‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 183 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

soixante-dix semaines d'années marquées dans la prophétie.

Les versets 26 et 27 sont interprétés par ce commentateur, de telle façon que le Messie du verset 26 est Agrippa II, et que le Nagid est Vespasien et Titus. Le mot iyp est rapporté au temple (voy. p. 988 et ss.). Pendant une demi-semaine le sacrifice perpétuel fut interrompu. Le meurtre d'Agrippa est l'accomplissement de ikkarët Mâsiah (Oint sera exterminé); et une alliance fut contractée avec Titus. Ces assertions ne reposent que sur l'imagination de Joseph ben Gorion qui ne jouit, avec raison, d'aucune autorité. L'histoire contredit ces rêveries : la trêve mentionnée par ce romancier n'a jamais existé et Agrippa ne fut pas tué par les Romains. Il reçut d'eux, au contraire, un accroissement de territoire. En admettant que cette prophétie fut, en partie, accomplie lorsque Vespasien et Titus renversèrent la ville , le commentateur juif doit forcément reconnaître qu'elle se rattache à l'époque où les chrétiens placent l'arrivée du Messie. Il est, d'ailleurs, facile de voir qu'Aben-Ezra contredit manifestement cet oracle, en disant que le Messie qui doit amener la justice éternelle ne paraîtra qu'à la fin d'une désolution qui a déjà duré plus de dix-huit siècles, depuis la fin des soixante-dix semaines, et dont personne ne pourrait fixer le terme. On ne peut pas lire posément la prophétie de Daniel sans se voir obligé de constater que « l'avènement de justice éternelle » est fixé au terme final des soixante-dix semaines.

Abravanel, né en 1437, a suivi la chronologie du Séder-Olam et l'exégèse de Jarchi. Il compte les sept premières semaines de la destruction de Jérusalem jusqu'à Cjrus, et son terminus a quo est, comme pour Saadja, une prophétie de Jérémie. L'abomination du verset 27 est la statue élevée par Hadrien et les peuples impurs (chrétiens et mahométants), qui se sont établis à Jérusalem. Abravanel dit enfin que « Justice éternelle » arrivera lorsque toutes les nations seront converties à la vraie foi ; et que « l'onction du Saint des Saints » aura lieu lorsque le troisième temple sera consacré, et il applique cette expression au Messie.

Jachiades ou Joseph Ibn Jahia, né en 1494, qui a écrit des commentaires sur les Hagiographes et, en particulier, sur le livre de Daniel, met aussi les sept premières semaines avant Cyrus, et il attribue à ce prince le décret pour rebâtir la ville. Il prétend que le temps de la Captivité n'est indiqué qu'approximativement, et que Daniel ne s'exprime pas d'une façon précise ; mais il se garde bien de nous apprendre comment Jérémie et l'ange Gabriel auraient pu s'y prendre pour dire plus clairement

que la captivité durerait soixante-dix ans et que de l'autorisation donnée pour rebâtir la ville jusqu'à sa reconstruction , il s'écoulerait sept semaines d'années ou quarante-neuf ans. De Cyrus à la destruction du temple, ce même exégète ne compte que soixante-deux semaines d'années ou 434 ans : il y a 607 ans. On voit aisément, par ces plus remarquables spécimens de la critique juive au moyen âge, que la chronologie des rabbins laisse à désirer, et que leur exégèse est loin d'être justifiée par le texte : il suffit de le mettre en présence de pareils commentaires pour les réfuter.

Vain recours à deux Messies : le Messie ben Joseph ou ben Ephraïm et le Messie ben David. — Les Juifs n'ont pu nier que le Messie ne soit représenté dans les saintes Lettres comme réunissant en sa personne la puissance et la faiblese, la gloire et les humiliations. Ce double caractère du Messie a été mis en relief par le mot de saint Pierre : « Les Prophètes ont prédit les souffrances du Messie et la gloire qui doit les suivre » (I Pierre, I, 4 1). Il n'y a pas un Juif versé dans les Ecritures qui puisse raisonnablement contester cette doctrine. Il suffit, en effet, d'ouvrir le livre d'Isaïe et d'y lire le passage suivant (ch. LU, 43 et ss.; et tout le ch. LUI), dans lequel le Seigneur s'exprime en ces termes : « Voici que mon Serviteur prospérera; il sera exalté, il sera élevé au comble de la gloire. De même que plusieurs sont étonnés de l'état dans lequel tu es réduite (Jérusalem, la fille de Sion, pendant la Captivité) -, ainsi paraîtra-t-il sans gloire devant les hommes et dans une forme méprisable aux yeux des enfants d'Adam ; ce sera lui qui par son aspersion purifiera des peuples nombreux. Les rois garderont le silence devant lui, lorsque ceux auxquels il n'avait pas été annoncé, verront, et que leurs yeux seront témoins de ce que leurs oreilles n'avaient point entendu. » Qui croira à notre parole ? A qui le bras du Seigneur aura-t-il été révélé ? Il s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau, comme un rejeton (sorti) d'un sol aride : il n'y a en lui ni beauté ni éclat ; nous l'avons vu et son extérieur n'avait rien qui attirât l'œil : et nous ne l'avons pas recherché. Nous n'apercevions en lui qu'un (objet.) méprisé et abandonné des hommes, un homme de douleurs et ayant l'expérience des souffrances ; son visage, comme un objet dont on se détourne est méprisé; et nous n'en avons tenu aucun compte. Il a vraiment porté nos maux, il s'est chargé de souffrir pour nous , et nous l'avons regardé comme un homme que Dieu frappe , et qu'il

Page 1