, c'est-à-dire à l'an 470 après J-C.) ; le rabbin Chasdai, au quinzième siècle. La cabalistique, dont les Juifs du moyen-âge se sont si superstitieusement occupés, ne leur a offert aussi que des déceptions. Ainsi, l'auteur du Zôhar place l'avènement du Messie à l'an de la création 5408, parce que dans un verset du Lévitique, il y a azod. Un autre rêveur, d'après les initiales d'un verset de Malachie, aboutissait à Tan 5337. En présence de semblables hallucinations, Maïmonide a dit que l'on ne peut retirer quelque secret des prophéties, « même au moyen de la cabale » (Môreh Nebôkhîm, dernier chap.j. Il aurait dû dire : surtout au moyen de la cabale et d'une exégèse fantaisiste. Quel secret veut-on tirer des prophéties quand on les interprête à la façon du juif Gedalyah, qui a prétendu que le Messie viendrait au bout de deux mille trois cents ans, parce qu'il est question, au ch. VIII, 14, de « deux mille trois-cents soirs -matins ? »
Point d'arrêt exagéré après la mention des premières semaines et pseudo-légende d'un Oint apparaissant au bout de ce* semaines. — A vant l'époque où commencèrent les controverses des rabbins du moyen-âge avec les chrétiens, les Juifs appliquaient au Messie l'oracle de Daniel : les anciens Juifs avaient compris que le Messie devait venir vers le temps où Jésus apparut. C'est aussi à ce temps-là qu'ils fixaient la fin des soixante-dix semaines. Même dans des temps plus rapprochés de nous, les rabbins ont reconnu que cette prophétie doit s'expliquer du Messie. Ainsi les rabbins Barachia, Samuel et Nachmanide, et ceux même que nous allons combattre, ont soutenu ce sentiment. Il est vrai — comme nous le verrons bientôt — que ces rabbins, ne voulant pas que le Christ, dont il est parlé