‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 178 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dans cette prophétie, soit Jésus de Nazareth, ont essayé de transformer en Messie Agrippa II. Néanmoins, ils conviennent tous, comme le remarque Manassé, dans son livre du Terme de la vie, que le prophète a en vue le Messie.

Mais les rabbins du moyen-âge ne se sont pas égarés seulement à propos d'Agrippa; ils ont, de plus, imaginé de transformer aussi en Messies Cyrus, Zorobabel et Néhémie. Ces docteurs d'Israël ont versé, à ce sujet, dans des contre-sens et dans des subtilités, inconnues à leurs pères, parce qu'ils ont, inconsciemment, donné à leur athnach, accent plus particulièrement musical, une importance et une valeur qu'il n'a pas (voy. pp. 9 44 et ss.). Sans doute, ils n'ont pas osé motiver leur opinion par cet accent — ils ne l'ont pas motivée du tout — mais l'habitude de la psalmodie les a portés à suspendre le sens du texte, et ils en sont venus ainsi à supposer que les sept premières semaines aboutissaient au Masiah Nagîd, tandis que le texte nous dit : « Jusqu'au Messie-Chef, il y aura sept semaines et soixantedeux semaines » (voy. pp. 941 et ss.). Mais ils ont tenu à adopter une coupure que rien ne justifie, afin de contrarier « les hérétiques», c'est-à-dire les chrétiens (n>3>0 TJ)2l)i comme dit Raschi. Ils en arrivent ainsi à tronquer la prophétie et à s'embrouiller dans un contre-sens, condamé par le texte et par les convenances historiques. L'obstination qu'ils mettent à faire des sept premières semaines une section à part, ne formant pas un sens total avec les soixante-deux autres, et aboutissant au Messie- Chef, ne fait qu'augmenter la confusion sans nom dans laquelle ils pataugent (1). Il faut reconnaître aussi que les commentateurs juifs qui ont fait partir les soixante-dix semaines d'une prophétie de Jérémie ou de la destruction du temple, ont provoqué la tentation à laquelle d'autres rabbins ont succombé, de faire coïncider la fin des sept premières semaines avec l'avènement de Cyrus : une erreur — comme de coutume — en a amené d'autres.

Ces rabbins ont donc été portés ainsi à admettre deux oints : ils ont conféré le titre de Masiah -Nagîd à Cyrus (Saadya, Raschi, Abravanel, Jacchiades, Lipman, etc.), à Néhémie ( \ben-Ezra), au grand prêtre Josué ou Jésus (Levi ben Gerson). Le rabbin

(l) Raymond Martini disait, plaisamment, à ce sujet : « Sistuntque hic ad modum asini reprobi pontum fugientis, noluntque ulterius légère, causamque à nobis redditam subsannando recutiunt ; sed

paulo posk ostendcmus eos in hoc esse falsiloquos (Pagio Jîdei>

édit., Carpzov, p. 233).

Azarias (Meor Enaïm, ch. 41) prétend que c'est Néhémie, parce qu'il dit (ch. V, 14): « Artaxerxès m'a commandé d'être chef (nnS) dans le pays de Juda. » Puis, se reprenant, il pense que ce pourrait être Artaxerxès lui même à partir de la vingtième année de son règne. Abravanel dit que, par « le Messie-Chef, il faut entendre Cyrus, ou le grand prêtre (Josué) ou Zorobabel. » Il est impossible de ne pas voir que ces hypothèses ne cadrent ni avec les dates de la prophétie, ni avec son contenu. L'opinion qui rapporte à l'époque de Cyrus l'apparition du Masîah-Nagid n'a pas le sens commun ; car on ne peut faire remonter au-delà de ce prince « l'autorisation de rebâtir Jérusalem. Or, c'est de cette parole future que Gabriel ordonne de compter les soixantedix semaines qui doivent aboutir -au Messie (voy. p. 924-934). Dès lors, Cyrus ne peut pas être ce Messie. D'ailleurs, si ce prince a pu être un oint, c'est-à-dire un instrument du Très- Haut, il n'est pas l'Oint par excellence, le Messie attendu des Juifs (voy. pp. 935-939). On sait également qu'aucun des caractères indiqués au verset 24 (détruire et expier le péché ; amener Justice éternelle, sceller Vision et Prophète et oindre Saint des Saints) ne conviennent à Cyrus. Aussi, ne sommes-nous pas étonnés de voir qu'Aben-Ezra repoussa cette opinion comme « incongrue «.Ces mêmes raisons réfutent aussi les rabbins qui s'efforcent d'entendre de Zorobabel ce qui est dit du Masîah-Nagîd. Il vivait avant l'époque indiquée par Daniel pour la venue du Messie, et de son temps l'autorisation de rebâtir Jérusalem n'avait pas été donnée. Aben-Ezrane réussit pas, du reste, lui même, non plus à montrer que Néhémie ait été le Messie. Ce gouverneur eut de grandes qualités, mais on ne saurait lui appliquer tout ce qui convient au Messie. Il n'est pas venu au monde dans le temps prescrit par le prophèta : il aurait dû paraître quatre cent quatre-vingt-dix après l'édit donné à Esdras, son contemporain et son coopérateur dans l'œuvre de la reconstruction de Jérusalem et du relèvement de la nation juive. Zorobabel et Néhémie sont, sous quelques rapports, des figures du Messie : ils ne sont pas le Messie.

Le Temple détruit à la fin des soixante-dix semaines ne peut être identifié avec le Messie. — Quelques rabbins ont, en effet, prétendu que la prophétie devait s'entendre du Temple. Le Séder-Olam rabba enseignait, comme nous l'avons vu, que les soixante-dix semaines allaient de la destruction du premier temple à la destruction du second. Cela a suffi pour que quelques docteurs juifs aient dit que l'Oracle de Daniel s'applique au

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