CHAPITRE IX
Ce n'est pas non plus à lui que se rapporte « la confirmation d'une alliance. » Il est donc facile de voir que les circonstances delà prophétie ne conviennent pas à Agrippa IL
Fausseté de l'opinion d'après laquelle le SLessie ou Christ dont parle Daniel serait la royauté temporelle de la nation juive ou le sacerdoce lévitique. — Pour prouver que le Christ exterminé, dont il est parlé au verset 26, est l'onction, soit royale, soit sacerdotale, on a invoqué la traduction alexandrine du passage de Daniel où, au lieu de ces paroles : « le Christ sera mis à mort », on trouve : « l'onction cessera. » Mais nous savons que cette version est trop fautive en cet endroit pour faire autorité (cfr., p. 969), vu surtout que nous avons contre elle le texte hébreu, Aquila et Sjmmaque qui portent : « Messie sera retranché » (p. 969). Adoptant néanmoins la traduction qui fait partie de la Bible des LXX et celle de Théodotion qui peuvent, d'ailleurs, être interprétées comme offrant l'abstrait pour le concret (l'onction pour l'oint), quelques rabbins du moyen-âge ont pensé que « le Christ exterminé » est la royauté juive ou l'extinction du sacerdoce lévitique. Mais cette interprétation qui dénature la prophétie n'est pas plus acceptable que les autres. En effet, ces organes de la vie nationale et religieuse des Juifs ne peuvent pas avoir été désignés par le mot « onction. » Les Juifs savent très bien, en effet, qu'il n'y a point eu « d'huile d'onction » dans la période du second temple. D'où il suit que les sacrificateurs qui l'ont desservi et les chefs des Juifs postérieurs à la captivité, n'ayant pas reçu l'onction, n'ont pu être désignés par le nom d'Oints ou de Christs, De fait, ni Zorobabel, ni le pontife Josué, ni Esdras, ni Néhémie, ni aucun des princes ou rois asmonéens, n'ont été désignés par les noms d'Oints ou de Messie. Sans doute, ce nom a été donné à Cyrus, quoiqu'il n'eût pas reçu l'onction matérielle et sacrée ; mais la prophétie qui le désigne ainsi date d'une époque où le mot « oint » était synonyme de « roi » ou de « prêtre. » Il n'en pouvait pas être ainsi du temps de Daniel où l'huile de l'onction avait disparu. Remarquons ensuite que, d'après les Juifs, dont nous rapportons le sentiment, il faut compter soixante-deux, ou même, si l'on veut, soixante-dix semaines d'années, à partir du pontificat de Josué, le premier pontife depuis le retour de Babylone, c'est-à-dire depuis Tan 537 jusqu'à Ananus, le « dernier Christ » d'Orobio, qui fut massacré l'an 70 de notre ère, peu de temps avant la ruine du second temple. Or, il y o, entre ces deux termes, une période de 607 ans, tandis que ce critique n'en
compte, comme il n'en devrait trouver, que 490. En résumé, la tribu de Juda qui forma le Sénat des Juifs, depuis le retour de l'exil et dont le suffrage avait accepté les Asmonéens comme princes et pontifes, cessa de régler ce qui regardait les affaires civiles et politiques au temps d'Hérode le Grand. La maison d'Aaron exerça le sacerdoce jusque vers le temps de la destruction de Jérusalem. Cet ordre de choses ne fut pas supprimé au bout des 490 ans. Même en reportant, comme il convient, le point de départ à l'autorisation donnée à Esdras en 458, il aurait duré 528 ans. Cette suppression de l'autorité religieuse et du sacerdoce des Juifs n'est donc pas visée par la prophétie des soixante-dix semaines. D'ailleurs, ces institutions ne sont pas le Messie. Le Saint des Saints dont l'onction devait avoir lieu peu de temps avant que le sacerdoce lévitique disparût et que le sanctuaire de Jérusalem s'écroulât définitivement, ne peut être que l'Oint, le Messie retranché l'an 33 de notre ère.
Les deux « fils de l'huile » mentionnés par le prophète Zacharie. — Nous avons dit que chez les Juifs revenus de l'exil, les prêtres et les gouverneurs ou rois n'ont pas été oints. On pourrait nous objecter que Zacharie a eu une vision de « deux oliviers » (ch. IV, 3) et qu'il lui fut révélé (vs. 14) que ces «deux oliviers étaient les deux fils de l'huile qui se tiennent debout (pour servir : hahomdim, servants, assistants) devant le Seigneur de toute la terre. » On a cru pouvoir traduire cette expression par « les deux oints de l'huile », et on a supposé que cette épithète était donnée à Zorobabel et à Josué, le premier chef et le premier pontife qui vinrent de Babylone à Jérusalem, dès la première année du règne de Cyrus. Ces deux hommes posèrent les fondements du temple, et ils en firent ensuite la dédicace sous le règne de Darius d'Hystaspe. Mais, en réalité, Zorobabel ne fut pas plus oint roi que Josué ne fut oint prêtre. Cette exégèse a mal interprêté l'expression briêy hayyizehar (fils de l'huile), quia ici le sens de « serviteurs [bën, fils, serviteur) de l'huile » et qui désignent, non pas des oints, mais des administrateurs, des instruments, des organes qui transmettent l'huile. Les deux organes de l'huile ou du Saint-Esprit qui est symbolisé par l'huile, sont la succession des représentants de la Loi (les Scribes qui, avec les Pharisiens, encore même du temps de Jésus, étaient assis dans la chaire de Moïse) et des Juifs fidèles qui, continuateurs du prophétisme, envisagé comme promoteur et défenseur du monothéisme et du messianisme, maintinrent la nation juive séparée des nations idolâtres, et lui firent conserver sa descendance, son culte, ses lois et son pays, jusqu'à ce qu'elle donnât naissance au Messie.