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CHAPITRE IX

Temple. Ainsi Saadya Gaon, qui suit volontiers le Séder-Oîam rabba, prétend que « Justice éternelle » est le Temple-, et il croit le prouver en s'appuyant sur le passage (III Rois, ch. VIII, 4 3) où Salomon dit à Dieu : « J'ai bâti une maison, ta demeure, lieu pour ton siège à jamais. » Mais, d'un côté, il est démontré par les dates du quatrième livre des Rois, comparées avec le Canon de Ptolémée, que l'embrasement de ce temple eut lieu Tan 588 de notre ère; et, d'un autre côté, on sait très bien que le second temple n'a pas été à jamais la demeure de l'Eternel. Il est évident d'ailleurs que ces temples n'étaient pas euxmêmes la « Justice éternelle. » Nous avons vu aussi que le temple, qui devait s'élever quelques années après la fin de l'exil et qui ne fut pas « oint, » ne peut être « le Saint des Saints » ou le Messie, qui devait être oint à la fin de la soixante-neuvième semaine de notre prophétie (voy. pp. 915-924). On n'ignore pas non plus que le temple n'a pas expié les péchés, confirmé une alliance, fait cesser les sacrifices et accompli tous les événements prédits. Nachmanide l'avait si bien compris, qu'il s'est exprimé, à ce sujet, en ces termes : « Le Saint des Saints est le Messie sanctifié parmi les enfants de David. » Abravanel, comprenant aussi que le Messie ne pouvait être ni le premier temple ni le second, a prétendu que le Saint des Saints du verset 24 doit être un troisième temple qui sera oint avec l'huile sainte. Il reconnaît, d'ailleurs, que le second temple n'avait pas été oint, parce qu'il devait durer peu de temps. Mais ce commentateur aurait pu aisément comprendre que, dans ce cas, le nouveau temple aurait dû être consacré au bout des soixante-dix semaines et, dès lors, avant la destruction du second. Abravanel ajoute, du reste, que ce passage se rapporte aussi à la personne du Messie, qui est nommé un Saint des Saints, parce que les autres Israélites sont saints.

Il n'est pas vrai que la prophétie des soixante-dix semaines ait pour terme final Agrippa II, arrière petit-fils d'Hérode, tétrarque de la Trachonite. — D'autres Juifs ont bien vu que leurs coreligionnaires s'étaient écartés du droit chemin, et qu'ils avaient adopté un système qu'il était trop facile de renverser. Ainsi Aben-Ezra a rejeté, en termes formels, l'application de la prophétie des soixante-dix semaines au temple. Mais lorsqu'on a pris le parti de tourner le dos à la vérité, et qu'on est dominé par des haines de secte, en changeant de système, on ne fait que changer cUerreur. C'est ce qui est arrivé dans la question présente. Pour se dégager d'un texte qui les presse, do

nombreux Juifs (Saadya, Jarchi , Aben-Ezra) , ont pris pou le second Oint, c'est-à-dire pour l'Oint qui devait être tué après les (7 -J-) 62 semaines, Agrippa II, descendant d'Hérode, qu'ils supposent avoir été mis à mort par les Romains, peu avant la destruction de Jérusalem. C'est cet Agrippa, arrière petit-fils de l'Iduméen Hérode, qu'ils nous donnent pour le Christ prophétisé par Daniel. Ces docteurs nous disent donc qu'Agrippa était Christ par son titre de roi et qu'il fut «retranché. » Mais ce sont là des assertions inexactes. Et d'abord, il est faux qu'il fût roi : la royauté juive avait été abolie à cette époque, et cet Agrippa ne régna ni à Jérusalem ni en Judée. Sous le titre de tétrarque, il gouverna, avec l'assentiment et sous l'autorité des empereurs romains, la Trachonite, la Gaulonitide et la Batanée. Il venait quelquefois à Jérusalem, et il avait obtenu l'autorisation de nommer les grands prêtres. Mais il s'attira la haine des Juifs par la manière arbitraire dont il usa pour les instituer et pour les déposer. Les rabbins ont prétendu, d'un autre côté, que cet Agrippa avait été mis à mort par les Romains après le dernier siège de Jérusalem. Mais c'est là encore une fable démentie par l'histoire. Cet Agrippa n'a pas été persécuté par les Romains. Il fut, au contraire, leur ami et leur protégé. Les empereurs le comblèrent de leurs bienfaits ; en récompense des services qu'il avait rendus à Titus, il put reculer les frontières de ses Etats ; et il mourut, possesseur tranquille des provinces qui lui avaient été confiées après la prise de Jérusalem. Les Juifs n'ont qu'à consulter à ce sujet Josèphe (Belljud.y lib. VII), et Tacite (Hist., lib. V). Ce tétrarque, qui avait aidé les Romains à combattre les Juifs, et qui jouit toujours de la faveur de Vespasien et de Titus, ne peut donc être regardé comme le Messie, comme le Christ qui devait être retranché au bout des soixante-dix semaines, et avant la dernière ruine de Jérusalem. Comment, en effet, les Juifs qui reconnaissent qu'un rejeton de la souche royale de David était appelé à jouer un rôle essentiel dans l'œuvre de la délivrance, pourraient-ils prendre pour le Messie ce petit-fils d'un Iduméen qui travailla à les asservir et à les détruire ? On sait, d'ailleurs, que ce prince vécut dans un commerce incestueux avec sa sœur Bérénice qui devint l'amante de Titus, lequel cependant, craignant d'irriter les Romains, n'osa pas l'épouser. Il serait par trop ridicule de prétendre que cet Agrippa a été « oint ou sacré Saint des saints ». On sait très bien, d'ailleurs, qu'il n'exerça jamais les fonctions sacerdotales indiquées par « l'expiation des péchés. »

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