‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 184 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

afflige. Cependant c'est pour nos iniquités qu'il est percé de plaies ; il est brisé pour nos crimes. Le châtiment qui doit nous procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Comme des brebis, chacun de nous s'est égaré en suivant la voie qui était à son gré; et l'Eternel l'a chargé de l'iniquité de nous tous. Il a été offert , parce qu'il l'a voulu -, et il n'a pas ouvert la bouche ; il sera conduit à la mort comme une brebis qu'on va égorger; il gardera le silence, sans ouvrir la bouche, comme un agneau est muet devant celui qui le tond. Il a été enlevé par un jugement injuste. Qui racontera sa génération ? quoiqu'il soit retranché de la terre des vivants , et que je l'ai frappé à cause des crimes de mon peuple. Il livrera les impies pour sa sépulture et les grands pour sa mort, parce qu'il n'a point commis d'iniquité et que le mensonge n'a pas été dans sa bouche. Il a plu à Dieu de le briser de douleur, afin qu'ayant donné sa vie pour le péché, il se voie une longue postérité et que les desseins de Dieu s'exécutent par son ministère. Il verra le fruit de ce que son âme a souffert, et il en sera pleinement satisfait. Ce Juste , mon serviteur, justifiera par sa doctrine une grande multitude, dont il portera les iniquités. C'est pourquoi je lui donnerai cette multitude pour héritage : il partagera les dépouilles des forts, parce qu'il aura livré son âme à la mort et qu'il aura été mis au nombre des scélérats. Il portera les péchés des nombreux, et il intercédera pour les prévaricateurs. »

Les Juifs savent très bien que cette prophétie se rapporte au Messie. C'est ce qu'ont attesté le paraphraste chaldéen , la Gémare, la Berësît rabba\ le savant Maïmonide, que les Juifs du moyen âge ont surnommé « l'Aigle de la Synagogue » et « la lumière de l'Orient et de l'Occident, » et tous ceux d'entre les rabbins qui ont pris de là l'occasion de distinguer deux Messies, l'un fils de Joseph, souffrant et mis à mort, l'autre fils de David, vainqueur et triomphant. Le Juif Orobio n'a pu méconnaître que la doctrine du Messie souffrant est la doctrine des plus fameux docteurs de sa nation ; il s'est contenté de répondre que « ce sentiment de ces anciens n'est pas un article de foi chez les Juifs. » Il aurait fallu montrer que ce sentiment n'est pas fondé sur le texte. Du reste, l'évidence du texte a forcé ce Juif du dixseptième siècle à avouer que le texte d'Isaïe semble « peindre graphiquement ce que les Evangélistes racontent des souffrances de Jésus. » Néanmoins, il a préféré, comme quelques autres de ses coreligionnaire, détourner cette prophétie à des sens étrangers, plutôt que de rapporter le tableau qu'elle représente à celui

à qui, de leur propre aveu, il ressemble si bien. Ils ont essayé de la rapporter au roi Josias qui périt à Mageddo, en combattant contre les Egyptiens, contrairement à l'ordre exprès de Dieu. Mais il serait bien difficile de montrer comment ce roi, qui rendit son royaume tributaire de l'Egypte et prépara ainsi les malheurs qui accablèrent ses successeurs , offre les caractères qu'Isaïe attribue au Messie. C'est en vain également que d'autres Juifs ont essayé d'appliquer ce texte à Jérémie qui eut à souffrir de la part des faux prophètes et des grands. Non seulemet « il ne s'offrit point à la mort -, » mais il fît tout ce qui dépendait de lui pour l'éviter. Rien n'indique d'ailleurs que quelques Juifs de ce temps-là aient été sauvés par les souffrances de Jérémie. Loin de se voir v une nombreuse postérité , » et il n'a eu aucune « multitude pour héritage : » il fut conduit en Egypte où il partagea le malheureux sort de ses compatriotes sans laisser après lui aucun descendant, aucun groupe d'hommes qui se soient attachés spécialement à lui. Une troisième explication de cette prophétie d'Isaïe n'est pas plus sérieuse, Ce prophète aurait décrit les maux du peuple juif depuis sa dispersion. Il serait, en effet, difficile de reconnaître les Juifs dans « le Juste exempt de toute iniquité, dans la bouche duquel la fraude ne se rencontra jamais. » En supposant que les Juifs dispersés sont le Juste qui souffre pour le péché d'autrui , il serait difficile de dire où se trouve « le peuple de Dieu » qui a méconnu le Juste, et pour lequel il a été frappé (« je l'ai frappé à cause des crimes de mon peuple »). On voit, en effet, dans toute cette prophétie, un peuple entier — le peuple Israélite — en opposition avec une personne unique, avec un individu, avec le Juste souffrant et expiant les péchés des nombreux, c'est-à-dire, selon le langage de l'Ecriture, de la multitude humaine ou de l'humanité tout entière. Nous ne nous arrêterons pas à discuter les opinions de ceux qui prétendent que ce serviteur de Jéhovah est Cyrus , le corps des prophètes, comme l'ont imaginé Gesenius, Umbreit, etc. Les réflexions qui précèdent suffisent pour réfuter ces interprétations, en montrant qu'elles ne s'accordent pas avec l'ensemble de la prophétie. Le même portrait du Messie est retracé aussi dans le psaume vingt et unième : la doctrine du Messie qui doit souffrir avant d'entrer dans la gloire y est expressément enseignée.

Cette doctrine du Messie souffrant est, du reste, si clairement exposée dans la sainte Ecriture, que les Juifs se sont vus dans l'impossibilité de la contester. Mais s'étant formé un image d'un

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